> Gilles Berton (Traducteur)

ISBN : 2702433332
Éditeur : Le Masque (2008)


Note moyenne : 3.95/5 (sur 134 notes) Ajouter à mes livres
Publiés pour la première fois dans les années 1989-1991, L'été de cristal, La pâle figure et Un requiem allemand évoquent l'ambiance du Ille Reich en 1936 et 1938, et ses décombres en 1947 Ils ont pour héros Bernie Gunther, ex-commissaire de la police berlinoise devenu ... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par BMR, le 16 janvier 2009

    BMR
    Voici une belle trouvaille (coup de coeur Fnac) : La trilogie berlinoise de l'écossais Philip Kerr.
    La ré-édition réunit trois épisodes de la série qui met en scène un privé au goût de Philip Marlowe, à l'odeur de Nestor Burma (celui de la télé) mais aux relents de Gestapo puisque la série se passe à Berlin, avant et après guerre.
    Ce qu'évoque d'ailleurs la couverture avec une photo qu'on jurerait tirée des cartons de Leni Riefenstahl, l'équivoque photographe du Reich aux sujets troubles, du genre un esprit sain dans un corps sain ...
    Le premier épisode, L'été de cristal, se déroule en 1936 pendant les JO de Berlin (filmés par Leni Riefenstahl justement), en pleine ascension du parti National-Socialiste.
    Le titre en VO (March violets) évoque «les violettes de mars 1933» lorsque fleurirent toutes les adhésions spontanées à ce parti NAZI, et lorsqu'on traficotait pour obtenir un «petit» numéro d'adhérent prouvant ainsi sa longue fidélité à la doctrine en vogue.
    Le privé c'est Bernie Gunther (ancien flic, ancien détective de l'hôtel Adlon, aah l'hôtel Adlon de Berlin ...) qui fanfaronne avec un humour grinçant et caracole avec une belle inconscience entre les pattes des monstres des SS ou de la Gestapo.
    On croisera même Goering au détour d'une soirée mondaine ou encore Himmler à un enterrement.
    Bernie essaie de surnager dans ces eaux nauséabondes égratignant au passage tous les profiteurs du nouveau régime.
    Sur les traces de Bernie on parcourt Berlin en tous sens, de la Friedrichstrasse au Kürfürstendamm et du quartier de Schöneberg au Kreuzberg, oubliant un instant dans quelle horreur s'enfonce la belle capitale.
    C'est tout l'intérêt de ce bouquin que de nous plonger dans la vie quotidienne berlinoise juste avant-guerre et de nous montrer les plus petits rouages de la mécanique nazie en marche.
    Instructif et édifiant.
    Le second épisode, La pâle figure, nous amène en 1938 alors que l'Allemagne envahit les Sudètes.
    Cette aventure est plus classique : le privé a réintégré la police officielle, pour un temps, et part sur les traces d'un serial killer ... et sur celles de la propagande qui prépare la nuit de cristal ...
    Le dernier épisode, Un requiem allemand, nous propulse en 1947 à la fin de la guerre, où l'on retrouve Bernie, marié (si, si !) dans Berlin en ruines.
    Un Berlin dévasté où les femmes rescapées tentent de survivre et où la peur de la soldatesque russe est de règle.
    On suit donc Bernie jusqu'à Vienne (Autriche) en pleine dénazification, lorsque les Américains tentent de récupérer les «meilleurs éléments» allemands pour constituer, face aux soviétiques, les forces d'espionnage qui feront bientôt les beaux jours de la guerre froide.
    Mais Bernie garde son sens de l'humour et sa condescendance berlinoise qui n'est pas sans rappeler notre propre arrogance parisienne !
    Une excellente idée que de ré-éditer ces trois épisodes qui nous auront permis de parfaire notre compréhension de cette Allemagne, avant, pendant et après. La visite est terminée, n'oubliez pas le guide ! Il s'appelle Philip Kerr (ou Bernie, c'est selon).

    Lien : http://bmr-mam.over-blog.com/article-26710249.html
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    • Livres 5.00/5
    Par kedrik, le 08 septembre 2011

    kedrik
    La trilogie berlinoise n'a rien à voir avec les trois albums de David Bowie sortis entre 77 et 79 avec Brian Eno. Non. Ce sont trois romans noirs se déroulant à Berlin entre 1936 et 1947 et mettant en scène un détective privé nommé Bernhard Gunther. Bernie n'est pas nazi : c'est un ex-flic de la Kripo (police criminelle) qui a claqué sa démission quand le Parti a commencé à faire du ménage dans l'administration. Il savait que tôt ou tard, il ferait partie des exclus du système. Alors plutôt que de finir en camp pour avoir refusé d'obéïr à des ordres devenus odieux, Bernie devient détective privé. Son gagne-pain ? Les familles juives qui l'engagent pour retrouver un mari ou un frère qui a disparu du jour au lendemain. Bernie refuse les histoires de divorce : c'est trop dangereux. Bernie boit. Bernie se laisse séduire par des femmes fatales ressemblant à Lilly Marleen et donc à Marlène Dietrich. Bernie accepte des enquêtes dangereuses, car il faut bien vivre.
    Dans L'été de cristal, Bernie accepte de chercher un collier de diamants qui a disparu d'un coffre-fort dans une maison incendiée où deux corps ont été retrouvés. C'est l'été 1936, Berlin accueille les jeux olymopiques et tente de faire croire au reste de l'Europe qu'elle est fréquentable.
    Dans La Pâle figure, Bernie fait la chasse à un maître-chanteur pour le compte d'une veuve qui a peur que l'homosexualité de son fils ne devienne un scandale publique. Mais dans ce Berlin de 1938 rôde également un tueur en série aux motivations étranges. L'Allemagne et les Sudètes sont sur le point d'exploser, l'Europe retient son souffle.
    Un requiem allemand se déroule toujours à Berlin, mais en 1947. Bernie a survécu à la guerre, mais au prix de blessures autant physiques que morales. Il survit dans les décombres de Berlin en exploitant les possibilités qu'offrent les différentes zones britaniques, françaises, américaines et russes. Et quand une vieille connaissance est accusée de meurtre, Bernie reprend du service dans un décor post-apocalyptique.
    Bon, je dois l'avouer, l'hostilité de Bernie envers le régime nazi m'a un peu repoussé au début. Non pas que je prétende que tous les Allemands de l'époque étaient des SS, mais ma dernière lecture allemande était Les Bienveillantes, aussi j'avais une vision très... malsaine. du coup, je trouvais la posture démocrate de Bernie un peu facile, comme si l'auteur cherchait à en faire un type bien parmi des millions de connards pour faire plaisir au lecteur. Car Bernie critique ouvertement le régime en place, il n'hésite pas à balancer des vannes sur les nazis sans devoir en payer le prix. Personne ne le dénonce à la Kommandantur, il reste ce type libre qui pense sincèrement que son pays perd pied. du coup, forcément, les salauds sont les nazis, les adhérents du Parti... Mais la noirceur générale de la trilogie a fini par gommer cette impression. Bernie n'est pas un chevalier blanc pourfandant les ténèbres nazies : c'est finalement un homme assez gris qui ne se révolte pas. Sa démission de la Kripo n'est pas tant une rebellion qu'une fuite.
    Les enquêtes de Bernie sont un modèle du genre : un peu d'argent pour les indics afin de collecter des tuyaux, fréquentation de la pègre quand c'est nécessaire, opération coup de poing quand le récit devient trop mou, femmes mystérieuses qui couchent aussi facilement qu'elles se barrent, révélation de dernière minute pour surprendre le lecteur. C'est hammettien au possible, le cynisme de Bernie valant bien celui de Sam Spade. le décor allemand et la politique nationale-socialiste donne des impressions de monde sur le point de basculer, c'est d'autant plus inévitable que le lecteur sait que ça ne va pas bien se passer dès 1939. Bernie rame à contre-courant tandis que la masse ne fait que suivre les ordres. Les grands de ce monde (Goering, Himmler...) renforcent le côté ignoble : le Parti ne se laisse jamais inquiéter. le roman qui se déroule en 1947 brosse un portrait peu flatteur des autres nations et relativise beaucoup l'ignominie en en faisant un trait de caractère plus européen qu'allemand.
    Bref, le roman noir berlinois d'avant et d'après guerre, c'est profond et intense. C'est solennel comme un film de Claude Lanzmann, mais ludique comme un roman de Chandler. Une lecture de plus de 800 pages qui laisse un drôle de goût en bouche, entre amertume berlinoise et plaisir du polar. L'auteur, Philip Kerr, est Écossais. En plus d'écrire des romans noirs avec des tickets de rationnements et des pogroms, il écrit des histoires pour enfants (Les enfants de la lampe magique). Quelque part, je comprends qu'il ait besoin de cette double écriture, entre horreur adulte et magie de l'enfance.


    Lien : http://hu-mu.blogspot.com/2009/06/la-trilogie-berlinoise.html
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    • Livres 5.00/5
    Par ChristopheM, le 02 novembre 2011

    ChristopheM
    T1. L'été de cristal (1994)
    March Violets (1989)
    Berlin 1936.
    Bernie Gunther, un enquêteur privé, profite de cette brèche offerte par le parti pour mener son enquête. Il a été sollicité par Herr Six, un puissant industriel de la Ruhr, pour débusquer l'assassin de sa fille, Grete enseignante, et son mari, Paul Pfarr, avocat. Au décès des deux époux, Paul partisan du national socialisme léguait tout au III ème Reich. Cependant, un vol de bijoux dont un collier cartier de plus d'une centaine de carra a été volé et un incendie a effacé toutes traces d'infractions. Il ne resta que deux corps calcinés. Berni comprendra que son affaire en forme deux distinctes : vol de bijoux et de documents compromettants.
    Contexte :
    Vous avez la chance d'en avoir le droit. Alors, fermez les yeux et laissez ces images atroces d'uniformes SS, de drapeaux nazis, de portraits du « Guide », d'étoiles jaunes et de camps de concentration émerger de votre mémoire. Vous êtes en pleine période de préparation des jeux olympiques de Berlin en 1936. La ville prend un coup de fraîcheur accompagné de décoration à la mode propre au dictateur. le peuple berlinois est autorisé à lire des livres étrangers pour ce moment où le monde regarde l'Allemagne.
    Bernie doit faire preuve d'ingéniosité, de discrétion vu la tension qui règne dans Berlin. Tout le monde se méfie de tout le monde. La corruption, les dénonciations, la fidélité au parti national socialiste. Non sans ignorer les multiples services de police au service du Reich, la Kripo, la Sapo, la Gestapo, en plus de la police classique, le syndicat du crime comme la Force allemande. Son caractère lui sera d'une grande utilité pour rester en vie pendant l'enquête. Il est franc, culoté, il a du répondant, charmeur, ancien policier il a son réseau de contact qui sera un de ses atouts pour persévéré et progressé dans son travail. Il est indépendant du parti, de la société, ne fait pas de différence entre un juif et un allemand. C'est en quelque sorte un reste de la voie de la raison dans une ambiance où la libre pensée est proscrite. Il représente, en fait, le côté du libre arbitre, la part de l'homme qui n'adhère pas à l'extrémisme en vigueur dans la société de l'époque, il permet d'exprimer ce que les gens ressentaient à l'époque du nettoyage ethnique, de la propagande. C'est pourquoi on s'attache à lui.
    L'inattendu naissant d'un bon complot dans un contexte tendu en fait une œuvre d'une grande finesse. Un décor tristement célèbre qui se passe de mots. Au vu de la tournure que prend l'affaire, le lecteur prendra vite conscience du talent énorme de l'auteur qui n'a aucune difficulté à ajouter quelques propos humoristiques pour atténuer l'amertume engendrée par la violence du sujet traité. La maîtrise du contexte historique est incontestable et d'autant plus étonnante que les faits s'étaient déroulés il y avait plus de cinquante ans quand le livre fut publié en 1989. Un bouquin haletant avec une enquête palpitante qui grossit à vue de chapitre. Berni retrouvera-t-il celle qu'il aime? Son tempérament changera-t-il après de telles épreuves? Citation page 299-300 : « le travail libère l'homme »… Il existe beaucoup de … pour gagner votre liberté.

    T2 La pâle figure (1994)
    The pale criminal (1990)
    Berlin. 1938. Deux ans plus tard.
    Bernie, associé à Stahlecker, dans son nouveau bureau de détective, est contacté discrètement par Nebe Arthur, Reichskriminal Direktor de la Kripo, à la demande de Heydrich…Un tueur en série sévit et a déjà assassiné 4 adolescentes allemandes « pure aryenne ». En parallèle, Mme Lange l'engage pour une affaire de chantage. Pour ce faire le maître chanteur menace de dénoncer l'homosexualité de son fils Reinhard. Stahlecker est assassiné. le présumé maître chanteur se suicide.
    Contexte :
    Le nazisme assis au pouvoir marche vers la guerre. La crise sudète en Tchécoslovaquie. La Tchécoslovaquie réunissant les populations Tchèques et Slovaques dans un même état est créée. Les Allemands des Sudètes deviennent alors une des nombreuses minorités que compte le nouvel État. Parti allemand des Sudètes réclament, avec l'appui de l'Allemagne nazie, le rattachement au Troisième Reich. La tension politique internationale est à son comble.

    Réintégré par Heydrich en tant que Kommisar de la Kripo. Bernie connaîtra plus de facilité dans le champ d'action autorisé pour son enquête. Il est toujours aussi malin et brillant. Un Sherlock. Son aversion à l'égard d'Hitler et tout ce qu'il représente reste intact. Ici encore ; sa neutralité est sans faille en rapport aux origines des victimes, coupable ou présumé, innocent juifs et homosexuel.
    Après qui ? Après quoi court Bernie ? La justice a-t-elle encore un sens dans l'Allemagne Nazie ? La pâle figure des criminelles de guerres, des petites frappes, de la population allemande quel que soit les origines, les croyances ou tendances sexuels qui doit survivre. La pâle figure de l'âme de Bernie. Voilà la pâleur que vous trouverez sous une enquête avec moins de ramification que la précédente. Une course contre la montre. Pas de ficelles aberrantes ou distordues pour facilité le dénouement. Une construction plus légères mais sans accroches. Fluide. Un sentiment d'amertume et de suffocation planait à cette époque. Un goût âpre persiste encore aujourd'hui telle la radioactivité qui ronge toujours après la catastrophe de Tchernobyl en 1986.
    T3 Un requiem allemand (1995)
    A German Requiem (1991)
    Berlin – Vienne. 1947.
    Bernie est marié à Kirsten. Il galère. Une petite affaire est présentée au départ pour planter une période d'après guerre difficile pour les vaincus. Dr Novak, un ingénieur russe en conférence à Berlin pense qu'un piège lui est tendu pour qu'il rentre en Union soviétique car le manque de main d'œuvre scientifique est chronique. Bernie se charge de vérifier et se fait payer en charbon.
    Becker, ancien collègue de Bernie (T2), devenu contrebandier réputé, emprisonné à Vienne, demande par l'intermédiaire d'un officier russe, le colonel Poroshin, de l'innocenter et d'éviter la pendaison car il est accusé d'un meurtre d'un officier américain, Linden. Bernie devra galoper.
    Contexte :
    L'Allemagne ruinée est occupée par les 4 grandes puissances alliées. Les Allemands doivent échanger des biens contre de la nourriture et pratiquer le marché noir pour survivre, payer en nature par la prostitution ou en cigarette le plus souvent.
    Bernie doit composer avec le Crowcass (organisation qui à en charge les fichiers contenant info et liste de criminels nazis), le CIC (Counter Intelligent Corps/le renseignement militaire américain, contre espionnage), le NVD (Ministère de l'intérieur soviétique), il titille du monde. Une sacré toile. Il enquête pour un gars qu'il exècre pour son implication SS dans les exécutions d'innocents pendant la guerre. Composer avec la chasse aux criminels de guerre nazis, les soldats russes et américains. Les français et anglais sont moins présents dans l'histoire. Bernie à l'audace, l'intelligence de pénétrer les milieux sans être touché par la faucheuse. Sans être effacé comme tout élément gênant qui disparaît lorsqu'il en sait trop. Une salle période où les USA recrutent des criminels de guerre pour agir contre le communisme international.

    Un opus complet. Bien que l'auteur ait sauté la guerre elle-même. Ce troisième tome est d'une intrigue incessante, aux ramifications impressionnantes.
    Une trilogie prenante, pertinente, pré (pour le T1 et le T2) et post (T3) seconde guerre mondiale. Elle sonne entièrement comme un requiem. le début de la fin pour les dominants et les dominés qu'ils soient innocents ou pas. Une bavure gigantesque cette foutue guerre.
    Dans l'église catholique, le requiem est une prière pour les âmes des défunts et a lieu juste avant l'enterrement ou lors de cérémonies du souvenir.
    RIP…
    A lire !

    Lien : http://lirecrire.over-blog.com/article-la-trilogie-berlinoise-878034..
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    • Livres 4.00/5
    Par Folfaerie, le 09 août 2010

    Folfaerie
    La trilogie berlinoise se compose de L'été de cristal, La Pâle figure et Un requiem allemand. Je vais tout de suite mentionner une petite chose qui me parait gênante dans la traduction des titres : le premier volume aurait dû s'intituler Les violettes de Mars (en raison de ce mouvement citoyen, je devrais dire cette ruée pour s'inscrire au Parti et obtenir des cartes avec une date d'ancienneté la plus lointaine possible...), et le second L'été de cristal, en référence à ces fameuses nuits où le bon peuple allemand cassait les vitrines des commerçants juifs... Je ne sais par quelle bizarrerie le traducteur n'a pas suivi cet ordre, mais c'est dommage...
    Dans L'été de cristal, le lecteur fait connaissance avec le détective privé Bernie Gunther. Il possède toutes les caractéristiques que sa profession exige, au moins sur le plan littéraire : désabusé, cynique, courageux et chanceux, coureur de jupons, aimant travailler en solitaire, amateur d'alcool et doté d'un sens de l'humour particulier, n'hésitant pas à sortir une blague ou un bon mot (quoique, certaines des expressions employées par ce brave Gunther m'ont parfois laissée perplexes, je n'en ai pas toujours saisi le sens…) dans les situations les plus dangereuses.
    Jusqu'ici rien que de très banal pour un polar. Mais voilà, Kerr a eu la bonne idée de situer le roman en 1936 à Berlin. Un fonds historique des plus intéressants.
    Le moins que l'on puisse dire c'est qu'il ne faisait pas bon vivre à Berlin en 36, et remarquez, après non plus.
    A cette date, on assiste à la montée en puissance du parti national-socialiste, les lois de Nuremberg ayant été adoptées en 35. Et Berlin se prépare à accueillir les J.O....
    Autant dire que le climat est quelque peu trouble dans cette ville. D'ailleurs, Bernie s'est fait une spécialité : la recherche de personnes disparues, activité que l'on devine aisément prospère...
    Bernie doit donc enquêter sur la mort de la fille d'un riche industriel, Hermann Six. Et accessoirement retrouver des bijoux et des dossiers compromettants.
    Par chance, Gunther est un bon détective qui a deux atouts : c'est un vétéran de la guerre contre les Turcs et un ancien policier (de la Kripo). Les rebondissements seront nombreux et les chausses-trappes fréquents. le privé aura même droit à un petit séjour à Dachau, lieu de sinistre mémoire…
    Deux ans plus tard, dans La Pâle figure, Gunther a réintégré provisoirement la Kripo pour tenter d'arrêter un serial killer qui s'en prend à de jeunes et blondes Allemandes. Il fait équipe avec deux ou trois policiers dont le violent Becker que nous retrouverons en mauvaise posture dans le troisième volet. Gunther est bien évidemment manipulé, devant se garder des faux-amis et des traîtres. Un vrai panier de crabes…
    Le requiem allemand. 1947 : Bernie Gunther vit chichement et marié (!) à Berlin où tout n'est que ruines. Il a traversé la guerre sans trop de dommages et le voilà qui reprend du service pour un gradé Russe, lequel désire sauver une vieille connaissance du détective, Becker, emprisonné à Vienne pour le meurtre d'un Américain. Vienne comme Berlin ploient sous le joug des Alliés : Anglais, Américains, Russes et Français contrôlent, surveillent, manigancent, complotent, bref, c'est l'anarchie la plus totale. le requiem allemand m'a paru être un clin d'œil au Troisième homme de Graham Greene.
    Je n'en dirai pas plus sur les multiples intrigues, car il n'y a rien de pire, en chroniquant un polar, de dévoiler trop de faits ou de mentionner des personnages clés. Pour ma part, ce ne sont pas les enquêtes qui font le sel de ces romans mais bien le contexte historique. Philip Kerr a une connaissance étonnante du Berlin d'avant-guerre, suivant son personnage principal dans les rues de la ville, dans les principaux lieux où les nazis opéraient, dans les bars sordides… La faune rencontrée n'est pas très différente de celle qui peuple les pages des romans d'Ellroy : prostituées, riches industriels, actrices, indics, policiers véreux… mais à ceux-là s'ajoutent des personnages moins courants : espions, membres du parti nazi et certaines figures tristement inoubliables comme Himmler, Goebbels ou Müller. Dans l'ensemble la plupart des personnages possèdent tous un fonds de cruauté remarquable…
    Je n'ai pas particulièrement goûté les incontournables scènes de sexe ou les dialogues fort crus entre les différents protagonistes mais enfin, ce ne sont pas ces petits détails qui m'ont empêchée d'aimer ces livres. Plus dérangeantes en revanche furent les scènes de torture. En dépit de cela, j'ai été scotchée par les descriptions du quotidien des Berlinois à cette époque. Ce qui est glaçant, c'est que Kerr a bien su rendre les comportement aussi bien du peuple que des nantis : ce mélange d'indifférence, de faiblesse, d'orgueil qui a conduit à la montée en puissance du nazisme. Evidemment certains allemands n'appréciaient pas la tournure des événements, la façon dont les juifs étaient traités mais il n'y eut point de mouvement populaire pour s'opposer à cette escalade. du reste, le troisième roman qui se passe en 1947 est peut-être encore plus effrayant. Non seulement certains hauts dignitaires nazis continuent à passer à travers les mailles du filet avec la complicité des Alliés, fait déjà écoeurant en soi, mais les Berlinois, comme les Viennois d'ailleurs, ne semblent pas avoir la pleine mesure des atrocités commises par leurs nations respectives (à ce propos, l'Autriche en prend pour son grade…). Les Russes se comportèrent de manière tout aussi moche, et finalement, le sort des Berlinois fut moins enviable encore après 1945 que durant le nazisme.
    Je suis donc ravie (même si cette trilogie remets en mémoire des événements qui laissent un goût amer) d'avoir découvert la série de Kerr et je crois que je me laisserai tenter par un quatrième volume, d'autant qu'il se passe en Amérique du sud, lieu de prédilection des nazis qui échappèrent à la justice européenne.


    Lien : http://lectures-au-coin-du-feu.over-blog.com/article-la-trilogie-ber..
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    • Livres 4.00/5
    Par caro64, le 04 août 2010

    caro64
    Tout a été déjà dit... un polar efficace avec le IIIème Reich en toile de fond.
    Ces trois romans distincts décrivent Berlin de 1936 à 1947 ; l'humour acerbe de Bernardt Gunther, détective et ancien flic, tempère la noirceur des événements. Nous y plongeons, croisant personnages historiques, prostitués, industriels, véreux et violents. Style et rythme coups de poing, accrocheurs ! Une lecture sombre et drôle !
    Je ne peux que vous conseiller très fortement cette passionnante trilogie. Si vous ne devez emmener avec vous qu'un "pavé" sur la plage cet été, mettez celui-ci dans votre sac de voyage. Un ouvrage de plus de 1000 pages qui réjouira les amateurs de policiers et les passionnés d'histoire contemporaine.
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Citations et extraits

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  • Par Mabi, le 21 mai 2012

    Il était 19h30 lorsque j'arrivai en vue des logements Siemens. Un millier de maisons, toutes semblables, bâties en briques passées à la chaux, abritaient les employés des usines électriques Siemens. Rien ne m'aurait déplu davantage que de vivre dans un morceau de sucre au milieu de centaines d'autres morceaux de sucre, mais je savais que le Troisième Reich commettait au nom du progrès des choses bien pires que l'homogénéisation des logements ouvriers.
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  • Par bigmama82, le 16 mai 2012

    La plus terrible punition qu'inflige la Loi à un homme, c'est ce qu'elle déclenche dans son imagination : la perspective d'une mort décidée et organisée par la machine judiciaire est capable de faire réfléchir le plus invétéré des masochistes.
    Un requiem allemand.
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  • Par BMR, le 16 janvier 2009

    [...] Dans beaucoup de quartiers, un plan des rues n'était guère plus utile qu'une éponge de laveur de carreaux. Les artères principales zigzaguaient comme des rivières au mileu de monceaux de décombres. Des sentiers escaladaient d'instables et traîtresses montagnes de gravats d'où, l'été, s'élevait une puanteur indiquant sans erreur possible qu'il n'y avait pas que du mobilier et des briques ensevelis dessous.
    Les boussoles étaient introuvables, il fallait beaucoup de patience pour s'orienter dans ces fantômes de rues le long desquelles ne subsistaient, comme un décor abandonné, que des façades de boutiques et d'hôtels : il fallait également une bonne mémoire pour se souvenir des immeubles dont ne restaient que des caves humides où des gens s'abritaient encore.
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  • Par BMR, le 16 janvier 2009

    [...] Ce soir-là, on eût dit que tout Berlin s'était donné rendez-vous à Neukölln, où Goebbels devait parler. Comme à son habitude il jouerait de sa voix en chef d'orchestre accompli, faisant alterner la douceur persuasive du violon et le son alerte et moqueur de la trompette. Des mesures avaient par ailleurs été prises pour que les malchanceux ne pouvant aller voir de leurs propres yeux le Flambeau du Peuple puissent au moins entendre son discours. En plus des postes de radio qu'une loi récente obligeait à installer dans les restaurants et les cafés, on avait fixé des haut-parleurs sur les réverbères et les façades de la plupart des rues. Enfin, la brigade de surveillance radiophonique avait pour tâche de frapper aux portes des appartements afin de vérifier se chacun observait son devoir civique en écoutant cette importante émission du Parti.
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  • Par caro64, le 04 août 2010

    Derrière l’immeuble où était situé mon bureau, se trouvait l’Alex, le quartier général de la police… qui considère aujourd’hui comme criminel le fait de parler irrespectueusement du Führer, coller sur la vitrine de votre boucher une affiche le traitant de «vendu», omettre de pratiquer le salut hitlérien ou se livrer à l’homosexualité. Voilà ce qu’était devenu Berlin sous le gouvernement national-socialiste: une vaste demeure hantée pleine de recoins sombres, d’escaliers obscurs, de caves sinistres… où s’agitaient des fantômes déchaînés qui jetaient les livres contre les murs, cognaient aux portes, brisaient des vitres et hululaient dans la nuit, terrorisant les occupants au point qu’ils avaient parfois envie de tout vendre et de partir.
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La chronique de Gérard Collard - Hôtel Adlon
Pour bien commencer le week-end, notre chroniqueur libraire Gérard Collard vous propose aujourd'hui le dernier livre de Philip Kerr : "Hôtel Adlon" (éditions du masque) qui n'est autre que la suite de La trilogie berlinoise... Regardez l'avis de Gérard Collard... La présentation du livre "La trilogie Berlinoire" par l'éditeur : Publiés pour la première fois entre 1989 et 1991, L'Eté de cristal, La pâle figure et Un requiem allemand ont pour toile de fond le IIIe Reich à son apogée et, après la défaite, l'Allemagne en ruine de 1947. Bernie Gunther, ex-commissaire de la police berlinoise, est devenu détective privé. Désabusé et courageux, perspicace et insolent, Bernie est à l'Allemagne nazie ce que Philip Marlowe est à la Californie de la fin des années 1930 : un homme solitaire, témoin de son époque. Des rues de Berlin "nettoyées" pour offrir une image idyllique aux visiteurs des Jeux olympiques à celles de Vienne la corrompue, Bernie enquête au milieu d'actrices et de prostituées, de psychiatres et de banquiers, de producteurs de cinéma et de publicitaires. La différence avec un film noir d'Hollywood, c'est que les principaux protagonistes s'appellent Heydrich, Himmler et Goering.... La présentation du livre "Hôtel Adlon" par l'éditeur : Dans ce sixième épisode, retour aux sources. Berlin, 1934 : le monde est aveugle. Mais Bernie Gunther, lui, ne l'est pas. Après avoir quitté la police de plus en plus nazifiée, il est chargé de la sécurité des résidents du célèbre hôtel ...








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