> Charles Zaremba (Traducteur)
> Natalia Zaremba-Huzsvai (Traducteur)

ISBN : 2264033819
Éditeur : 10-18 (2002)


Note moyenne : 4.29/5 (sur 63 notes) Ajouter à mes livres
De son arrestation, à Budapest, à la libération du camp, un adolescent a vécu le cauchemar d'un temps arrêté et répétitif, victime tant de l'horreur concentrationnaire que de l'instinct de survie qui lui fit composer avec l'inacceptable. Parole inaudible avant que ce li... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Chouchane, le 20 janvier 2012

    Chouchane
    C'est un livre immense, semi-autobiographique, qui sans jamais évoquer les sentiments de peur, d'amour, d'indifférence, d'effroi... parle de ces êtres que l'on prive de leur destin mais qui conservent une liberté intérieure. C'est le témoignage "méthodique " d'un adolescent hongrois de 15 ans qui après son premier baiser va se retrouver à Auschwitz puis à Buchenwald. Tout y est décrit minutieusement du point de vue de ce jeune garçon qui découvre pas à pas ce qu'on va lui infliger sans connaître ni le pourquoi, ni le comment. D'abord les wagons à bestiaux mais avec l'espoir d'arriver dans un camp de travail correct, puis le camp d'extermination dans lequel il dort assis sur une plaque de béton. S'il évite les fours c'est pour se retrouver à Buchenwald. le camp de concentration s'avère plus confortable qu'Auschwitz car les casiers en bois lui permettent de dormir allongé. le froid, la faim arriveront à l'épuiser mais même affligé de phlegmons purulents, de puces, de poux, affamé, diarrhéique, il trouve encore de quoi espérer, espérer une mort sans douleur,. Sur la charrette des demi-morts, il admire les belles pelouses des camps d'extermination, il observe le ciel. Lui, le tondu trouve beaux ces hommes qui ont encore leurs cheveux . Il s'en sortira. Il retournera vers un chez lui qui ne l'est plus et pourra « continuer à vivre ma vie invivable... Il n'y a aucune absurdité qu'on ne puisse vivre tout naturellement.» mais quand on lui demandera ce qu'il ressent à se retrouver "chez lui" à Budapest, il répondra : "De la haine".
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    Critique de qualité ? (5 votes positifs)
  • Par lilicrapota, le 29 octobre 2011

    lilicrapota
    Quand j'étais collégienne, j'avais lu beaucoup de romans sur la 2ème guerre mondiale, la déportation juive etc, et depuis plus rien. Ce livre-là n'a rien à voir avec ce que j'avais déjà lu sur le sujet. Autobiographique, il raconte l'histoire de l'auteur (oui, ça forcément, me direz-vous, s'il est autobio…) qui s'est fait déporter à l'âge de 15 ans, de camp en camp, (en 44) et qui en est revenu un an plus tard. le premier intérêt c'est qu'il s'agit d'un Hongrois (d'habitude on lit plutôt l'histoire de Français déportés), mais surtout, c'est que sa façon de retracer les événements est tout à fait… surprenante : il ne parle pas de l'enfer des camps, ni de l'horreur qu'on peut y rencontrer ; bien sûr il décrit les douches, les morts, les mauvais traitements, la faim, le manque d'hygiène etc, mais tout ça fait partie du train train de la vie là-bas, c'est inscrit dans les journées au même titre que d'aller chercher sa baguette pour nous, jamais il ne se plaint, sans qu'on ait l'impression qu'il ait « choisi » ses mots. Cela semble naturel (pour lui) alors que pour nous lecteur, avec le recul que nous avons par rapport aux événements, toute l'horreur nous jaillit en plein cœur, c'est difficile à décrire. Même, il termine le livre en disant que la prochaine fois qu'il devrait parler de la vie dans les camps de concentration, il parlerait du bonheur des camps. Et ce n'est même pas choquant, parce qu'on peut comprendre cette façon de voir les choses, ce point de vue qui en fait n'est qu'une question de survie (s'il s'était laissé allé il serait sans doute mort là-bas). En tout cas c'est vraiment bien, très bien écrit, ça se dévore. Une belle leçon d'humanité (eh oui !), parce qu'à l'inverse de « l'obscurité du dehors », ici l'homme même s'il ressemble à un animal et n'a plus que des réflexes de survie primaire, n'oublie jamais son humanité, le regard de ses semblables, et surtout, l'espoir ne le quitte jamais.

    Etre sans destin, c'est simplement avancer, pas à pas, petit à petit, pour s'inventer la seconde suivante, la minute d'après, l'heure, le jour suivant, se créer son propre destin par ses actes, par une succession de petits faits, certains dépendants du hasard et d'autres de ses choix, pas à pas, avancer.
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    • Livres 5.00/5
    Par wombat, le 10 février 2011

    wombat
    Ce récit (est-ce vraiment un "roman", au sens où nous l'entendons communément?) dont le narrateur est un adolescent de 15 ans embarqué pour les camps de la mort prend le parti de révéler l'horreur à partir de ce qui est vu, enduré, comme si nous étions dans la conscience du héros qui ne cherche pas à justifier ni à philosopher, sinon pour refuser tout explication "ontologique" au destin de ceux qui sont destinés à une mort immédiate et atroce, ou bien à une mort lente. Ce procédé est d'une efficacité redoutable pour montrer la logique interne d'un système, la manière dont il fabrique des forçats de la mort. Ce roman rend "palpable" les camps, autant qu'il est possible de le faire. C'est une tentative exigeante qui va au delà de l'apitoiement, souvent sentiment des consciences repues qui refusent de comprendre. Bien sûr, proche de Primo Levi. Levi est porte un regard de scientifique, Kertesz celui d'une conscience qui n'est pas moins exigeante.
    Les trente première pages sur le départ du père pour un camps de "travail" et les adieux de la famille sont sublimes et vers la fin du roman, le lent retour à la "vraie" vie est aussi exceptionnel.
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    • Livres 5.00/5
    Par chartel, le 15 janvier 2009

    chartel
    Loin des caricatures racoleuses à la Marc Lévy, Imre Kertész écrit sa vie passée dans les camps, d'Auschwitz à Buchenwald, sans chercher à nous émouvoir ni à nous apitoyer. L'objectif n'est pas ici de provoquer la compassion ou de satisfaire le public en lui proposant les images qu'il désire et qui le dédouanerait de toute critique, comme celle du soldat allemand cruel, pervers et sanguinaire par exemple ou de l'adolescent juif apeuré et innocent. Comme il le dit lui-même dans son récit, il ne peut pas présenter les camps comme un enfer puisqu'il ne sait pas ce qu'est l'enfer, ne l'ayant jamais vécu. Mais Imre Kertész, semble-t-il, n'a pas cherché à dresser seulement un tableau de ses moments d'internement, car le plus étonnant dans cette œuvre autobiographique est la sensation dérangeante de passivité et d'immobilité. On y voit, en effet, un adolescent emporté par le terrible mouvement de l'Histoire, s'adaptant aux événements et les subissant sans trop les comprendre ni les maîtriser. Son arrestation est d'ailleurs presque trop facile, trop douce. La mise au ban des Juifs l'est également, bien avant leurs déportations massives, alors qu'il était encore possible de stopper ce courant annonciateur de désastres. Cette parole sans complaisance plaçant côte à côte victimes et bourreaux, spoliés et profiteurs, donne un éclairage inédit et bienfaiteur à l'histoire tragique du système concentrationnaire nazi.
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    Critique de qualité ? (2 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par patouche, le 12 février 2011

    patouche
    Un réçit sans fioritures, froid , tragique .
    On "traverse" ce livre comme l'on traverserait un épais brouillard .
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Citations et extraits

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  • Par ostinato, le 02 décembre 2009

    pourtant c'est de ce moment-là que datent mes connaissances les plus précises. A cet instant-là , là-bas, en face, brûlaient nos compagnons de voyage, tous ceux qui avaient voulu monter dans les camions , qui s'étaient avérées inaptes aux yeux du médecin à cause de leur âge ou pour tout autre raison , de même que les petits enfants, leurs mères et les futures mères pour lesquelles ça se voyait déjà, comme ils disaient. Eux aussi étaient allés de la gare aux douches. Eux aussi avaient eu des explications concernant les crochets, les numéros, les modalités de la douche, exactement comme nous. Il y avait eu des coiffeurs, assurait-on, et ils avaient reçu un morceau de savon. Ensuite, eux aussi étaient entrés dans le local des douches où, à ce qu'on me dit, il y avait aussi des tuyaux et des pommes: sauf qu'on ne leur a pas envoyé de l'eau mais du gaz . Je n'ai pas appris tout cela d'un coup, plutôt petit à petit, complétant sans cesse mes connaissances avec de nouveaux détails , en ôtant quelques-uns, en laissant d'autres et en en rajoutant de nouveaux. Cependant,disait -on, ils sont très gentils avec eux, ils les entourent de soins et d'affection, les enfants chantent et jouent au ballon et l'endroit où on les asphyxie est très beau, il se trouve au milieu d'une très belle pelouse, d'un bosquet et de plates bandes-bandes: voilà pourquoi cela éveillait en moi une impression de plaisanterie, d'une espèce de blague de potache.
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  • Par wombat, le 07 février 2011

    Ce récit (est-ce vraiment un "roman", au sens où nous l'entendons communément?) dont le narrateur est un adolescent de 15 ans embarqué pour les camps de la mort prend le parti de révéler l'horreur à partir de ce qui est vu, enduré, comme si nous étions dans la conscience du héros qui ne cherche pas à justifier ni à philosopher, sinon pour refuser tout explication "ontologique" au destin de ceux qui sont destinés à une mort immédiate et atroce, ou bien à une mort lente. Ce procédé est d'une efficacité redoutable pour montrer la logique interne d'un système, la manière dont il fabrique des forçats de la mort. ce roman rend "palpable" les camps, autant qu'il est possible de le faire. C'est une tentative exigeante qui va au delà de l'apitoiement, souvent sentiment des consciences repues qui refusent de comprendre. Bien sûr, proche de Primo Levi. Levi est porte un regard de scientifique, Kertesz celui d'une conscience qui n'est pas moins exigeante.
    Les trente première pages sur le départ du père pour un camps de "travail" et les adieux de la famille sont sublimes et vers la fin du roman, le lent retour à la "vraie" vie est aussi exceptionnel.
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  • Par Chouchane, le 20 janvier 2012

    Et alors commencèrent les au revoir définitifs (...). Et ce qui m'a le plus marqué durant cette soirée, c'est le seul geste par lequel mon grand père s'est fait remarquer : il a collé sa toute petite tête anguleuse d'oiseau sur la poitrine de mon père, pour un seul instant, mais d'une façon sauvage, presque éperdue. Puis il est sorti très vite, tenant ma grand-mère par le coude. Tous s'écartaient sur leur chemin.(...) Et soudain ce fut le silence, parce que tout le monde était parti. Alors j'ai à mon tour dit adieu à mon père.
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  • Par Chouchane, le 20 janvier 2012

    A la maison, j'avais déjà eu - c'est du moins ce que je croyais - faim, naturellement ; j'avais eu faim à la briqueterie, dans le train, à Auschwitz et aussi à Buchenwald - mais je n'avais pas encore connu cette sensation de cette façon, constamment, à long terme, pour ainsi dire. Je m'étais transformé en une sorte de trou, de gouffre sans fond de plus en plus exigeant. Je n'avais d'yeux que pour cela, cela seulement guidait tous mes actes, et si je ne mangeais pas du bois ou des cailloux, c'était uniquement parce que ce sont des choses qu'on ne peut ni mâcher ni digérer. Mais j'ai essayé le sable, par exemple, et et quand il m'arrivait de voir de l'herbe je n'hésitais pas.
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  • Par ostinato, le 02 décembre 2009

    Finalement,là aussi ils s'étaient réunis, ils avaient très vraisemblablement rapproché leur têtes, dirais-je, même si ce n'était pas des écoliers, naturellement, mais des hommes d'âge mûrs, des adultes, peut-être et même très certainement, à bien y penser, des messieurs en costume chic , avec des cigares, des décorations, sûrement rien que des chefs qu'on ne peut pas déranger à ce moment là: voilà comment je me les imaginais. L'un d'eux tombe sur l'idée du gaz; dans la foulée un autre trouve la douche, un troisième le savon, un quatrième ajoute les fleurs, et ainsi de suite. Certaines idées ont peut-être été discutées longuement , modifiées, d'autres en revanche ont été immédiatement acceptées avec joie, et en sautant en l'air ( je ne sais pas pourquoi, mais j'insiste: ils sautaient en l'air). Ils se frappent les mains les uns les autres- tout cela était parfaitement imaginable, du moins en ce qui me concernait. Ensuite, grâce à de nombreuses mains zélées et un grand remue-mémage, les idées des chefs étaient devenues réalité, et l'application, je le voyais bien, ne laissait planer aucun doute quant à son succès.
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«Erzähl'mir, Raconte moi » par la compagnie Tempus Fugit. Spectacle inspiré par "Etre sans destin" d'Imre Kertesz, conçu et mis en scène par Carolina Pecheny-Durozier, avec François Accard, Stéphanie Klimkait, Christine Kotschi, Karine Massen et Matthias Meyer. (Théâtre du Soleil, nov 07)











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