Quand j'étais collégienne, j'avais lu beaucoup de romans sur la 2ème guerre mondiale, la déportation juive etc, et depuis plus rien. Ce livre-là n'a rien à voir avec ce que j'avais déjà lu sur le sujet. Autobiographique, il raconte l'histoire de l'auteur (oui, ça forcément, me direz-vous, s'il est autobio…) qui s'est fait déporter à l'âge de 15 ans, de camp en camp, (en 44) et qui en est revenu un an plus tard. le premier intérêt c'est qu'il s'agit d'un Hongrois (d'habitude on lit plutôt l'histoire de Français déportés), mais surtout, c'est que sa façon de retracer les événements est tout à fait… surprenante : il ne parle pas de l'enfer des camps, ni de l'horreur qu'on peut y rencontrer ; bien sûr il décrit les douches, les morts, les mauvais traitements, la faim, le manque d'hygiène etc, mais tout ça fait partie du train train de la vie là-bas, c'est inscrit dans les journées au même titre que d'aller chercher sa baguette pour nous, jamais il ne se plaint, sans qu'on ait l'impression qu'il ait « choisi » ses mots. Cela semble naturel (pour lui) alors que pour nous lecteur, avec le recul que nous avons par rapport aux événements, toute l'horreur nous jaillit en plein cœur, c'est difficile à décrire. Même, il termine le livre en disant que la prochaine fois qu'il devrait parler de la vie dans les camps de concentration, il parlerait du bonheur des camps. Et ce n'est même pas choquant, parce qu'on peut comprendre cette façon de voir les choses, ce point de vue qui en fait n'est qu'une question de survie (s'il s'était laissé allé il serait sans doute mort là-bas). En tout cas c'est vraiment bien, très bien écrit, ça se dévore. Une belle leçon d'humanité (eh oui !), parce qu'à l'inverse de « l'obscurité du dehors », ici l'homme même s'il ressemble à un animal et n'a plus que des réflexes de survie primaire, n'oublie jamais son humanité, le regard de ses semblables, et surtout, l'espoir ne le quitte jamais.
Etre sans destin, c'est simplement avancer, pas à pas, petit à petit, pour s'inventer la seconde suivante, la minute d'après, l'heure, le jour suivant, se créer son propre destin par ses actes, par une succession de petits faits, certains dépendants du hasard et d'autres de ses choix, pas à pas, avancer.