> Natalia Zaremba-Huzsvai (Traducteur)
> Charles Zaremba (Traducteur)

ISBN : 274274598X
Éditeur : Actes Sud (2003)


Note moyenne : 4.08/5 (sur 25 notes) Ajouter à mes livres
C'est pour l'enfant auquel il n'a jamais voulu donner naissance qu'Imre Kertész prononce ici le kaddish - la prière des morts de la religion juive. D'une densité et d'une véhémence peu communes, ce monologue intérieur est le récit d'une existence confisquée par le souve... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 3.00/5
    Par Bunee, le 08 octobre 2009

    Bunee
    "Celui qui ne sait pas se reposer sur le seuil du moment, oubliant tout le passé...ne saura jamais ce qu'est le bonheur, et, ce qui pis est, il ne fera jamais rien qui puisse rendre heureux les autres"
    Bien après, longtemps après, l'horreur de la déportation résonne dans l'esprit de l'auteur. Elle fait plus que résonner. Elle le tord, le disloque et bat en lui de façon assourdissante.
    Auschwitz s'explique; mais Auschwitz est indicible.
    Vers quoi tendre son existence? Exister tout en condamnant en son trefonds le don de la vie? Comment "être" au sein d'une condition humaine si effroyable qu'elle remet en cause son humanité même?
    Prière pour les morts (Kaddish), oraison funèbre vers l'enfant qu'il n'aura jamais.
    Cet ouvrage, dur et exigent, volontairement hermétique, essouffle le lecteur dans un rythme effréné tant sur la forme (aucun paragraphe ni chapitre, le livre semble comme une masse coulée de ciment) que sur la forme (les raisonnement est haletant, se reprend, se perd et multiplie les circonvolutions)

    Très fouillé, avec de multiples niveaux de compréhension, ce roman est à lire plusieurs fois, avec persévérance.
    "Au cours de ces années, ma femme est réapparue. Une fois (...) elle est venue en tenant deux enfants par la main. Une petite fille avec des yeux bruns, de pâles taches de rousseur aux environs du nez, et un garçon têtu aux yeux durs comme des cailloux bleu-gris.
    "Dites bonjour au monsieur", leur a-t-elle dit. Ca m'a parfaitement dégrisé, une fois pour toute. Parfois, comme une martre pelée qui aurait survécu à la grande extermination, je traverse encore la ville. A certains bruits, certaines images, je dresse l'oreille comme si mes sens engourdis et encroûtés étaient agressés par l'odeur des bribes de souvenirs. A côté de certaines maisons, à certains coins de rues, je m'arrête, terrifié, les narines dilatées, je scrute les alentours d'un oeil effrayé, je veux m'enfuir mais quelque chose me retient.
    Sous mes pieds bouillonnent les égouts, comme si le torrent sale de mes souvenirs voulaient sortir de son lit pour m'engloutir. Qu'il en soit ainsi: je suis prêt. Dans un dernier, grand résumé j'ai montré ma vie faillible, opiniâtre - je l'ai montrée pour ensuite, portant le baluchon de cette vie dans mes deux mains tendues, m'en aller et, comme dans l'eau noire et tempétueuse d'un torrent,
    sombrer,
    Mon Dieu!
    faites que je sombre
    pour l'éternité,
    Amen."
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  • Par sylvie, le 09 mars 2010

    sylvie
    Ce livre s'insère au centre d'une œuvre dense, implacable, et qui forme une trilogie avec Être sans destin et Le refus.
    Écrivain qui creuse sa tombe dans les nuages avec pour outil son stylo, il s'adresse ici à l'enfant qui ne naîtra pas, à celui qui symbolise la Liquidation de son existence dans un NON proféré par une force qui le dépasse.
    L'auteur revient sur ce NON, qui contient toute l'histoire de cet enfant "fillette aux yeux bruns, le nez couvert de pâles taches de rousseur " ou « garçon têtu avec des yeux joyeux et durs comme des cailloux gris-bleu »et qu'il a opposé au désir de sa femme.
    Dans un monologue intérieur qui semble être d'une seule traite, le texte nous donne à lire comme l'émergence de la pensée au cœur du travail du ressassement.
    Les souvenirs se superposent par strates et construisent un chemin d'écriture, l'échafaudage d'une "métaphysique du renoncement", le travail d'un suicide.
    Mu dans la vie ("chemin aveugle") par des instincts plus forts que la volonté, le héros (écrivain) choisit l'écriture, ("chemin lucide"), et l'auteur met à jour la distance entre la vie et l'écriture comme un choix qui s'est imposé à lui : écrire ou vivre...
    Survivant, il est poussé à refuser de survivre dans sa descendance par une force dont il ne prend conscience que bien plus tard mais qui est advenue dans ce NON et s'est déployée dans l'acharnement à l'écriture.
    Ce soliloque difficile et exigeant traque inexorablement une vérité intérieure.
    C'est un texte qui marque par sa forme et son propos.
    Des images fortes sont distillées et répétées régulièrement et semblent venir soutenir les phrases tenues d'extirper coûte que coûte un brin de lueur du magma noir de la douleur.
    Je veux retenir de ce livre une phrase :
    "Ce qui est réellement irrationnel et qui n'a vraiment pas d'explication, ce n'est pas le mal, au contraire : c'est le bien."
    Elle est illustrée par l' histoire de Monsieur l'instituteur p : 57-60.
    des liens sur le blog


    Lien : http://sylvie-lectures.blogspot.com/2010/03/kaddish-pour-lenfant-qui..
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  • Par Yves-Hiram, le 26 mai 2012

    Yves-Hiram
    'Imre Kertész a connu les camps de concentration au cours de son adolescence et évoque la question de la survivance et de la transmission : comment survivre à l'irréparable: «Je dois disparaître avec tout ce que je porte en moi (...) d'incroyables forces destructrices, on pourrait détruire le monde entier avec mon ressentiment (...). Il y a longtemps que je ne désire plus rien que disparaître. »
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  • Par Yves-Hiram, le 26 mai 2012

    Yves-Hiram
    'Imre Kertész a connu les camps de concentration au cours de son adolescence et évoque la question de la survivance et de la transmission : comment survivre à l'irréparable: «Je dois disparaître avec tout ce que je porte en moi (...) d'incroyables forces destructrices, on pourrait détruire le monde entier avec mon ressentiment (...). Il y a longtemps que je ne désire plus rien que disparaître. »
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    • Livres 4.00/5
    Par chartel, le 28 juillet 2008

    chartel
    Ce roman d'Imre Kertész est un monologue intérieur de l'auteur adressé à l'enfant qu'il n'a pas eu. Toute la magie de la littérature s'exerce dans cette œuvre où un être inexistant prend forme par le simple fait de lui adresser la parole.
    Kertész nous embarque dans un passé tourmenté et tragique, analysant son enfance pour tenter d'expliquer les raisons d'un refus de paternité (à ne pas confondre avec Le refus de reconnaissance de paternité) qui le plongea dans une profonde mélancolie. Ce voyage au cœur d'une pensée s'exprime par une prose pleine d'épaisseur, soucieuse du sens précis de chaque mot. Les phrases y prennent souvent l'ampleur d'un paragraphe, les paragraphes y prennent souvent l'ampleur d'un chapitre construisant un roman monolithique telles les sculptures compactées et agglomérées de César à l'image des cheminements tortueux de la pensée d'un homme questionnant son identité.
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Citations et extraits

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  • Par sylvie, le 09 mars 2010

    et je suis toujours là, bien que je ne sache pas pourquoi, par hasard, de la même façon que je suis né, je ne suis pas plus complice de ma survie que de ma venue au monde, bon d'accord, la survie recèle un tout petit peu plus de honte, surtout si on a fait tout son possible pour survivre : mais c'est tout, rien de plus, je n'ai pas pu donner dans l'apitoiement général de la survie et la démagogie bravache, mon dieu ! on est de toute façon un peu coupable, c'est tout, j'ai survécu donc je suis, pensais-je, non, je ne pensais rien, simplement j'étais, tout simplement comme un survivant...
    ...qui ne sent pas la nécessité de justifier sa survie, d'assigner un but à sa survie, oui, de transformer sa survie en un triomphe...
    ...réel, le seul possible qui serait -aurait été-, la survie prolongée et multipliée de cette existence, et donc de la mienne dans mes descendants, de mon descendant, en toi, non, je n'y pensais pas, je ne pensais pas devoir y penser, jusqu'à ce que cela me tombe dessus, une nuit,
    et que la question se dresse devant moi...
    ...La question, oui, aurais-tu été une petite fille aux yeux sombres ? le nez couvert de pâles taches de rousseur ? ou bien un garçon têtu ? avec des yeux joyeux et durs comme des cailloux gris-bleu ? oui, ma vie considérée comme possibilité de ton existence, ou tout simplement considérée, sévèrement, tristement, sans colère ni espoir, comme on considère un objet."
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  • Par chartel, le 28 juillet 2008

    "Non !"- cria, hurla en moi quelque chose, immédiatement, tout de suite, lorsque ma femme (qui ne l’est d’ailleurs plus depuis longtemps) orienta la conversation vers lui – vers toi – et mon cri a mis de longues années à s’apaiser, oui, pour ne laisser qu’un mal de vivre mélancolique, comme la furie d’Odin au cours du fameux adieu, jusqu’à ce que, émergeant des brumes du son mourant des instruments à cordes, lentement et malicieusement, comme une maladie latente, une question se dessine en moi, et cette question, c’est toi, ou pour être plus précis, c’est moi remis en question à travers toi, ou pour être encore plus précis […] : mon existence considérée comme la possibilité de ton être, c’est-à-dire que je suis un assassin, si on veut pousser la précision jusqu’au bout, jusqu’à l’absurde, et c’est possible avec un minimum de masochisme, puisque, Dieu merci, il est trop tard, il sera toujours trop tard, tu n’es pas là, alors que moi, je me sens en parfaite sécurité, puisqu’en disant non, j’ai tout détruit, tout réduit en poussière, surtout mon mariage éphémère et malheureux.
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  • Par chapochapi, le 24 août 2010

    s'il m'arrivait une fois, une seule fois dans ma vie, de vivre durant un instant au rythme des fonctions detoxatives de mes reins et de mon foie, des fonctions péristaltiques de mon estomac et de mes intestins, aspiratoires et expiratoires de mes poumons, systoliques et diastoliques de mon coeur, ainsi que des échanges constants d emon cerveau avec l'extérieur, de la figuration des pensées abstraites de mon esprit, et aussi de la conscience pure de ma conscience de tout et d emoi-même, et la présence obligatoire et néanmoins clémente de mon âme transcendante : si pendant un seul instant je me voyais, connaisais, possédais ainsi moi-même, tandis qu'il ne saurait être bien sûr être question ni d epropriétaire ni de propriété, alors peut-être se réaliserait tout simplement mon identité qui ne s'est jamais, jamais réalisée ; si donc un seul de ces instants irréalisables se réalisait, cela ferait peut-être disparaître mon "sentiment d'altérité", cela m'apprendrait à savoir, et je saurais seulement alors ce qu'être signifie.
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  • Par sylvie, le 09 mars 2010

    Il m'a fallu cette nuit pour voir enfin dans le noir, pour voir entre autres la nature de mon travail, qui, au fond, ne consiste qu'à creuser, à continuer de creuser la tombe que d'autres ont commencé à creuser pour moi dans l'air, puis, tout simplement parce qu'il n'ont pas eu le temps de terminer, dans leur hâte et même sans ironie diabolique d'aucune sorte, non, juste comme ça, sans bruit, sans regarder autour d'eux, ils m'ont fourré l'outil dans les mains et ils m'ont planté là pour que je finisse moi même le travail qu'ils avaient commencé.
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  • Par sylvie, le 09 mars 2010

    Ce qui est réellement irrationnel et qui n'a vraiment pas d'explication, ce n'est pas le mal, au contraire : c'est le bien.
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Vidéo de Imre Kertész

«Erzähl'mir, Raconte moi » par la compagnie Tempus Fugit. Spectacle inspiré par "Etre sans destin" d'Imre Kertesz, conçu et mis en scène par Carolina Pecheny-Durozier, avec François Accard, Stéphanie Klimkait, Christine Kotschi, Karine Massen et Matthias Meyer. (Théâtre du Soleil, nov 07)











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