Ce livre s'insère au centre d'une œuvre dense, implacable, et qui forme une trilogie avec
Être sans destin et
Le refus.
Écrivain qui creuse sa tombe dans les nuages avec pour outil son stylo, il s'adresse ici à l'enfant qui ne naîtra pas, à celui qui symbolise la
Liquidation de son existence dans un NON proféré par une force qui le dépasse.
L'auteur revient sur ce NON, qui contient toute l'histoire de cet enfant "fillette aux yeux bruns, le nez couvert de pâles taches de rousseur " ou « garçon têtu avec des yeux joyeux et durs comme des cailloux gris-bleu »et qu'il a opposé au désir de sa femme.
Dans un monologue intérieur qui semble être d'une seule traite, le texte nous donne à lire comme l'émergence de la pensée au cœur du travail du ressassement.
Les souvenirs se superposent par strates et construisent un chemin d'écriture, l'échafaudage d'une "métaphysique du renoncement", le travail d'un suicide.
Mu dans la vie ("chemin aveugle") par des instincts plus forts que la volonté, le héros (écrivain) choisit l'écriture, ("chemin lucide"), et l'auteur met à jour la distance entre la vie et l'écriture comme un choix qui s'est imposé à lui : écrire ou vivre...
Survivant, il est poussé à refuser de survivre dans sa descendance par une force dont il ne prend conscience que bien plus tard mais qui est advenue dans ce NON et s'est déployée dans l'acharnement à l'écriture.
Ce soliloque difficile et exigeant traque inexorablement une vérité intérieure.
C'est un texte qui marque par sa forme et son propos.
Des images fortes sont distillées et répétées régulièrement et semblent venir soutenir les phrases tenues d'extirper coûte que coûte un brin de lueur du magma noir de la douleur.
Je veux retenir de ce livre une phrase :
"Ce qui est réellement irrationnel et qui n'a vraiment pas d'explication, ce n'est pas le mal, au contraire : c'est le bien."
Elle est illustrée par l' histoire de Monsieur l'instituteur p : 57-60.
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