Quel titre bien choisi ! D'abord car il fait de suite penser à
La nef des fous, bien sûr, ouvrage médiéval de
Sébastien Brant et tableau de Jérôme Bosch. Ensuite, pour l'histoire relatée. Résumons les faits assez brièvement:
A Gênes, à bord du Falconus, le bateau se rendant en Terre Sainte, des personnages au caractère bien trempé ont embarqué. Et comme souvent, surtout en cette période, on ne sait pas avec qui on voyage. le jeune Ernaut, un Bourguignon, se trouve à bord avec son frère, Lambert. Ils comptent tous deux s'installer là-bas.
L'atmosphère, à Gênes, est pesante. Des crimes ont été commis. Ils font l'objet de discussions sur le bateau. Mais lorsque la mort vient rôder autour d'eux, ceux qui sont à bord commencent à avoir peur. En effet, un marchand, Ansaldi Embriaco, est retrouvé mort dans des circonstances étranges : " assis bizarrement sur sa chaise, les bras le long du corps, allongé sur son écritoire, le dos de sa cotte nimbé d'une large tache foncée ". Mais ce dernier ne sera pas la seule victime. Un deuxième cadavre sera retrouvé. A partir de là, commence pour Ernaut et deux de ses compagnons de voyage, Régnier et Herbelot, une enquête des plus passionnantes.
Mettre le nez dans ce livre est dangereux, surtout si vous n'avez que peu de temps devant vous... car vous ne le lâcherez plus jusqu'à la fin. Et ce, pour différentes raisons :
- L'intrigue est originale : nous sommes loin ici de certaines images d'Épinal. Mettre ainsi en exergue le monde marin n'en est que plus efficace pour provoquer l'adhésion du lecteur car peu de livres traitant de cette période l'ont fait (d'ailleurs, je me demande même s'il y en a eu un ? Je ne crois pas... Il y a certes des scènes, comme dans le Roman d'Apollonius de Tyr, mais pas, à ma connaissance, tout un texte axé dessus).
Yann Kervran a même fait le dessin du Falconus et a mis des cartes du voyage afin que nous puissions visualiser l'histoire. Ce n'est peut-être qu'un détail, mais il a son importance.
- L'histoire dans l'histoire : le début du roman commence dans un monastère. Un jeune moine se laisse conter ces aventures par un des patriarches, le chantre. Bien entendu, la visée est didactique.
- Les personnages sont attachants, notamment Ernaut, et, surtout, profonds. Celui qui est qualifié, à un moment donné, de "sanglier" ou encore de "pèlerin plus dévastateur que les plaies d'Égypte", sa force herculéenne et son physique impressionnant le quidam. Mais celui-ci est loin d'être une brute épaisse. Ses qualités et ses valeurs sont admirables. Sa gaucherie est presque touchante.
- le style : fluide, il permet d'avoir une lecture très agréable, enrichie par le vocabulaire médiéval. Mais attention, rien de lourd ou de peu compréhensible. La langue médiévale est ici saupoudrée avec délicatesse pour le plus grand bonheur des lecteurs. Ajoutons à ceci un brin d'humour, et vous obtiendrez la recette parfaite d'un ouvrage qui va vous faire passer quelques heures de pure réjouissance.
Dois-je préciser que j'ai vraiment apprécié ce roman ? J'attends maintenant avec impatience le second tome !
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