Une histoire :
Marie, l'aînée, s'abrite dans son bonheur quotidien entre son mari pianiste, sa librairie ancienne à Paris, et ses deux filles. Cérébrale, sérieuse et responsable, elle tente de maintenir l'équilibre familial, au prix de sacrifices personnels qu'elle ne mesure pas elle-même.
La cadette, Anne, vit en plein vent, « dans les grandes largeurs » et pourtant modestement, au pied de son phare, dans la magnifique petite bourgade bretonne de Port Manech. Sculpteur qui n'a pas la chance d'être reconnue – mais est-ce vraiment important pour elle ? – elle dévore la vie, les hommes, et s'obstine à attendre un horizon qui réalise entièrement ses désirs.
La benjamine, Lise, la plus solitaire, la plus fragile aussi, cherche désespérément une rampe à laquelle s'accrocher pour sortir de sa mélancolie et croire encore aux promesses de la vie.
Toutes les trois s'étaient éloignées de leur père, homme taciturne et froid. Sa mort les force à se pencher malgré elles sur leur héritage familial, à comprendre cet homme silencieux, ses choix, son histoire. Elles doivent alors repenser leur vie, leur relation, libres enfin de choisir et d'être ce qu'elles veulent vraiment.
Pourquoi avoir choisi ce livre ?
La première de couverture présente une femme de dos vêtue d'une robe rouge grenat à fines bretelles. Assise sur une plage de rochers elle semble regarder la mer, l'horizon, au loin, paisible et déterminée. Superbe photographie !
J'adore la mer, les côtes bretonnes sont un ineffable émerveillement pour moi et l'histoire de ces trois sœurs qui se redécouvre et reprennent leur vie en main après la mort de leur père m'a intriguée.
La quatrième de couverture indique «
Françoise Kerymer est libraire ». Il ne m'en fallait pas plus pour tenter ma chance !
Un avis ?
Donc 402 pages pour nous parler d'une presque année de cette famille. Un début morose, pesant, qui a eu bien mal à me séduire et qui, pourtant, ne parvenait pas totalement à me rebuter. Évidemment quand le ciel est gris, on préfère lire des choses joyeuses, légères, susceptibles de nous égayer le moral mais bon, j'ai poursuivi et une fois encore, je n'ai pas regretté d'avoir offert à ce livre sa chance !
Marie, Anne et Lise, sont trois sœurs que la séparation de leurs parents suite à une violente dispute a marquée de façon différente. Leurs destins en ont été infléchis et d'horribles secrets ignorés. Tour à tour on découvre la vision de l'une puis de l'autre, sur des événements qu'elles partagent et cette technique donne au récit une fluidité inattendue. Ces trois façons d'avoir « digéré » une enfance auprès de ce père secret et distant, ces trois voix, forment une belle harmonie dans le récit qui s'éclaire à la lumière des révélations des unes et des autres.
Un texte très bien écrit. Des personnages très attachants chacun dans leurs différences, dans leurs blessures. Des phrases sensibles et justes. Il me semble évident aujourd'hui « que l'amour ne se mérite pas, il est ou il n'est pas ! » Mais voilà, par exemple, une phrase qu'il est bien agréable de lire et qui pourrait faire échos aux histoires des uns ou des autres. Une façon efficace de s'identifier au plus intime de nous-même à ces trois filles d'un père incapable de donner de l'amour. Une réflexion sous forme de parcours initiatique dans cette quête de Marie pour découvrir la vérité cachée de ce père dont elle s'est occupée quand plus personne ne voulait entendre parler de lui, qui libère peu à peu chacune de ces femmes des liens qui les tenaient prisonnières d'un passé qui ne leur appartenait pas, mais aussi d'un profond sentiment de culpabilité les empêchant de vivre pleinement les bonheurs que la vie leur offrait.
Des atmosphères bretonnes subliment suggérées, par touches légères, offrant à l'imaginaire la juste nourriture nécessaire. L'on se surprend, au fil des pages, à presque sentir les embruns déposer sur nos lèvres le sel de l'océan les jours de brouillard.
Une fin qui sans être un happy end laisse le lecteur serein et apaisé, heureux de sa lecture, car tous les nœuds sont défaits.
Pour conclure je dirais qu'en 4e de couverture une légère erreur s'est glissée :
Françoise Kerymer est avec ce premier roman écrivain à part entière !
Merci aux éditions Jean-Claude Lattès de ne pas avoir laissé les cactus dans un tiroir !
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