Un roman anti-dépressif ! L'occident devrait cesser de se regarder le nombril et commencer à regarder l'âme de l'Afrique, voici le constat que dresse
Yasmina Khadra dans ce roman qui aborde la question de la mort en Afrique et en Occident à travers une histoire de piraterie.
Le protagoniste principal du roman, Kurt, se retrouve veuf dès le début du roman car sa femme, désespérée de n'avoir pu obtenir la promotion espérée dans son entreprise, met fin à ses jours…
Et nous occidentaux de dire, ben oui, la pauvre, à quoi bon vivre si malgré une vie confortable, l'amour d'un homme, des amis, un bel appartement, à quoi bon vivre si son travail n'est pas reconnu par sa hiérarchie, si elle a été victime des manœuvres d'un collègue arriviste…
Ben non, intervient
Yasmina Khadra qui au travers de son roman assène qu'on peut toujours remonter la pente et aimer, et démontre par là le gouffre qui existe entre les conceptions occidentale et africaine de la vie et de la mort.
Kurt part donc en bateau pour des vacances en Afrique à l'invitation d'un ami fortuné qui espère lui changer les idées : ça ne va pas se passer comme prévu… mais oui, ça lui changer les idées et à son insu, Kurt va changer et porter un regard différent sur la vie et l'humanité. Car ils seront victimes de pirates au large des cotes somaliennes et seront transbahutés comme gibier à rançon, battus, humiliés et acculés au désespoir, en compagnie d'un autre otage français qui s'efforce d'ouvrir le cœur de Kurt à l'Afrique. Voilà pour le fond.
Et si j'ai aimé le fond, je n'en dirais pas autant de la forme qui m'a gênée à plusieurs reprises. le récit fait alterner les dialogues entre pirates et otages et des envolées lyriques truffées de métaphores légèrement ridicules dans lesquelles les yeux rouges «courent comme deux fourmis carnivores» , la nuit est « sénescente », les lèvres sont « incarnadines » et les êtres "immarcescibles" ou encore le Darfour est « une Atlantide gore qu'écument d'insaisissables ogres abyssaux, où les ténèbres sont aussi rouges que les autels sacrificiels » et "dans la rudesse de (son) hiver intérieur, la forêt de (ses) soucis se ramassait en un vaste bûcher et attendait stoïquement qu'un soleil miséricordieux descende de son nuage pour y mettre le feu"… Ouf... J'ai lu 3 ou 4 romans de
Yasmina Khadra et j'avais le souvenir d'un style simple et percutant… il faudra que je relise pour voir. Et puis forcément, ces envolées lyriques font durer le plaisir et on finit avec 330 pages là où 200 auraient probablement largement suffi !
D'autre part, j'aimerais que quelqu'un m'explique comment deux allemands (dont on ne dit pas qu'ils parlent français), des pirates africains dont on ne connait pas la langue et dont on doute qu'ils aient appris l'anglais sur les bancs de l'école et un français, arrivent à communiquer, se répondre du tac au tac avec une ironie recherchée et échanger des considérations humaines et politiques… sans jamais avoir de problème de compréhension… trop forts !
Ces réserves mises à part, j'ai bien aimé ce livre que j'ai tout de même dévoré d'une traite !