ISBN : 2266134752
Éditeur : Pocket


Note moyenne : 3.85/5 (sur 186 notes) Ajouter à mes livres

Dans un Kaboul caniculaire, parmi les ruines du désastre et celles des esprits, deux hommes et deux femmes cherchent un sens à leur vie : un bourgeois déchu, une avocate interdite d'exercer, un geolier s'amenuisant à l'ombre des exécutions publiques et une épous... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par Malaura, le 08 novembre 2011

    Malaura
    « Les terres afghanes ne sont que champs de bataille, arènes et cimetières. Les prières s'émiettent dans la furie des mitrailles, les loups hurlent chaque soir à la mort, et le vent, lorsqu'il se lève, livre la complainte des mendiants au croassement des corbeaux. »
    Kaboul, ville de ruines, accablée sous un soleil aussi impitoyable que la tyrannie des talibans.
    Ici les rires ont laissé la place aux discours haineux des mollahs; les femmes, derrière leurs tchadri grillagés ont tout l'air de fantômes et les seules manifestations d'hilarité ont lieu les jours d'exécutions publiques.
    Dans cette ville exsangue, Atik, Moshen, Zunaira ou Mussarat voient leur vie, leur amour, leur raison, disparaître dans les tourments d'une nation livrée aux fous de Dieu.
    Car que peut-on faire lorsque la haine devient souveraine ?
    Que peut faire désormais Zuneira, la belle avocate, condamnée à ne plus sortir de chez elle si elle n'est pas accompagnée de son mari?
    Que peut Moshen, son époux, commerçant ruiné par les talibans, qui sent son cœur se remplir de fiel et de colère, d'amertume et de désillusions?
    Que peut faire Atik, le gardien de prison, lorsque l'intégrité de sa foi est chaque jour remise en question par les violences et les injustices dont il est à la fois le témoin et l'exécuteur forcé ?
    Et que peut faire Mussarat, sa femme, dont l'attente d'une mort lente et douloureuse s'assortit qui plus est d'une menace de répudiation, car dans l'Afghanistan des talibans, un homme ne reste pas avec une femme malade ?
    Ces vies brisées, bafouées, humiliées arriveront-elles à conserver leur dignité et leur part d'identité dans cette ville où l'obscurantisme assombrit les plus beaux espoirs et éteint même les sentiments les plus lumineux ?
    Par l'énergie d'un style prenant, théâtral, très évocateur, Yasmina Khadra nous offre encore une fois avec « Les hirondelles de Kaboul » un texte intense, grave, dur et éprouvant, porté par une poésie lyrique, ardente et enflammée.
    Sa plume vibrante de rage et de conviction décrit parfaitement un peuple à bout de souffle, accablé par les guerres et le poids de traditions archaïques, où la femme asservie, brimée, maltraitée, assujettie à des règles et des devoirs inconcevables, est l'une des premières à subir les affres de ce pays qui, sous le couvert de Dieu, s'adonne à la barbarie et à la cruauté avec une frénésie toute paranoïaque.
    « Avec ce voile maudit, je ne suis ni un être humain, ni une bête, juste un affront ou une opprobre que l'on doit cacher telle une infirmité. »
    Ici, Dieu est sur toutes les bouches, dans tous les gestes, dans toutes les actions, dans le murmure de la prière psalmodiée comme dans le cri de la foule lors des lynchages publics, dans le prêche hargneux d'un mollah et dans le tas de pierre préparées pour la lapidation; Dieu se décline à tous les temps, sur tous les modes, dans tous les genres, surtout celui des interdits, des brimades et des punitions.
    Peu d'espoir perce dans cette Kaboul qu'on croirait "maudite" tellement l'emprise de la religion est grande, tellement la liberté, enchaînée aux versets d'un Coran déformé, n'est plus qu'un rêve lointain et inaccessible.
    Dans ce terrible et dramatique réquisitoire contre la domination religieuse, Yasmina Khadra n'omet rien de l'oppression et de la misère qui sévissent au quotidien dans un pays où les êtres humains ne sont plus que des ombres à genoux.
    Témoignage de la folie des hommes, cri de révolte contre le régime de la peur, la condition tragique des femmes "fantômes" et l'obscurantisme religieux, « Les hirondelles de Kaboul » est un roman sombre et puissant mais c'est aussi un hommage poignant au courage des femmes de là-bas et un bel hymne à la tolérance et à la dignité.
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    • Livres 3.00/5
    Par Lune, le 02 juin 2008

    Lune
    Toute femme ne peut qu'être heurtée par l'asservissement que vivent Les hirondelles de Kaboul. Nous sommes au degré zéro de l'horreur. Tellement horrible que cela nous dépasse et que les mots me semblent faibles pour exprimer l'anéantissement qui me frappe lorsque j'imagine vivre dans un tel état de peur, de soumission, de saleté, d'exécutions. Y être femme sans identité, sans reconnaissance est le summum de l'inhumanité. Même si l'histoire finale se devine rapidement, même si elle nous paraît "énorme", c'est toute la métaphore qu'elle représente qu'il nous faut décoder. Les paroles de l'épouse d'Atiq sont percutantes et le livre se termine en rendant une dignité à l'homme conditionné par un monde où il n'a jamais pu se laisser aller, ni à l'amour, ni à ses émotions. La banalité de la cruauté fouette même l'intellectuel affaibli dans son esprit critique puisque ni rêves ni projets ne peuvent plus l'accompagner. La banalité de la cruauté rend fou l'homme le plus sage. C'est pourquoi nous ne pouvons juger aucun de ces héros, simplement tenter de comprendre leur descente aux enfers. le bien et le mal ne sont pas opposés, il y a le bien ET le mal, nous devons y faire face.
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    • Livres 5.00/5
    Par mimienco, le 23 juin 2009

    mimienco
    Résumé : "Dans les ruines brûlantes de la cité millénaire de Kaboul, la mort rôde, un turban noir autour du crâne.
    Ici, une lapidation de femme, là un stade rempli pour des exécutions publiques. Les Taliban veillent. La joie et le rire sont devenus suspects. Atiq, le courageux moudjahid reconverti en geôlier, traîne sa peine. Toute fierté l'a quitté. le goût de vivre a également abandonné Mohsen, qui rêvait de modernité. Son épouse Zunaira, avocate, plus belle que le ciel, est désormais condamnée à l'obscurité grillagée du tchadri.
    Alors Kaboul, que la folie guette, n'a plus d'autres histoires à offrir que des tragédies. Quel espoir est-il permis ? le printemps des hirondelles semble bien loin encore... "
    Mon opinion: très bien. A la lecture de ce roman , le lecteur ne ressort pas indemne! Ce roman est bouleversant! Yasmina Khadra, nous relate l'histoire de deux couples vivant à Kaboul, ville réduite à des ruines sous le joug des Taliban. La vie à Kaboul est rythmée par les lapidations de femmes, les exécutions publiques, la pauvreté et la tyrannie qu'imposent les Taliban. Les femmes n'ont plus aucun droit, aucune liberté, emprisonnées dans leur tchadri, elles vivent recluses dans leurs maisons, à l'abri des regards. le quotidien des hommes est jalonné par les brimades dans les rues, la misère et l'ennui. L'auteur nous livre un portrait dure, sans concession de la vie à Kaboul. De cette horreur, émergent des figures de femmes (des hirondelles) qui incarnent l'humanité, l'amour, la révolte dans une société réduite au silence, à la tyrannie, à la violence. L'auteur rend un bel hommage à toutes ces femmes, niées, brisées, privées d'existence. Ce livre est d'une horrible beauté servi par une écriture maîtrisée, musicale et efficace.
    Vraiment lisez-le, comme le dit Alexandra Lemasson du Magazine littéraire c'est "un cri déchirant au coeur de la nuit de l'obscurantisme."
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    • Livres 5.00/5
    Par valdemosa38, le 04 décembre 2011

    valdemosa38
    J'appréhendais un peu la lecture de ce livre que Nicole m'a prété gentiment. Je voyais bien de quoi ça allait parler mais je me demandais si ce serait pas trop dur.
    C'est un beau livre.
    Yasmina Khadra est en fait un homme: Mohammed Moulessehoul. Il était militaire en Algérie et après publié un livre qui s'appellait " L'écrivain " ou il s'en prend au pouvoir autoritaire de son pays qu'il dénonce, il doit s'exiler en France. Au pouvoir en place et à l'intégrisme religieux ....
    C'est un livre fin, au style presque poétique par moment qui contraste avec la dureté des propos et des scènes.A Kaboul, les femmes sont moins que rien, moins que des chiens, on ne doit même pas parler de sa femme, c'est indécent.
    Il y a une scène de lapidation assez dure, forcemment. Même les enfants dans les rues s'entrainent sur les chiens à la lapidation tellement c'est devenu courant. Les hommes sont pendus, égorgés. le sang est partout, il n'y a plus d'espoir, plus de chant dans les rues car c'est interdit par les intégristes....
    Je me dis que ça devait être comme ça les jeux romains, parce qu'il y a une scène ou bcp d'exécutions publiques ont lieux au cours d'une grande fête à laquelle assiste une huile du partie. Tout le monde essaie de se faire bien voir pour décrocher une promotion, un meilleur poste quite à hurler plus fort que les autres jusqu'à l'indécence....Ou alors la révolution française....sauf que qq part, malgré tout, soufflait un vent de liberté.
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    • Livres 5.00/5
    Par mimipinson, le 01 août 2010

    mimipinson
    « De plus aucun homme ne doit quoi que ce soit à une femme. le malheur du monde vient de ce malentendu » p25
    « Avec ce voile maudit, je ne suis ni un être humain ni une bête, juste un affront ou une opprobre que l'on doit cacher telle une infirmité. C'est trop dur à assumer » p62
    « C'est toi qui a besoin d'attention, pas elle. (…).Résultat, ça t'a fragilisé, et il a suffit à une chienne mal odorante de gémir pour te fendre l'âme. Laisse-la crever. Je t'assure qu'elle est à sa place là où elle est. Après tout ce n'est qu'une femme. » p121
    Trois phrases qui m'ont marquée, tout comme hier matin j'ai été confrontée de près, à une ombre en noir, un fantôme dans les rues de ma ville.
    Un livre puissant, bouleversant, dont les mots donnent parfois la nausée tant ils sont durs. C'est hélas une vérité ; une vérité qui doit être dite, criée même.
    Kaboul, l'armée russe est partie, les talibans ont pris le relai, et instaure un régime de terreur au nom d'un Dieu et d'une foi, d'une « vérité » qu'ils pensent détenir. La ville est anéantie, les Hommes aussi, les Femmes sont emmurées chez elles, ou engrillagées dans un linceul bleu qui les isole du monde telles des pestiférées, des encore moins que rien.
    Chacun résiste à sa façon, mais pour combien de temps ?
    Yasmina Khadra, dont c'est mon premier livre, a su me toucher au cœur avec ce court mais intense récit.
    Mesdames, Messieurs, mettons nos petites querelles politiciennes de côté pour refuser haut et fort chez nous, ce qui nous apparaît comme inacceptable ailleurs.


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Citations et extraits

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  • Par csapin, le 16 mars 2011

    - Mon épouse est malade. (...) Je l'accepte pleinement, avec une infinie dévotion, sauf que je suis seul et désemparé. Je n'ai personne pour m'assister.

    - C'est pourtant simple : répudie-la.

    - Elle n'a pas de famille, rétorque naïvement Atiq, loin de remarquer le mépris grandissant qui envahit le faciès de son ami visiblement horripilé de devoir s'attarder sur un sujet aussi dévalorisant. Ses parents sont morts, ses frères sont partis, chacun de son côté. Et puis, je ne peux pas lui faire ça.

    - Et pourquoi pas ?

    - Elle m'a sauvé la vie, rappelle-toi.

    Mirza rejette le buste en arrière, comme pris au dépourvu par les arguments du gardien. Il avance les lèvres, penche la figure sur une épaule de manière à surveiller de biais son interlocuteur.

    - Niaiseries ! s'écrit-t-il. Dieu seul dispose de la vie et de la mort. Tu as été blessé en combattant pour Sa gloire. Comme il ne pouvait pas envoyer Gabriel à ton secours, il a mis cette femme sur ton chemin. Elle t'a soigné par la volonté de Dieu. Elle n'a fait que se soumettre à Sa volonté. Toi, tu as fait cent fois plus pour elle : tu l'as épousée. Que pouvait-elle espérer de plus, elle, de trois ans ton aînée, à l'époque vieille fille sans enthousiasme et sans attrait ? Y a-t-il générosité plus grande, pour une femme, que de lui offrir un toit, une protection, un honneur et un nom ? Tu ne lui dois rien. C'est à elle de s'incliner devant ton geste, Atiq, de baiser un à un tes orteils chaque fois que tu te déchausses. Elle ne signifie pas grand chose en dehors de ce que tu représentes pour elle. Ce n'est qu'une subalterne. De plus, aucun homme ne doit quoi que ce soit à une femme. Le malheur du monde vient justement de ce malentendu.

    Soudain, il fronce les sourcils :

    - Serais-tu fou au point de l'aimer ?

    - Nous vivons ensemble depuis une vingtaine d'années. Ce n'est pas négligeable.

    Mirza est scandalisé, mais il prend sur lui et essaye de ne pas brusquer son ami d'enfance.

    - Je vis avec quatre femmes, mon pauvre Atiq. La première, je l'ai épousée il y a vingt-cinq ans ; la dernière il y a neuf mois. Pour l'une comme pour l'autre, je n'éprouve que méfiance car, à aucun moment, je n'ai eu l'impression de comprendre comment ça fonctionne, dans leur tête. Je suis persuadé que je ne saisirai jamais tout à fait la pensée des femmes. A croire que leur réflexion tourne dans le sens contraire des aiguilles d'une montre. Que tu vives un an ou un siècle avec une concubine, une mère ou ta propre fille, tu auras toujours le sentiment d'un vide, comme un fossé sournois qui t'isoles progressivement pour mieux t'exposer aux aléas de ton inadvertance. Avec ces créatures viscéralement hypocrites et imprévisibles, plus tu crois les apprivoiser et moins tu as de chances de surmonter leurs maléfices. Tu réchaufferais une vipère contre ton sein que ça ne t'immuniserait pas contre leur venin.
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  • Par TINUSIA, le 12 juillet 2010

    Quand on passe ses nuits à veiller des condamnés à mort et ses jours à les livrer au bourreau, on n'attend plus grand chose du temps vacant.
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  • Par tequilajoe, le 13 mars 2010

    Atiq tend la main. Nazish la saisit avec empressement, la garde longtemps. San lâcher prise, el jette un coup oeil circulaire poru être sûr que la voie est libre, se racle la gorge et chevrote d'une voix presque inaudible tant l'émotions est forte:
    - Est-ce que tu pense qu'on pourra entendre de la musique à Kaboul, un jour?
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  • Par latina, le 15 novembre 2011

    Un déluge de projectiles s’abat sur la suppliciée qui, bâillonnée, vibre sous la furie des impacts sans un cri. Mohsen ramasse trois pierres et les lance sur la cible. Les deux premières se perdent à cause de la frénésie alentour mais, à la troisième tentative, il atteint la victime en pleine tête et voit, avec une insondable jubilation, une tache rouge éclore à l’endroit où il l’a touchée. Au bout d’une minute, ensanglantée et brisée, la suppliciée s’écroule et ne bouge plus. Sa raideur galvanise davantage les lapideurs qui, les yeux révulsés et la bouche salivante, redoublent de férocité comme s’ils cherchaient à la ressusciter pour prolonger son supplice. Dans leur hystérie collective, persuadés d’exorciser leurs démons à travers ceux du succube, d’aucuns ne se rendent pas compte que le corps criblé de partout ne répond plus aux agressions, que la femme immolée gît sans vie, à moitié ensevelie, tel un sac d’horreur jeté aux vautours.
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  • Par latina, le 15 novembre 2011

    Mohsen perçoit le rire étouffé de son épouse. Il grogne un instant puis, apaisé par la bonne humeur de Zunaira, il pouffe à son tour. Aussitôt, une trique s’abat sur son épaule :
    - Vous vous croyez au cirque ? lui crie un taliban en exorbitant des yeux laiteux dans son visage brûlé par les canicules.
    La trique pirouette dans l’air et l’atteint au visage.
    - On ne rit pas dans la rue, insiste le sbire. S’il vous reste un soupçon de pudeur, rentrez chez vous et enfermez-vous à double tour.
    - Allons-vous-en, supplie Zunaira en tirant son époux par le bras.
    - Ne le touche pas, toi ; reste à ta place, lui hurle le sbire en lui cinglant la hanche. Et ne parle pas en présence d’un étranger.
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