> Lucile Clauss (Traducteur)
> Max Stadler (Traducteur)

ISBN : 2268065073
Éditeur : Le Serpent à plumes (2008)


Note moyenne : 4.22/5 (sur 9 notes) Ajouter à mes livres
L'histoire que raconte Montecore est parfaitement ordinaire. Presque banale. Dans les années 70, un jeune Tunisien vit de petits boulots et rêve de devenir photographe. Après le travail, il traîne sur la plage, drague les touristes occidentales qui succombent facilement... > voir plus
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Critiques et avis(3)

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  • Par InColdBlog, le 11 septembre 2010

    InColdBlog
    Lecteur, si tu te pâmes dès qu'on te titille la langue, qu'on te la mordille, qu'on te la malaxe, qu'on lui fasse subir les plus douces tortures, Montecore, un tigre unique est le roman indispensable qu'il te faut ajouter à ta collection.
    Car c'est à un plaisir jouissif que t'invite Jonas Khemiri qui prend la langue, la triture, la déforme, la magnifie après l'avoir tournée plus de sept fois sous sa plume, te fait vivre des sensations de lecture vertigineuses et découvrir des horizons linguistiques insoupçonnés.
    Car la langue est au cœur de Montecore, un tigre unique. Dans ce roman que l'on ressent comme largement autobiographique, Jonas Khemiri retrace le parcours de son père, Abbas, orphelin tunisien émigré en Suède.
    Dans les années 1970, Abbas écume les plages de son village de Tunisie, l'appareil photo en bandoulière, à la recherche de jolies touristes à immortaliser sur la pellicule et, si l'occasion se présente, à glisser dans son lit. Jusqu'au jour où il tombe en arrêt devant une grande blonde, hôtesse de l'air suédoise : Pernilla Bergman. le coup de foudre est tel qu'il va emprunter de l'argent à son ami Kadir et suivre Pernilla en Suède où il l'épousera et lui fera trois enfants. Mais, dans le blanc paysage suédois, le joli conte de fées va tourner court : Abbas expérimente rapidement la difficulté de s'intégrer dans une société qui ne veut pas de lui, et doit confronter ses rêves de photographe international aux dures réalités de la vie.
    Pour raconter l'histoire d'Abbas, somme toute assez banale, Jonas Khemiri choisit d'établir un dialogue entre deux personnages : Jonas, clone de l'auteur, jeune écrivain suédois dont le premier livre vient d'être publié, et Kadir, le meilleur ami de son père qui va tanner Jonas pour qu'il écrive la biographie d'Abbas. Bien qu'absent, Abbas est le troisième personnage de ce roman. Omniprésent à chacune des pages, il est là, quelque part, entre les dithyrambes de Kadir qui fait de son ami un super héros et les ressentiments de son fils Jonas qui noircit à souhait le souvenir de ce père disparu.
    Pour écrire ce livre à quatre mains, Jonas envoie ses textes à Kadir qui lui renvoie corrigés et annotés.
    La correspondance électronique entre les deux personnages donne lieu à des échanges truculents de la part de Kadir, adepte des circonvolutions et arabesques fleuries qui donnent à ses courriers une couleur et une saveur sans pareil, à base d'images, de néologismes et de tournures grammaticales empruntant tout à la fois au suédois, au français, à l'arabe et à l'anglais (les traducteurs n'ont certainement pas été trop de deux pour plancher sur la version originale !)
    Mais limiter Montecore, un tigre unique, à un brillant exercice stylistique de plus sur la langue serait nier sa dimension sociale et politique sur les difficultés d'une intégration réussie, sur l'intolérance et l'incompréhension entre les communautés, sur l'affirmation de son identité…
    Quand il part pour la Suède, Abbas quitte certes le soleil pour la neige, mais aussi la chaleur de ses compatriotes pour la froideur des suédois, qui le regardent d'un mauvais œil, lui l'émigré dont le teint basané tranche avec la blancheur de leur complexion. Il commence par se frotter à l'hostilité de sa belle-famille qui voit d'un œil douteux ce couple mixte qu'il forme avec Pernilla.
    Jour après jour, il apprend à connaître les suédois et leurs usages. Son regard naïf quasi anthropologique est souvent très drôle.
    Plein de bonne volonté, Abbas va tout faire pour réussir son intégration. Pour lui, la Suède est le pays de tous les possibles puisque Refaat El Sayed, émigré égyptien, y est devenu milliardaire et a même été élu suédois de l'année ! Ne lâchant pas son rêve de devenir un photographe reconnu, il accepte de faire des petits boulots dans le métro de Stockholm.
    Puisque cela ne va pas suffire, il va sciemment s'éloigner du groupe d'exilés qu'il fréquente, pour finir par les tenir responsables de leur propre malheur, agissant envers eux comme les suédois envers lui.
    Et puisque l'intégration passe aussi par la maîtrise de la langue du pays d'adoption, son langage le stigmatisant tout autant que la couleur de sa peau, il va faire de son foyer, où se parlent indifféremment le français, l'arabe ou le suédois, un temple de l'adoration de la langue unique suédoise.
    Malgré ses efforts, Abbas ne pourra lutter contre la vague de xénophobie qui règne dans les années 1990 en Suède (et certainement pareillement dans le reste de l'Europe).
    Doux rêveur, malgré ses échecs répétés, il persiste à échafauder des projets chimériques. Ce qui ne manque pas de créer des séismes toujours plus fréquents dans son foyer. Envers et contre tout, il refuse de s'avouer vaincu et préfère ignorer l'hostilité agressive de ses compatriotes et nier la réalité.
    Une attitude que lui reproche son fils aîné Jonas aux yeux duquel il finit par passer pour un lâche, si ce n'est un traître. En réaction contre ce père dont le comportement lui fait honte, Jonas va devenir un adolescent rebelle et entrer en conflit frontal avec son père. C'est dans ses racines arabes et le Coran qu'il va essayer de trouver sa place.
    Pourtant, toute sa vie, Abbas n'aura qu'un souci : que ses enfants vivent une vie “normale”, comme de “vrais” suédois.
    Avec tendresse ironique et humour, Khemiri brosse toute l'ambiguïté des relations père/fils, entre adoration (lorsqu'ils formaient le « duo dynamique ») et rancœurs. "« La seule chose que j'ai voulue dans ma vie, c'est que ta fierté pour moi soit aussi éternelle et universelle que ma fierté pour toi. »"
    Tout comme Montecore, le tigre blanc de Siegfried & Roy , le roman de Jonas Khemiri est unique. Alors n'attendez pas qu'il soit épuisé pour le découvrir.


    Lien : http://www.incoldblog.fr/?post/2009/03/02/Jeux-de-langue
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  • Par keisha, le 12 mars 2011

    keisha
    Si l'on se contente du résumé, voici : Dans les années 70, en Tunisie, Abbas Khemiri rêve de devenir photographe; avec son ami Kadir, il connait de nombreux succès auprès des touristes occidentales jusqu'au jour où il tombe amoureux de Pernilla Bergman, la rejoint en Suède et fonde avec elle une famille. L'aîné, Jonas Khemiri, donc (tiens tiens...) devient écrivain. Mais entre temps son père a disparu.

    Ce n'est déjà pas mal, non?
    Mais attendez!

    D'abord une construction dynamique et originale:
    Kadir contacte Abbas afin de l'obliger à écrire l'histoire de son père, il lui fournit des documents, lui donne des conseils, le corrige, (en notes de bas de pages par exemple), etc...
    "Afin de nourrir constamment la volonté de lire de notre lecteur, je propose le procédé suivant: transformons cycliquement notre livre en de nouvelles formes littéraires! Commençons maintenant la deuxième partie du livre où nous mettrons d'abord les lettres authentiques de ton père à la disposition du lecteur et où nous t'inviterons, ensuite, à présenter tes premiers souvenirs de ton père. A quelle valeur estimes-tu cette idée? Je suis pleinement confiant en ce qui concerne sa génialité."

    Kadir écrit en suédois, langue que, comme Abbas, il a apprise adulte, et le moins que l'on puisse dire c'est qu'il s'exprime dans une langue bien savoureuse pour le lecteur... J'en profite pour saluer les traducteurs!

    Au fur et à mesure, la vérité se dévoile, s'enfuit, Kadir et Jonas ont chacun leur vision d'Abbas. Jonas lui même passe d'une relation privilégiée avec son père à une incompréhension de ses choix. Vient la rupture... Une belle histoire père-fils, donc.

    Mais aussi l'évocation de l'intégration (ou non-intégration) des immigrés en Suède. Après les années 80 viennent celles où fleurissent les partis et groupuscules d'extrême droite, sans sympathie pour les "turcs" ou "bougnoules." Abbas et Jonas vont chacun choisir des réactions différentes.

    Voilà donc un chouette roman, à la construction et l'élaboration originales, à l'écriture personnelle, drôle et émouvant, en plein dans le problème fort actuel des immigration de première et seconde génération, et qui présente une Suède pas toujours bien connue (et parfois raciste).

    "- Refaat [un immigré] fut élu pour recevoir le signe de distinction le plus excellent de la Suède!
    - le prix Nobel?
    - Non.
    - La position de premier ministre suédois?
    - Non.
    - La position de PDG d'IKEA?
    - Non!
    - La position de chanteur d'ABBA?
    - Te moques-tu de moi?"

    Allez, n'hésitez pas, faites connaissance avec les papas (et les mamans...)


    Lien : http://en-lisant-en-voyageant.over-blog.com/article-montecore-un-tig..
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    • Livres 4.00/5
    Par sylire, le 24 février 2012

    sylire
    Deux voix différentes nous racontent le parcours d'Abbas, un tunisien qui a émigré en Suède à l'âge adulte, après avoir rencontré une jeune suédoise de passage en Tunisie. La voix principale est celle de leur fils aîné, un jeune écrivain qui a toujours vécu en Suède, et qui a dans l'idée d'écrire la vie de son père, aujourd'hui disparu on ne sait où. La seconde voix est celle du meilleur ami d'Abbas, Kadir, resté en Tunisie. Apprenant le projet du jeune homme, Kadir veut lui apporter son aide, lui donnant quelques pistes pour mieux appréhender le parcours chaotique de son ami. le récit du jeune homme (nommé Jonas Hassen Khemiri, tout comme l'auteur du roman…) alterne avec les mails du vieil ami, personnage un peu énigmatique dont on ne sait trop quand il raconte la vérité et quand il l'arrange à sa façon.

    Tout cela donne le portrait très vivant d'un homme, de l'enfance à l'âge adulte. Jonas s'est beaucoup affronté à son père, ne comprenant pas ses choix. Avec le temps, il se montre plus tolérant. Il comprend désormais que son père a tout fait pour s'intégrer en Suède, redoublant d'efforts pour tenter de vivre de sa passion, la photographie, tout en nourrissant sa famille. Nous, lecteurs, découvrons une Suède raciste et peu ouverte.
    Voilà un livre original par sa forme, qui propose une réflexion intéressante sur les problèmes de culture et d'intégration. La langue est riche et imagée, un peu déroutante au début mais on s'y fait très vite. A noter aussi, les clins d'œil à quelques photographes célèbres (comme Robert Capa).
    Un jeune auteur suédois qui sait faire preuve d'originalité !


    Lien : http://sylire.over-blog.com/article-montecore-un-tigre-unique-jonas-..
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Citations et extraits

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  • Par InColdBlog, le 11 septembre 2010

    Et là, il se passa quelque chose d’étonnant. Au moment où il allait tourner au coin de la rue, l’homme à la mallette fut confronté aux rayons du soleil et s’immobilisa tout d’un coup. Il ralentit ses pas, s’approcha du mur de la maison, tendit son cou comme un chien qui cherche une odeur, plissa les yeux et puis… resta tout simplement paralysé. Comme une statue. Il savourait d’une mine céleste, un phénomène que je documentai bien évidemment avec mon appareil photo. Ce qui est intéressant, c’est qu’il n’était pas le seul à se comporter ainsi. Dans cette première journée de printemps, PARTOUT à Stockholm, les gens prenaient les mêmes positions, à CHAQUE endroit ensoleillé, à chaque arrêt de bus, sur chaque place, ils s’immobilisaient tout d’un coup, tous ces bureaucrates suédois finement habillés mettaient leurs têtes en arrière, ouvraient la bouche et plissaient des yeux. Des centaines d’hommes qui, comme des plantes assoiffées, cherchaient la bienfaisance de la lumière. Souvent accompagné d’un gémissement qui s’échappait de leur bouche et qui peut être décrit ainsi : Mmmm.
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  • Par InColdBlog, le 11 septembre 2010

    Ma surprise fut des plus grandes quand le Grec quitta son poste derrière l’appareil photographique pour montrer à ton père comment il fallait déboutonner et enlever ses jeans de gigolo trop moderne afin de garantir une meilleure qualité photographique. Ton père répliqua par une agression explosive et le résultat fut qu’un nez grec saigna à flots, qu’un pied de ton père visita le ventre du Grec et que la bouche de ton père rajouta une salve de salive sur le cou du Grec alors que celui-ci gisait à terre et toussait. Suivit un tumulte turbulent où des mains grecques cherchèrent à capter ton père qui s’esquiva d’un saut à l’effectivité vandammienne puis servit de nouvelles frappes de poings et de pieds accompagnées d’une cascade d’insultes qui dressaient l’image d’une mère grecque gagnant sa vie en se prostituant et celle d’un Grec ressemblant à un chien errant.
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