De son propre aveu,
Dolores Claiborne n'est qu'une vieille garce : mauvais caractère, mauvaise langue, mauvaise vie.
A Little Tall, on attend toujours de savoir ce qui s'est exactement passé il y a trente ans, le jour de l'éclipse et de la mort de Joe, son mari. Et le livre va nous l'apprendre.
Rien à voir ici avec un roman d'épouvante, classique, pas de monstre sous le lit (juste des moutons de poussière), pas de voiture hantée, pas de créatures sorties toutes droites des Enfers...
Et pourtant... Certains humains se comportent comme tels, même s'ils restent humain, les nommer "monstres" les priveraient de cette humanité et enlèverait leurs responsabilités.
Donc,
Dolores, refusant d'être tenue pour responsable du meurtre de son mari va trouver le commissaire et lui raconte tout. Non, elle n'est pas une vulgaire meurtrière !
Voilà en quoi tient une grande partie de l'originalité de ce roman où
Dolores est le personnage central.
Idée originale que de faire raconter à
Dolores l'histoire de sa vie. Elle est le seul et unique personnage en scène dans tout le roman, la présence de ses auditeurs n'étant donnée à voir que lorsqu'elle s'adresse directement à eux, sans que nous ayons leur version.
Malgré la présence de cet unique point de vue il n'y a jamais d'ennui ni de temps mort, en tout cas, dans mes souvenirs, j'avais dévoré le livre.
La force de l'action racontée, qui n'est pourtant que souvenir, fait renaître pour nous les cauchemars vécus par
Dolores. Et ils ne sont pas tristes.
Vous saurez pourquoi elle a tué son mari, un alcolo notoire et crétin fini et comment sa patronne, chez qui elle faisait le ménage, l'a soutenue dans cette tâche. Cette vieille femme, prénommée Vera, qui passait pour une femme au coeur de pierre n'est peut-être pas aussi méchante quon le dit, elle aussi a souffert.
Langage cru, surtout
Dolores qui n'est pas une femme du Monde, détails sordides,... Tout le piment du livre se trouve là et le scénario est bien huilé, la mécanique de l'histoire coule sans heurt pour vous laisser vidée à la fin de votre lecture. Empathie à mort envers
Dolores.
Tout compte fait,
Stephen King a su mettre de l'épouvante dans un livre qui n'en était pas. J'ai toujours pensé que King, dans ses grands jours d'auteur, aurait rendu l'annuaire téléphonique angoissant, s'il l'avait rédigé.
Livre brillant et dérangeant... ne m'a pas laissé de marbre.