Habitué des romans de
Stephen King, j'ai entamé "
Histoire de Lisey" sans retenue, convaincu de trouver dans ce nouveau pavé une histoire toujours angoissante, plus ou moins. Ma surprise fut d'autant plus intense que la première partie ne m'a pas convaincu tout de suite. Les cent premières pages furent difficiles à appréhender : en effet, King, comme à son habitude, sème des pistes, fait des insertions dont on ignore tout mais dont on sait qu'elles seront expliquées par la suite. Sauf que là, ces bribes de souvenir, ces passages en italique sont trop flous, trop nombreux, et la traduction ne fait qu'accentuer l'incompréhension : la complexité de l'écriture de King, et la traduction pour le moins inhabituelle et, au début du roman, contestable, déstabilisent fortement.
Mais passée les cent premières pages, on pénètre au coeur du roman, et King montre, à partir de cet instant, toute sa magie. S'écartant des sentiers battus et des chemins qu'il empruntait depuis des années, il délaisse l'horreur pour entrer dans le monde de la solitude, des rêves, du passé, de l'amitié, des rapports fraternels, de l'amour et de son absence. King m'a bluffé : la beauté de son texte, la richesse de son développement, Na'ya Lune (pour ceux qui l'ont lu, vous savez de quoi je parle...), tout se mélange et crée un roman unique. Les scènes, tantôt effrayantes, tantôt émouvantes, se conjuguent parfaitement.
Malgré des longueurs et quelques atermoiements inutiles, la plongée dans la vie de Lisey et dans son monde ne donnent pas envie de remonter, mais de rester dans cet abîme, où l'on se sent apaisé. Un comble, pour King ! Mais un comble dont on raffole.