Un homme voudrait mourir. Il prévoit de se jeter dans le fleuve, dans un endroit désert, et, parce qu'il craint de flotter, il dit : " Je mettrai deux lourdes pierres dans les poches de ma veste ; ainsi, mon corps collera au fond comme un pneu dégonflé de camion, person... > voir plus
Avec cette pièce, Koltès a clairement voulu excéder les limites du théâtre, les limites de la scène, les limites des comédiens et celles de son metteur en scène : fragmentation du décor, multiplication du nombre de personnages et d'intrigues... Ce sont du coup aussi les limites de son public qu'il interroge, en l'entraînant dans un univers où il risque à chaque instant de se perdre, non sans plaisir, entre plusieurs références à l'oeuvre de Hugo, Melville, Faulkner ou London... FB.
Koltès se dépasse dans cette pièce. Les personnages sont tous détruits, recherche amèrement à s'enfoncer de plus en plus. Et c'est pour ceux là que leurs enjeux sont forts. Charles, qui veut à tout prix s'en sortir, échapper à ce carcan se retrouve pris dans les filets de sa mère et de sa soeur.
Cette pièce est belle, bouleversante de réalisme et de détresse. Koltès est décidément un maître.
Tu regarderais les autres, Charlie, en train de chercher quelqu'un pour les aimer, pour les aimer comme-ci comme-ça, une ici et une là, un peu et un petit peu et qui présentent la facture ; avec moi il n'y aurait pas de facture, ce serait une affaire réglée ; t'aurais besoin de rien, ni de le regarder, ni de me parler, ni de penser à moi, ni de m'aimer du tout, juste m'avoir sous la main ; et tu pourrais aimer, toi, qui tu voudrais et, toi, présenter la facture. Alors tu n'aurais plus, Charlie, qu'à profiter de tout et tu rigolerais en regardant les autres ; ce serait trop idiot, Charlie, de ne pas en profiter.