ISBN : 2707317551
Éditeur : Editions de Minuit
(2001)
Note moyenne : 3.73/5 (sur 30 notes)
Roberto zucco, suivi de tabataba - coco (nlle ed.)1Ajouter à mes livres
" Un trajet invraisemblable, un personnage mythique, un héros comme Samson ou Goliath, monstres de force, abattus finalement par un caillou ou par une femme.
" B. -M. K.
Ce livre m'a totalement fait adoré le théâtre. C'est une pure merveille. Bernard Marie Koltès s'est inspiré d'une histoire vraie et nous raconte le parcours impressionnant de Roberto Zucco qui tue son père, sa mère, un inspecteur, dépucelle une gamine (qui va tombé amoureuse de lui) et tue un petit garçon. A chaque fois qu'il se retrouve en prison, il en ressort, on ne sait jamais comment. On assiste à l'évasion de Zucco, jusqu'à sa destination finale à travers des mots poignants et frappants, un livre que je ne suis pas prête d'oublier.
La Gamine. - Je t'ai cherché, Roberto, je t'ai cherché, je t'ai trahit, j'ai pleuré, pleuré, au point que je suis devenueune toute petite île au milieu de la mer et que les dernières vagues sont en train de me noyer. J'ai souffert, tellement, que ma souffrance pourrait remplir les gouffres de la terre et déborder des volcans. Je veux rester avec toi, Roberto; je veux surveiller chaque battement de ton coeur, chaque souffle de ta poitrine; l'oreille collée contre toi j'entendrai le bruit des rouages de ton corps, je surveillerai ton corps comme un mécanicien surveille sa machine. Je garderai tous tes secrets, je serai ta valise à secrets; je serai le sac où tu rangeras tes mystères. Je veillerai sur tes armes, je les protégerai de la rouille. Tu seras aussi mon agent et mon secret à moi, dans tes voyages, je serai ton bagage, ton porteur et ton amour.
La Gamine. - Toi, mon vieux, tu m'as pris mon pucelage, tu vas le garder. Maintenant il n'y aura personne d'autre qui pourra me le prendre. Tu l'as jusqu'à la fin de tes jours, tu l'auras même quand tu m'auras oublié ou que tu seras mort. Tu es marqué par moi comme par une cicatrice après une bagarre. Moi, je ne risque pas d'oublier, puisque je n'en ai pas d'autre à donner à personne; c'est fini, c'est fait, jusqu'à la fin de ma vie. C'est donné et c'est toi qui l'a.
J'ai toujours pensé que la meilleure manière de vivre tranquille était d'être aussi transparent qu'une vitre, comme un caméléon sur la pierre, passer à travers les murs, n'avoir ni couleur ni odeur ; que le regard des gens vous traverse et voie les gens derrière vous, comme si vous n'étiez pas là. C'est une rude tâche d'être transparent ; c'est un métier ; c'est un ancien, très ancien rêve d'être invisible.
Moi, j'ai fait des études, j'ai été un bon élève. On ne revient pas en arrière quand on a pris l'habitude d'être un bon élève.
...
Les couloirs de mon université sont silencieux et traversés par des ombres dont on n'entend même pas les pas.
...
J'y serai, invisible parmi le invisibles, silencieux et attentif dans l'épais brouillard de la vie ordinaire.