Avant d'être des polars où des satires de la décomposition politique de l'urss, "
Le Pingouin" et sa suite"
Les Pingouins n'ont jamais froid", d'Andrei Kurkov sont d'abord les témoins d'une vision du monde, d'une "weltanschaung" très particulière de l'auteur. Pourtant point de fumeuses références littéraires ou de constructions alambiqués, un simple point de départ : un journaliste à la peine dans son travail et dans un désert affectif récupère un pingouin dans le zoo délabré de Kiev qui n'a plus les moyens d'entretenir ses pensionnaires.
C'est là l'extrême gageure de ce livre c'est qu'on ne sort pas cet axiome : sa première responsabilité c'est de s'occuper de cet oiseau, coûte que coûte. Dans un univers de délabrement morale, psychique et politique, où le dollar est la seule loi, c'est MIscha
Le Pingouin qui devient le centre névralgique de toute l'histoire. Là où la vie des hommes ne vaut plus rien, celle de l'oiseau austral prend paradoxalement une plus grand valeur. C'est à l'aune de ses sentiments (oui Misha a des sentiments) que se mesure le sentiment des quelques reliefs d'humanité que croise victor dans son chemin et avec qui il constitue une communauté justement autour de l'oiseau.
Souvent j'ai remarqué dans les livres russes, il y a cette référence à une communauté fraternelle cachée du fond des âges : celle peut être des vieux croyants que des siècles de persécution ont renforcé dans leur pratique et dans leur certitude.
Chalamov en parle dans les souvenirs de la Kolyma où ils croisent quelques spécimens réfugiés en sibérie. Il dit d'ailleurs que ce sont ceux qui ont le mieux résisté à l'oppression.
Pour revenir à Kourkov, le langage est au service de l'histoire, ni trop ni trop peu. On prend donc un plaisir, grand, teinté tout de même d'une forte mélancolie, une amertume proprement slave qui est comme la première gorgée d'une bière sombre.