J'ai toujours été attirée par les récits d'aventures alpinistes. Les
Frison-Roche,
Maurice Herzog, Lionel Terray, et puis plus tard Chantal Mauduit ou Catherine Destivelle, en me demandant comment ces hommes et femmes faisaient pour s'aventurer sur les plus hauts sommets du monde. Il y a un côté mystique, une recherche d'absolu et de liberté, du moins dans l'idée que je me fais de l'alpinisme. Je me rappelle avoir lu que certains sportifs apportaient parfois des textes qu'ils lisaient à la
Montagne au cours de leur périple. Je pense bien que ce devait être rare car les charges doivent être réduites, et à une certaine hauteur ils n'ont plus les idées claires pour lire. Mais cela rajoute au fantasme romantique de l'alpinisme. Ces sportifs de l'extrême se confrontent à des dangers permanents, repoussent leurs limites pour savoir jusqu'où ils peuvent tenir. Il se mettent dans des situations qui exigent le plus grand sang-froid car chaque faux-pas peut être fatal.
La
Montagne est assimilée à une Déesse-Mère qu'il faut respecter et choyer pour ne pas qu'elle se vexe. le nom d'origine de l'Everest (qui, lui, est le nom d'un alpiniste britannique) est Sagarmatha pour les Tibétains. La
Montagne est comme un espace avec une âme, qui respire. On a un peu la même manière animiste de percevoir la nature chez certains marins.
Que s'est-il donc passé, en ce 10 mai 1996? La
Montagne a-t-elle été déshonorée, trahie?
Ce récit relate les éléments qui, mis bout à bout, ont provoqué la catastrophe au cours de laquelle de nombreuses personnes ont perdu la vie. L'auteur essaie de comprendre ce qui a pu se passer.
Il évoque, dans un premier temps, la préparation de l'expédition, la rencontre des membres venus de divers horizons. On se rend compte que l'escalade de l'Everest est devenu un marché juteux dans les années 90. Certains demandent jusqu'à $ 65 000 pour mener les potentiels clients au sommet. Ces derniers ne sont pas toujours compétents pour grimper une
Montagne du calibre de l'Everest, d'autres croient l'être et présument de leurs forces. Une quantité d'inconscients se rejoignent au camp de base dans l'espoir fou d'arriver au sommet, sans vraiment réaliser la difficulté herculéenne de la tâche. Il y a aussi une compétition folle entre les agences, qui, en cas de problèmes, ne s'unissent plus devant l'adversité (pour certaines) mais ne voient que leur propre gain. Cela a participé d'une certaine manière à la tragédie.
Dans un deuxième temps, il explique le parcours que son groupe empreinte. Camp de base à 5425 mètres, Camp 1 à 5944 mètres, camp 2 à 6492 mètres, camp 3 à 7315 mètres et camp 4 à 7925 mètres d'altitude. Il raconte les sorties d'acclimatation pour habituer le corps à la faible pression atmosphérique. En fait, les équipes passent environ deux à trois semaines sur l'Everest en progressant constamment d'un point à l'autre.
Tout s'est bien passé jusqu'au camp 3. L'auteur indique, néanmoins, qu'il y avait trois équipes qui briguaient le sommet pour la même période de temps, composées de personnes pas toujours aptes à grimper. Prenons par exemple cette New-Yorkaise d'une trentaine d'années, qui exigeait que les sherpas portent son ordinateur, son téléphone, son matériel "high tech"(qui ne marchait bien entendu plus) en haut du toit du monde! Bref, l'auteur s'interroge devant tant d'inconscience et d'immaturité.
Et puis la mésentente entre les sherpas, entre les diverses équipées a mené au drame. Trop de personnes sont montées le même jour au sommet. Certains ont pris de l'avance, et n'ont pas tendu les cordes nécessaires à la progression. Des embouteillages se sont crées. Certains ont atteint le sommet, mais trop tard. Il restait encore à descendre. Et une tempête s'est déclarée, bloquant de nombreux grimpeurs dans la "zone rouge", au-dessus de 7500 mètres, là où le corps ne résiste pas longtemps, même avec des bouteilles d'oxygène. le brouillard et la tempête ont rendu les sauvetages impossibles. Huit personnes ont péri.