Soit une petite ville de Hongrie où adviennent d'étranges phénomènes : le château d'eau vacille, l'horloge du clocher se remet en marche, les arbres centenaires se déracinent tout seuls et s'écroulent, et bientôt des forains s'installent sur la place avec une inquiétante attraction : une baleine géante.
Soient quatre personnages complémentaires et stylisés comme les lames d'un tarot. Deux figures féminines, en l'acariâtre Mme Pflaum, éprise d'opérette et de confort, et l'ambitieuse Mme Eszter, de froid, de pouvoir. Et deux figures masculines, Monsieur Eszter et Valuska, le fils de Mme Pflaum. Eszter, un sublime aigri, un aigri flamboyant comme seul, peut-être, le monde musical sait en fabriquer, rêve de retrouver le tempérament idéal qui permettrait d'entendre les intervalles musicaux dans toute leur pureté, mais ne tarde pas à s'apercevoir que les plus grands maîtres de la musique occidentale, interprétés sur un piano réaccordé par ses soins, sonnent comme "un grincement strident inaudible". Valuska est un innocent, un rêveur imbécile, un poète à moitié marginalisé qui fait des numéros de mime dans le café Pfeffer et passe de longues heures chez M. Eszter qu'il admire sans toujours comprendre son amertume. Une explosion de violence primitive et barbare vient bientôt ravager la petite ville, et bouleverser l'existence des protagonistes.
Laszlo Krasznahorkai ne craint pas de jouer la carte du binaire et de la symétrie dans ce roman où s'affrontent et se rejoignent la mélancolie réactionnaire et la mélancolie de l'insurrection.
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