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Critique de Ledraveur


Ledraveur
18 février 2016
Jiddu Krishnamurti est un praticien zélé de la maïeutique* et dans ce livre il s'adresse principalement à notre capacité humaine fondamentale d'accéder à la “dignité” de notre condition.
Dire de lui qu'il n'apprécie guère “l'esprit de religiosité” serait un euphémisme ! Et au vu de notre expérience en ces “milieux”, dans cette “faune” devrais-je dire, même si parfois sa radicalité à ce sujet peut paraître un peu excessive à certains, il n'en demeure pas moins de la qualité de sa pertinence :
« La religion établie, elle, est un commerce, un vaste mécanisme visant à conditionner l'esprit humain en fonction de certaines croyances, de certains dogmes ou rituels et de certaines superstitions. C'est un commerce très lucratif, auquel nous adhérons parce que nos vies sont tellement creuses. Notre existence n'a ni grâce ni beauté, nous avons donc soif de légendes romanesques et mystiques. Et nous vénérons les légendes, les mythes, mais tous les édifices — d'ordre matériel ou psychologique — que l'homme a bâtis n'ont absolument aucun lien avec l'ultime réalité. » p. 117
— C'est abrupt, direct et sans détour, à chacun de voir ce qu'il veut faire de l'éphémère vie qui lui est donnée à vivre !
“L'orateur”, comme il se désigne lui-même, se donne comme propos dans cet ouvrage de redéfinir le sens profond de ce que désigne “méditer”, être un “méditant” (et donc s'adresse à eux plus particulièrement, qui en ont une certaine “utilisation”), le renoncement à la tyrannie des processus mémoriels psychologiques des émotions qui empoisonnent notre être global tout au long de notre brève existence si l'on se laisse aller à l’inattention de ce qui se passe en nous. Il nous induit dans un cheminement vers le silence mental de notre cerveau, au-delà de la pensée, dans le Grand Silence libérateur de l'émotionnel sans mémoire, source fraîche de chaque instant qui nous est donné de vivre pleinement, dans le recueillement et en toute complétude. Dans cette perception des différences d'où est bannie la “distinction” entendue comme “division” ou “fraction”, se dégage l'espace lumineux qui est accueil où chacun peut trouver sa place dans l’ordonnance naturelle ouverte du mouvement de la Vie dans l'aveu du « Je ne sais pas » du “non-connu”. En échos nous pourrions citer Shunryu Suzuki (1904 – 1971) dans son titre d'ouvrage sur lequel nous reviendrons ultérieurement « Esprit zen, esprit neuf ».

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* La maïeutique, (du grec ancien μαιευτική, par analogie avec le personnage de la mythologie grecque Maïa, qui veillait aux accouchements), est une technique qui consiste à bien interroger une personne pour lui faire exprimer (“accoucher”) des connaissances. La maïeutique consiste à faire “accoucher” donc les esprits de leurs propres connaissances intérieures. Elle est destinée à faire exprimer un savoir caché en soi. En fait Jiddu Krishnamurti pourfendeur de “gourou” de tous les horizons et à raison, est, et parle justement de ce que devrait être un authentique maître de spiritualité, “un accoucheur” de notre humanité en nous-même !
— À l'expérience, cette “pratique” de façon informelle, m'est apparu tout à fait convenir à notre époque contemporaine, et à ma situation particulière, simple citoyen lambda, “travailleur” anonyme de “l'ahimsa”, cette discipline (dans son sens étymologique du latin classique “disciplina” « action d'apprendre ») qui consiste principalement à ne nourrir en soi aucune espèce d’animosité, envers soi, autrui, et globalement quoi que ce soit de la Vie. Cela paraît simple, mais son application au jour le jour reste ardue !  :
— Qu'est-ce que ahimsa ? a demandé le français Philibert l'autre jour.
« Le vrai ahimsa ne peut pas vraiment être pratiqué sur le plan physique ; pas complètement du moins et pas par tout le monde. Que se passe-t-il dans les régions où rien ne pousse et que les gens doivent trouver de la viande ou du poisson à manger ? Les insectes que nous écrasons sans le savoir sous nos pieds, les germes que nous avalons et détruisons sont la vie, aussi. Ce que nous devons pratiquer c'est l'ahimsa mental et nous devons le vivre entièrement.
Ne pas tuer des êtres vivants n'est qu'une conception brute (et très grossière) d'ahimsa, car c'est bien (autre chose et) davantage. Le vrai ahimsa c'est de ne pas nuire aux sentiments des autres, ni à soi-même. C'est ne pas faire du mal (tord/préjudice) aux autres, et ne pas se faire de mal à soi-même ».
— Comment peut-on nuire à nos propres sentiments ou faire du mal à soi-même ? voulut savoir le Français.
« Vous nuisez à vos propres sentiments en vous créant des habitudes (des routines de pensées, de manières d'être). Si, par exemple, vous aimez boire du thé, et ne pouvez pas vous en procurer, vous souffrez, n'est-ce pas ? Alors vos sentiments sont touchés par l'habitude (la routine) créée. Ne jamais, jamais nuire aux sentiments de personne et ne jamais créer de routines dans le vrai ahimsa, voilà ce qu'il faut faire. En créant des habitudes (routinières), nous nous emprisonnons nous-mêmes ; enfermement est limitation. L'enfermement de l'esprit est douleur ».
p. 164
http://www.babelio.com/auteur/Irina-Tweedie/338331/citations/634773
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