Agota Kristof est née en 1935 en Hongrie, à Csikvand. Elle arrive en Suisse en 1956, où elle travaille en usine. Puis elle apprend le français et écrit pour le théâtre.
En 1987, elle devient célèbre avec son premier roman, Le Grand Cahier, qui reçoit le prix du l... > voir plus
Que ce soit un roman ou une autobiographie, on retrouve toujours la "musique d'Agota Kristof dans ses livres faits de concision (extrême ici: toute une autobiographie en 57 pages!), de gravité et d'humour. On a toujours cette impression, pleinement renouvelée ici, que l'auteure ne raconte qu'une infime partie de l'histoire qu'elle porte et qu'une certaine pudeur, une certaine discrétion l'empêchent de se dévoiler davantage dans ses écrits. Cependant, cette écriture indispensable , malgré sa rareté, laisse filtrer, entrevoir et subodorer des expériences douloureuses, des drames profonds et inexprimables directement, mais aussi une détermination sans faille.
Témoignage autobiographique concis (55 pages)."Le défi d'une analphabète", résume Agota Kristof. Ou comment les mots constituent pour l'exilée un obstacle, puis un refuge, le moyen de recouvrer une identité.
J'ai laissé en Hongrie mon journal à l'écriture secrète, et aussi mes premiers poèmes. J'y ai laissé mes frères, mes parents, sans prévenir, sans leur dire adieu ou au revoir. Mais surtout, ce jour-là, ce jour de fin novembre 1956, j'ai perdu définitivement mon appartenance à un peuple. (p.35)
J'ai un peu mauvaise conscience de m'installer à la table de la cuisine pour lire les journaux pendant des heures, au lieu de ... de faire le ménage ou de laver la vaisselle d'hier soir, d'aller faire les courses, de laver et de repasser le linge, de faire de la confiture ou des gâteaux...
Et surtout, surtout! Au lieu d'écrire. (p.8)
Pour écrire des poèmes, l'usine est très bien. Le travail est monotone, on peut penser à autre chose, et les machines ont un rythme régulier qui scande les vers. (p.42)
Quand séparée de mes parents et de mes frères, j'entrerai à l'internat dans une ville inconnue, où, pour supporter la douleur de la séparation, il ne me restera qu'une solution; écrire. (p.12)