ISBN : 2070402738
Éditeur : Gallimard (1997)


Note moyenne : 3.78/5 (sur 82 notes) Ajouter à mes livres
" Tu m'as souvent dit vouloir écrire un jour un roman où aucun mot ne serait sérieux. Une Grande Bêtise Pour Ton Plaisir. J'ai peur que le moment ne soit venu. Je veux seulement te prévenir : fais attention. " J'incline la tête encore plus bas. " Te rappelles-tu ce que ... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 3.00/5
    Par Malaura, le 05 octobre 2011

    Malaura
    Le narrateur – Milan Kundera lui-même – et sa femme Vera ont décidé de passer la soirée dans un château de campagne où se déroule un congrès d'entomologistes.
    Deux cents ans auparavant, c'est lieux ont été le théâtre d'un roman libertin de Vivant Denon intitulé « Point de lendemain » dans lequel un jeune gentilhomme passe une folle nuit d'amour en compagnie d'une belle Comtesse avant de s'apercevoir qu'il n'a été utilisé que pour détourner les soupçons du mari de la dame de son véritable amant ; « Madame de T avait besoin d'un paravent afin que le Marquis restât insoupçonné aux yeux du mari »…
    A l'instar du jeune chevalier du XVIIIème, divers personnages participant au congrès vivent ce soir-là des évènements particuliers qui les affectent au plus profond d'eux-mêmes. Jeune entomologiste, Vincent désire faire un coup d'éclat mais ne parvient qu'à se ridiculiser auprès de la femme qu'il souhaite séduire ; un vieux savant tchèque dissident par lâcheté, prend douloureusement conscience de l'imposture et du dérisoire de sa vie ; tandis qu'une journaliste de télévision entend de la bouche de l'homme à qui elle voue un amour fantasmé, les pires mots qu'une femme amoureuse puisse entendre.
    Alors que les personnages d'aujourd'hui ne désirent rien d'autre qu'oublier au plus vite les tristes évènements de la nuit, a contrario, le chevalier du XVIIIème cherche à prolonger la nostalgie du souvenir dans La Lenteur du mouvement.
    Cette pensée de l'œuvre de Vivant Denon devient le point de départ d'une réflexion sur notre monde moderne où vitesse et oubli sont désormais les maîtres mots, à la différence du monde ancien, celui libertin, jouissif et épicurien du XVIIIème siècle, où l'homme prenait encore le temps de rêver, de séduire, d'aimer et de penser.
    « Notre époque est obsédée par le désir d'oubli et c'est afin de combler ce désir qu'elle s'adonne au démon de la vitesse »
    En partant de ce postulat, Milan Kundera inter-croise les histoires de ses personnages, fusionne les récits, ausculte les états d'âme et les réactions des uns et des autres, et entrelace les fils du temps pour tresser un singulier et surprenant ouvrage, où le fictif se fond au réel, où la réflexion philosophique se mêle au canevas de la fiction, où le roman se combine à l'essai, offrant ainsi une insolite variation sur le concept de « Lenteur », génératrice de mémoire, de beauté, d'esprit de liberté et de recherche hédoniste des sens.
    C'est le premier texte écrit par Kundera directement en français ; des phrases brèves, minimales, qui vont puiser leur force dans leur sobriété, leur mesure, la justesse concise et nette de leur argumentation.
    A travers une intrigue romanesque réduite à l'essentiel, l'écrivain tchèque pose avant tout un regard aiguisé sur notre époque contemporaine où l'homme moderne, en perdant la faculté de lenteur, a effectivement gagné en vitesse, mais a perdu dans l'éphémère de ses actions et ses pensées, la propension au bonheur et au plaisir dont La Lenteur portait la marque.
    Vitesse de locomotion, de l'image, de la science, de l'amour, des manifestations du désir…Vitesse bien souvent castratrice, dépassionnée, ne servant qu'à faire oublier à l'homme moderne son insignifiance, sa faiblesse, sa lâcheté, sa risible et pathétique tentative de s'imposer aux yeux des autres et du monde.
    L'auteur ne cache pas non plus le désagrément que lui cause la constatation de l'appauvrissement politique et culturel de notre monde, une époque où le Paraître est plus important que l'Être, où les politiques ne sont que des « danseurs » prêts à toutes les fourberies pour grimper dans les sondages, une époque enfin où le pouvoir des médias, par le défilé continu d'informations sensationnalistes - une image forte chassant l'autre – réduit l'impact moral et la conscience collective de chacun d'entre nous en le dotant d'une mémoire passagère, provisoire, évanescente et corruptible car : « quand les choses se passent trop vite, personne ne peut être sûr de rien, de rien du tout, même pas de soi-même ».
    « La Lenteur »…ouvrage léger, ironique et plaisant, entre roman et essai, qui, sous ses airs de galéjade et de plaisanterie littéraire, est un texte beaucoup plus profond qu'il n'y paraît auquel ne manque ni l'humour, ni la réflexion, ni les raisonnements à méditer.
    Un éloge de La Lenteur et un pamphlet contre l'ère de la vitesse à tout prix.
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    • Livres 4.00/5
    Par Axielle, le 04 mai 2008

    Axielle
    Je me suis régalé
    Kundera nous invite à prendre conscience que : \"il y a un lien secret entre La Lenteur et la mémoire, entre la vitesse et l'oubli\".
    Dans ce monde où tout va de plus en plus vite, on comprend bien ce que l'on y gagne mais qu'y avons nous perdu ? Pour Kundera il s'agit de la mémoire, celle qui mène à la connaissance, celle qui conduit à profiter comme il se doit du temps présent.
    Les deux histoires qu'il raconte en parallèle sont deux histoires d'amour sans lendemain, l'une lente et pleine de saveur (celle du XVIIIème siècle), l'autre dans la précipitation et le ridicule (celle de notre époque). Elles font l'éloge de La Lenteur.
    C'est vrai que dans ce livre (court et facile à lire) il n'y a pas de \"guide de la pensée du lecteur\" ou de \"prise de position\". le coté loufoque, la légèreté, le non-sérieux, c'est justement ce qui m'a plu. Il m'a laissé seul avec moi-même et son message a porté avec d'autant plus d'acuité.
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  • Par liberlibri, le 01 décembre 2008

    liberlibri
    Lire La Lenteur de Milan Kundera est un bonheur. Kundera, le grand Kundera, redonne le temps de vivre et le temps de lire. La philosophie de La Lenteur, c'est celle de ce narrateur observant le monde qui l'entoure depuis un château mystérieux, le temps d'un week-end. La Lenteur, c'était celle imposée à l'époque des cartes du tendre, en ce temps ancien où la conversation était un art. Différer, écouter, regarder sans agir pour démultiplier les sensations futures. Tel était le credo des dames et de leurs chevaliers. Dans le roman, trois fils, trois intrigues, sont tissés ensemble. Celle d'un chevalier et d'une mystérieuse comtesse, celle du narrateur et de son épouse, celle de plusieurs personnages du XXe siècle, pressés pour éviter de se sentir perdus. Ils courent après un hypothétique bonheur, tels les hommes sans Dieu de Pascal, à la recherche d'un improbable apaisement. Ils en deviennent vite grotesques et leur vie ressemble à une farce rabelaisienne. Car La Lenteur est l'apanage de ceux dont la vie ne connaît pas la vacuité. Cela, la noble comtesse et le narrateur l'ont compris et ils offrent à la lecture un peu de leur plénitude et leur sérénité. Alors, méditez : « le temps de lire, ça se prend ou ça se perd » (Hubert Nyssen).

    Lien : http://liber-libri.blogspot.com/2006/04/la-lecture-est-longue-la-vie..
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    • Livres 3.00/5
    Par JeanLouisBOIS, le 26 août 2010

    JeanLouisBOIS
    Ce livre nous accueille par une couverture où est inscrit le mot "roman". Or, le premier chapitre, essentiel pour la compréhension de l'ensemble du livre, ressemble davantage à un essai sur notre rapport à La Lenteur.Le roman arrive par la suite; Il est le fruit de l'entrecroisement et de l'interaction de trois trames romanesques:
    - La vie mouvementée d'intellectuels aisés et célèbres de la fin du XXème siècle dont les diverses occupations ont bien du mal à remplir leur emploi du temps.
    - Un épisode de la vie de libertins du XVIIIème siècle à travers une nouvelle de Vivant Denon : Point de lendemain.
    - La situation de l'auteur de ce roman caché derrière le "je" du texte qu'il est en train d'écrire.
    Il se dégage de cas lignes un aspect disparate et artificiel des différents éléments regroupés autour de cette notion de lenteur. Cependant, certaines analyses sont très élaborées et certaines réflexions demeurent pertinentes. Malgré tout, à la lecture de ce livre, je suis reste partagé entre l'intérêt et la finesse de certaines analyses et le manque de cohérence de l'ensemble. Un goût d'inachevé en quelque sorte!
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    • Livres 4.00/5
    Par Nanou2008, le 15 août 2008

    Nanou2008
    Un très sympathique roman. Ou plutôt essai.
    L'histoire est en effet moins importante que la succession de réflexions proposées par Kundera sur La Lenteur, en opposition avec cette extase de la vitesse que la société moderne affiche. J'ai beaucoup aimé le parallélisme qu'il faisait entre le désir d'oubli et la vitesse accélérée du pas, et le besoin de se remémorer et le pas qui se fait alors extrêmement lent.
    Un roman qui sort de l'ordinaire. Une sorte d'OVNI. En plus les chapitres sont courts. J'ai donc beaucoup aimé !
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Citations et extraits

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  • Par Morgouille, le 14 juin 2009

    Il y a un lien secret entre la lenteur et la mémoire, entre la vitesse et l’oubli. Evoquons une situation on ne peut plus banale : un homme marche dans la rue. Soudain, il veut se rappeler quelque chose, mais le souvenir lui échappe. A ce moment, machinalement, il ralentit son pas. Par contre, quelqu’un essaie d’oublier un incident pénible qu’il vient de vivre accélère à son insu l’allure de sa marche comme s’il voulait vite s’éloigner de ce qui se trouve, dans le temps, encore trop proche de lui.
    Dans la mathématique existentielle cette expérience prend la forme de deux équations élémentaires : le degré de la lenteur est directement proportionnel à l’intensité de la mémoire ; le degré de la vitesse est directement proportionnel à l’intensité de l’oubli.
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  • Par Morgouille, le 14 juin 2009

    Le degré de la vitesse est directement proportionnel à l’intensité de l’oubli. De cette équation on peut déduire divers corollaires, par exemple, celui-ci : notre époque s’adonne au démon de la vitesse et c’est pour cette raison qu’elle s’oublie facilement elle-même. Or je préfère inverser cette affirmation et dire : notre époque est obsédée par le désir d’oubli et c’est afin de combler ce désir qu’elle s’adonne au démon de la vitesse ; elle accélère le pas parce qu’elle veut nous faire comprendre qu’elle ne souhaite plus qu’on se souvienne d’elle ; qu’elle se sent lasse d’elle-même ; écoeurée d’elle-même ; qu’elle veut souffler la petite flamme tremblante de la mémoire.
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  • Par mandarine43, le 01 août 2011

    [ Incipit ]

    L'envie nous a pris de passer la soirée et la nuit dans un château. Beaucoup, en France, sont devenus des hôtels : un carré de verdure perdu dans une étendue de laideur sans verdure ; un petit morceau d'allées, d'arbres, d'oiseaux au milieu d'un immense filet de routes. Je conduis et, dans le rétroviseur, j'observe une voiture derrière moi. La petite lumière à gauche clignote et toute la voiture émet des ondes d'impatience. Le chauffeur attend l'occasion pour me doubler ; il guette ce moment comme un rapace guette un moineau.
    Véra, ma femme, me dit : « Toutes les cinquante minutes un homme meurt sur les routes de France. Regarde-les, tous ces fous qui roulent autour de nous. Ce sont les mêmes qui savent être si extraordinairement prudents quand on dévalise sous leurs yeux une vieille femme dans la rue. Comment se fait-il qu'ils n'aient pas peur quand ils sont au volant ? »
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  • Par Axielle, le 05 mai 2008

    Notre époque est obsédée par le désir d'oubli et c'est afin de combler ce désir qu'elle s'adonne au démon de la vitesse.
    Citation de qualité ? (5 votes positifs)
  • Par Sarahcarabin, le 10 avril 2008

    Le degré de lenteur est directement proportionnel à l'intensité de la mémoire ; le degré de la vitesse est directement proportionnel à l'intensité de l'oubli.
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