[ Incipit ]
L'automne commence et les arbres se colorent de jaune, de rouge, de brun ; la petite ville d'eaux, dans son joli vallon, semble cernée par un incendie. Sous le péristyle, des femmes vont et viennent et s'inclinent vers les sources. Ce sont des femmes qui ne peuvent pas avoir d'enfants et elles espèrent trouver dans ces eaux thermales la fécondité.
Les hommes sont ici beaucoup moins nombreux parmi les curistes, mais on en voit pourtant, car il paraît que les eaux, outre leurs vertus gynécologiques, sont bonnes pour le coeur. Malgré tout, pour un curiste mâle, on en compte neuf de sexe féminin, et cela met en fureur la jeune celibataire qui travaille ici comme infirmière et s'ocçupe à la piscine de dames venues soigner leur stérilité !
C'est ici qu'est née Ruzena, elle y a son père et Sa mère. Échappera-t-elle jamais à ce lieu, à cet atroce pullulement de femmes ?
On est lundi et la journée de travail approche de sa fin. Plus que quelques grosses bonnes femmes qu'il faut envelopper dans un drap, faire s'étendre sur un lit de repos, auxquelles il faut essuyer le visage, et sourire.
« Alors, vas-tu téléphoner ? demandent à Ruzena ses collègues ; l'une est une plantureuse quadragénaire, l'autre est plus jeune et maigre.
- Et pourquoi pas ? fait Ruzena.
- Allez ! N'aie pas peur ! réplique la quadragénaire, et elle la conduit derrière les cabines du vestiaire où les infirmières ont leur armoire, leur table et leur téléphone.
- C'est chez lui que tu devrais l'appeler, observe méchamment la maigre, et elles pouffent toutes les trois.
- Je connais le numéro du théâtre », dit Ruzena quand le rire s'est apaisé.
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