ISBN : 2070341372
Éditeur : Gallimard (2006)


Note moyenne : 3.78/5 (sur 18 notes) Ajouter à mes livres
" Un rideau magique, tissé de légendes, était suspendu devant le monde. Cervantes envoya don Quichotte en voyage et déchira le rideau. Le monde s'ouvrit devant le chevalier errant dans toute la nudité comique de sa prose... C'est en déchirant le rideau de la préinterpré... > voir plus
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Critiques et avis(3)

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    • Livres 5.00/5
    Par JeanLouisBOIS, le 12 mai 2012

    JeanLouisBOIS
    Variations sur la vie et le roman
    Par Daniel Rondeau (L'Express), publié le 04/04/2005
    En artiste lettré, Kundera abandonne son âme musicale à sa double réserve de savoir et de sagesse. Il cherche dans le roman le secret de la nature humaine
    Le rideau poursuit une méditation commencée il y a longtemps par Milan Kundera sur le roman, l'Europe et notre existence d'Européens en survie. Il ne s'agit pas seulement d'un essai sur l' «art d'être un bon lecteur», comme aurait dit Vladimir Nabokov à ses étudiants de Cornell, mais d'un livre de variations sur la fiction et ses liens avec le réel.
    Autour de ce thème, la pensée de l'auteur progresse par contrepoints multiples sur L Histoire, le temps, la mémoire, etc. Ils donnent au texte sa cadence et sa liberté. Réflexions, (re) lectures, questions, mais aussi anecdotes et souvenirs personnels, qui témoignent d'un discret amour pour la vie, nourrissent la recherche de Kundera sur les moyens de connaître l'âme du monde et la nature humaine. Où chercher notre visage? Comment comprendre notre histoire? Quelle est la raison d'être du roman?
    Le rideau en question est Le rideau tissé de légendes, d'explications usées et de clichés qui dissimule souvent aux yeux de l'artiste, peintre ou écrivain, la nature, légère et dense, de la réalité. Cervantès, en envoyant Don Quichotte errer à la découverte du monde, a déchiré Le rideau et fait entrer dans son livre la «prose de la vie». Rien dans le Quichotte n'est jamais monochrome. le tragique y fait bon ménage avec le comique, le quotidien, avec l'épique, les personnages apparaissent et disparaissent sous des éclairages changeants.
    Le «geste destructeur [de Cervantès] se reflète et se prolonge dans chaque roman digne de ce nom; c'est le signe d'identité de L'Art du roman». Nous n'avons qu'à lire quelques pages de Rushdie, d'Axionov, de Haruki Murakami ou de Stendhal (et aussi des Misérables, que Kundera n'aime pas, hélas!) pour vérifier que derrière chaque phrase se trouve un c?ur qui bouge. Dans chaque grand roman toujours, la vie «déthéâtralisée» court, marche, se précipite. Charles du Bos ne disait pas autre chose en évoquant Guerre et Paix, de Tolstoï: c'est ainsi que «la vie parlerait, si elle pouvait parler».
    Milan Kundera est un homme qui campe solitairement à l'écart de la comédie littéraire et de ses graphomanes à bout de souffle, ces romanciers moyens, dit-il, qui nous sont moins utiles qu'un plombier moyen. C'est un écrivain familiarisé depuis longtemps avec l'art de faire dialoguer les grands Romans. Il tire sa généalogie de romanciers de l'ancienne France (Rabelais, Diderot, Laclos, et de l'Europe centrale du XXe siècle. C'est aussi quelqu'un qui a compris qu'un homme est d'abord la somme de ses métamorphoses.

    Dans Le rideau, c'est en artiste lettré qu'il abandonne son âme musicale à sa double réserve de savoir et de sagesse. Ce qu'il cherche avant tout, et avec passion, à découvrir dans le roman, c'est le point mystérieux de la «nature humaine». Pour lui, le romancier n'est pas seulement celui qui enchante ses lecteurs, mais une sorte de père aimant et lointain, pas très sérieux, parce qu'il a depuis longtemps cessé de «prendre au sérieux le sérieux des hommes», leur apprenant, tout en leur racontant une histoire, les secrets de la vie. «Hermann Broch l'a dit: la seule morale du roman est la connaissance.»
    Tandis que Kundera nous parle apparaît l'ombre d'un poète qui, pendant toute son existence, tourna en rond, comme l'écrivait André Suarès, «dans un cercle de quelques lieux, entre Francfort, Iéna et Weimar»: Goethe le grand Européen, qui cherchait l'Europe «dans un accord, et non dans un unisson». Il fut le premier à évoquer avec autant de lucidité que de ferveur l'émergence d'une littérature universelle. C'est-à-dire, pour lui, essentiellement européenne (une exception de taille pourtant: Chamsoddine, dit Hafiz, le grand lyrique de la poésie persane). Il la pensait comme un tout et la nommait d'un mot: Weltliteratur.
    La pensée de Goethe alors avait quelque chose de révolutionnaire et de prophétique. Elle annonçait, en même temps, le rétrécissement de la planète, son uniformisation et le dialogue des ?uvres capables de sauter avec allégresse les frontières des Littératures nationales. Mais la leçon de Goethe, dit Kundera, qui semble tout au long du Rideau converser par-dessus les siècles avec l'auteur de Werther, n'a pas été entendue.
    «Encore un testament trahi, s'exclame-t-il, en se focalisant sur des exemples tirés de l'université ou des médias. L'Europe n'a pas réussi à penser sa littérature comme une unité historique et je ne cesserai de répéter que c'est là son irréparable échec intellectuel.» Il serait pourtant aisé de considérer que L Histoire a réalisé la première partie de la prophétie de Weimar (le nivellement de la vie) et que Goethe lui-même n'attendait pas grand-chose de bon de cette Weltliteratur. L'important n'est pas dans ce que l'on fait dire, ou non, à Goethe, mais dans la façon qu'a Milan Kundera de replacer le poète allemand, qui s'était accaparé les grands Romans étrangers, au centre de notre histoire. Seule notre culture commune peut «prolonger le rayonnement» de chaque œuvre et les protéger toutes «contre l'oubli».
    Il y a bien d'autres choses encore dans ce Rideau, sur les âges de la vie qu'il dissimule, l'incessante métamorphose des concepts esthétiques, la beauté des sentiments modestes, la bêtise, «inséparable de la nature humaine», Camus et Sartre, la genèse des romanciers, qui naissent toujours sur «les ruines de leur monde lyrique», le kitsch, «voile rose jeté sur le réel», ou le modernisme antimoderne (nous en reparlerons bientôt à propos du livre d'Antoine Compagnon). Lisez Le rideau. Il n'est pas si fréquent de pouvoir réfléchir en si bonne compagnie à la vie, à l'histoire et au roman, et à ce que «seul le roman peut découvrir et dire».

    Lien : http://www.lexpress.fr/culture/livre/le-rideau_820413.html
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    • Livres 5.00/5
    Par JeanLouisBOIS, le 12 mai 2012

    JeanLouisBOIS
    Pour une littérature mondiale
    Par François Busnel (Lire), publié le 01/05/2005
    Qu'est-ce qu'un roman? Dans ce plaidoyer, Milan Kundera pose d'inestimables jalons.
    Milan Kundera vient de faire un immense cadeau à la littérature. Dans un court essai consacré à L'Art du roman, bijou d'intelligence et de style, l'écrivain français d'origine tchèque déchire Le rideau qui voile le monde et les lettres. Pour cela, il nous entraîne en pays ami, sur les terres de Rabelais et de Cervantès, de Flaubert et de Stendhal, en compagnie de García Márquez, de Fuentes, de Robert Musil, d'Homère.
    Mais quel est donc ce rideau que Kundera entend détruire? Celui de la préinterprétation. Il s'agit d'un voile terrifiant, tissé de pseudo-vérités. Il encrasse l'esprit comme autant de poussières et fonctionne telle une pensée magique. le drame, avec les rideaux, c'est qu'ils finissent par se fondre dans le paysage à la manière de masques confortables. On ne les remarque plus, on ne s'en soucie plus. Et il faut, nous dit Kundera, un «courage cervantesque» pour oser les mettre en pièces. L'enjeu n'est pas mince: il s'agit, ni plus ni moins, de définir ce qu'est un roman. Car Kundera a l'ambition des grands: il ne se contentera pas de répéter ce qui fut écrit mais aspire - comme tout authentique écrivain - à quelque chose de profondément différent.
    Avec un joyeux enthousiasme, il insiste sur le rôle de la composition (que l'on ne saurait réduire au simple savoir-faire technique), sur l'esclavage de la «story», sur l'indispensable transformation de la forme: «Dans L'Art du roman, pose-t-il en préambule, les découvertes existentielles et la transformation de la forme sont inséparables.» Mais l'essentiel est dans son plaidoyer, audacieux et lucide, en faveur d'une «littérature mondiale». L'idée n'est pas nouvelle. Goethe, déjà, appelait de ses v?ux, dans un texte prophétique et crépusculaire, l'avènement de cette Weltliteratur: «La littérature nationale ne représente plus grand-chose aujourd'hui, notait, il y a plus de deux cents ans, le poète allemand. Nous entrons dans l'ère de la littérature mondiale et il appartient à chacun de nous d'accélérer cette évolution.» Mais le «testament» de Goethe fut trahi. Reprenant le flambeau goethéen, l'ancien dissident tchèque démontre que l'on ne peut désormais apprécier la nouveauté d'un roman que dans ce qu'il nomme un «grand contexte». Il pourfend ainsi ce provincialisme de l'esprit qui ne juge la littérature qu'en fonction de sa nationalité. Comme si Proust était français et Joyce irlandais! Comme si l'écho social au sein d'une nation valait davantage que l'importance d'une ?uvre dans L Histoire des lettres! Ce repli nationaliste n'est pas seulement préjudiciable à L'Art du roman, il est - à l'heure de l'Europe - parfaitement anachronique.
    Contre la «morale de l'archive» qui prévaut actuellement et suggère de tout conserver d'un écrivain (de sa Correspondance à ses brouillons) pour juger de son œuvre, Kundera propose une «morale de l'essentiel». «La lecture est longue, la vie est courte», écrit-il avant d'expliquer son refus d'accorder tout entretien (que ce soit à un journaliste ou à un lecteur): «Ce que l'auteur a créé n'appartient ni à son papa, ni à sa maman, ni à sa nation, ni à l'humanité, cela n'appartient qu'à lui-même, il peut le publier quand il veut et s'il le veut, il peut le changer, le corriger, l'allonger, le raccourcir, le jeter dans la cuvette et tirer la chasse d'eau sans avoir le moindre devoir de s'en expliquer à qui que ce soit.» C'est vrai. C'est dommage, mais c'est vrai.
    Kundera n'analyse pas en professeur, avec la froide distance de l'érudit ou l'arrogance doctrinaire de l'expert: il exulte, s'emporte, s'enflamme, constelle son texte de points d'exclamation et de parenthèses. On retrouve, intacte, la capacité d'étonnement de celui qui sut si parfaitement intégrer la réflexion dans ses Romans. Et comme il n'est de solide pensée qu'autobiographique, Kundera parle de ses lectures, mais aussi de son pays kidnappé, «sa» Bohême.
    Cet essai est un bréviaire, constellé de pépites. Pourquoi écrit-on des Romans? Pour «aller dans l'âme des choses», répondait Flaubert. Pour échapper au pouvoir de l'oubli, rétorque Kundera. le roman est «un indestructible château de l'inoubliable». Quelle belle définition! Elle esquisse le projet de Kundera: écrire une théorie de la densité de la vie en même temps qu'une théorie de l'art romanesque. Il y parvient avec une incroyable fraîcheur. Et apporte la preuve que le roman et la vie, au fond, ne sont peut-être qu'une seule et même chose.

    Lien : http://www.lexpress.fr/culture/livre/le-rideau_810039.html
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  • Par Aela, le 31 janvier 2011

    Aela
    Un très bel essai sur le thème de l'exil, de la mémoire, de l'oubli, illustré par des éléments largement autobiographiques et des références littéraires empruntées à la littérature européenne.
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Citations et extraits

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  • Par JeanLouisBOIS, le 02 mars 2012

    Ce qui restera un jour de l'Europe ce n'est pas son histoire répétitive qui, en elle-même, ne représente aucune valeur. La seule chose qui a des chances de rester, c'est l'histoire de ses arts. (p.42).
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  • Par JeanLouisBOIS, le 02 mars 2012

    La prose: ce mot ne signifie pas seulement un langage non versifié; il signifie aussi le caractère concret, quotidien, corporel de la vie. Dire que le roman est l'art de la prose n'est donc pas une lapalissade, ce mot définit le sens profond de cet art. (p.21).
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  • Par Aela, le 31 janvier 2011

    Aujourd'hui, qui se souvient encore de l'invasion de la Tchécoslovaquie par l'armée russe en août 1968? Dans ma vie ce fut un incendie. Pourtant, si je rédigeais mes souvenirs de ce temps, le résultat serait pauvre, certainement plein d'erreurs, de mensonges involontaires. Mais à côté de la mémoire factuelle, il y en a une autre: mon petit pays m'est apparu privé du dernier reste de son indépendance, englouti à jamais dans un monde étranger; j'ai cru assister au début de son agonie.
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  • Par JeanLouisBOIS, le 09 mars 2012

    Un recul géographique éloigne l'observateur du contexte local et lui permet d'embrasser le grand contexte de la Weltlitteratur , seul capable de faire apparaître la valeur esthétique d'un roman, c'est-à-dire : les aspects jusqu'alors inconnus de l'existence que ce roman a su éclairer; la nouveauté de la forme qu'il a su trouver. (p.50-51).
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  • Par JeanLouisBOIS, le 09 mars 2012

    Dans le monde moderne, abandonné par la philosophie, fractionné par des centaines de spécialisations scientifiques, le roman nous reste comme le dernier observatoire d'où l'on puisse embrasser la vie humaine comme un tout. (p.101).
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Vidéo de Milan Kundera

Pour Philippe Delaroche, directeur adjoint de la rédaction de Lire, le roman de Milan Kundera est celui de l'amour moderne par excellence, car il décrit les périls d'une relation consommée.











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