ISBN : 2070414345
Éditeur : Gallimard (2000)


Note moyenne : 3.71/5 (sur 24 notes) Ajouter à mes livres
Au fil des neuf parties indépendantes de cet essai, les mêmes personnages reviennent et se croisent Stravinski et Kafka avec leurs curieux amis ; Janacek et Hemingway ; Rabelais et ses héritiers, les grands romanciers.
L'art du roman est le héros principal du liv... > voir plus
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Critiques et avis(1)

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  • Par liberlibri, le 01 décembre 2008

    liberlibri
    Un papier, c'est une chose merveilleuse puisqu'on y peut garder trace de tout. Un papier pallie le défaut de mémoire, conserve les doux souvenirs. Pourtant, un papier reste, immuable, aussi inexorablement qu'une pierre. C'est là le propos de Milan Kundera dans Les Testaments trahis. le papier, c'est cette merveille grâce à qui nous connaissons Panurge et Sancho Pança, K. et Tamina. Mais le papier, c'est aussi celui à cause de qui nous les interprétons. Et, dès lors, que nous les trahissons. Il en va de l'œuvre d'art comme de la loi, s'y trouvent la lettre et l'esprit. Lire Rabelais à la lettre ne signifie pas que l'on aura pénétré son esprit. L'exemple le frappant demeure sans doute l'incompréhension entre l'esprit de l'œuvre kafkaïenne et tous les kafkologues qui s'en sont emparés. Peut-être la trahison éclate-t-elle plus encore dans le domaine de la musique. Tel chef se permettra la fantaisie d'un point d'orgue là où le compositeur avait soigneusement équilibré sa mesure. Et que dire des « metteurs en scène traitant les textes avec une telle liberté que seul un fou pourrait encore écrire pour le théâtre », s'insurge Milan Kundera. Les traducteurs ne sont pas en reste dans ce domaine, ce qui a amené d'aucuns à rapprocher – faussement d'ailleurs – traduttore de de traditore. Kundera recense dans cet ouvrage tout ce qui dénature un texte, polémique qui occulte la beauté des mots eux-mêmes, biographie impudique et terre-à-terre, exégèse erronée et idiote. Il rapporte que Kafka souhaitait qu'on détruise ses papiers à sa mort. L'ami chargé de cette tâche ne l'a pas accomplie, au contraire, il a TOUT publié ; il a aussi trahi Kafka. le seul qui se soit sorti presque indemne de cette trahison est Saint-John Perse. Il a détruit lui-même ses carnets de travail. Sauf un, malencontreusement tombé derrière un meuble. Il est aujourd'hui étudié par desdits critiques, faux haruspices qui s'arrogent le droit de lire ce que l'auteur ne souhaitait pas qu'on vît. Quelle gageure pourtant de lire un texte par et pour lui-même sans « faire son Sainte-Beuve » ! Las, à voir la marchandisation des droits d'auteur aujourd'hui, on peut penser que les traîtres ont de beaux jours devant eux.

    Lien : http://liber-libri.blogspot.com/2008/07/la-tratrise-du-papier.html
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Citations et extraits

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  • Par mandarine43, le 01 août 2011

    [ Incipit ]

    Première partie : Le jour où Panurge ne fera plus rire.

    L'invention de l'humour.

    Madame Grandgousier, enceinte, mangea trop de tripes, si bien qu'on dut lui administrer un astringent ; il était si fort que les lobes placentaires se relâchèrent, le foetus Gargantua glissa dans une veine, monta et sortit par l'oreille de sa maman. Dès les premières phrases, le livre abat ses cartes : ce qu'on raconte ici n'est pas sérieux : ce qui veut dire : ici, on n'affirme pas des vérités (scientifiques ou mythiques); on ne s'engage pas à donner une description des faits tels qu'ils sont en réalité.
    Heureux temps de Rabelais : le papillon du roman s'envole en emportant sur son corps les lambeaux de la chrysalide. Pantagruel avec son apparence de géant appartient encore au passé des contes fantastiques, tandis que Panurge arrive de l'avenir alors inconnu du roman. Le moment exceptionnel de la naissance d'un art nouveau donne au livre de Rabelais une incroyable richesse ; tout y est : le vraisemblable et l'invraisemblable, l'allégorie, la satire, les géants et les hommes normaux, les anecdotes, les méditations, les voyages réels et fantastiques, les disputes savantes, les digressions de pure virtuosité verbale. Le romancier d'aujourd'hui, héritier du XIXe siècle, éprouve une envieuse nostalgie de cet univers superbement hétéroclite des premiers romanciers et de la liberté joyeuse avec laquelle ils l'habitent.
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