ISBN : 2080703943
Éditeur : Flammarion (1993)

Existe en édition audio



Note moyenne : 4.45/5 (sur 44 notes) Ajouter à mes livres
Le renom d'Etienne de La Boétie s'attache à un écrit composé " en sa première jeunesse ", " à l'honneur de la liberté contre les tyrans ". Dans le branle-bas de combat qui secouait le dernier quart du XVIe siècle, le célèbre libelle, par la volonté polémique des éditeur... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par lolo71, le 13 mars 2009

    lolo71
    Lorsqu'il écrit le Discours de la servitude humaine, Etienne de la Boétie (1530-1563) étudie le droit à l'université d'Orléans, l'une des plus réputées d'Europe à l'époque. Montaigne, son grand ami, nous dit dans ses Essais qu'il n'avait alors pas encore 18 ans. Des controverses ont éclaté à ce sujet : le Discours n'a pu être écrit par un si jeune homme. Partant, soit il l'a écrit à un âge plus mûr, soit c'est Montaigne lui-même - qui voulait l'inclure dans l'une des éditons de ses Essais - qui en l'auteur. Il est admis de nos jours que c'est bien La Boétie qui a rédigé le Discours, et ce dans sa « prime jeunesse » (même s'il est possible qu'il l'ait retouché plus tard, ou que Montaigne y ait apporté des corrections ou des ajouts). On se trouve donc face à un texte révélant un esprit brillant et d'une grande précocité. Certains commentateurs n'y voient qu'un classique exercice de rhétorique, tel qu'en pratiquaient les étudiants d'alors. C'est cela et beaucoup plus : un essai de philosophie et de psychologie politiques.
    Pour La Boétie, il est dans la nature de l'homme d'être libre et raisonnable. Pourtant , il observe que les hommes subissent souvent le joug d'autres hommes, quand ce n'est pas d'un seul. Ainsi soumis, ils semblent préférer souffrir et servir leur tyran, plutôt que de rechercher la liberté à laquelle leur nature aspire. La Boétie voit plusieurs causes à cette soumission : les hommes, naissant dans le servage, sont éduqués à obéir ; ils sont abêtis par les divertissements et les quelques faveurs que leur prodigue le tyran ; enfin, le despote se fait aider par quelques vassaux qui eux-mêmes en soumettent d'autres, ainsi de suite jusqu'à former une longue chaîne de soumission.
    Cependant, plus qu'à une dénonciation de la tyrannie, c'est à celle de la passivité du peuple que s'attache La Boétie. En effet, sans la résignation, voire l'approbation du peuple, pas de tyrannie possible. Par quelle perversion de leur nature les hommes se laissent-ils mettre le joug, alors même que cela ne leur apporte que peines et malheurs ? Car il ne leur suffirait que de vouloir se libérer pour que cesse toute servitude : Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres.
    Le Discours a inspiré nombre de révolutionnaires des époques ultérieures, en particulier aux XVIIIème et XIXème siècles. Cependant, pas d'appel à la sédition et au désordre public chez La Boétie. Il était trop soucieux de paix sociale pour cela, horrifié qu'il était par les guerres de religion qui ensanglantaient le pays à son époque. On était encore loin également de notions telles que souveraineté du peuple et démocratie. En revanche, il nous disait ceci : l'homme ne peut se laisser dominer sans se renier lui-même. Il est responsable de sa condition et il n'appartient qu'à lui de la changer. La leçon vaut en tout temps et en tout lieu, y compris ici et maintenant où la servitude, qu'elle soit politique ou économique, ou les deux à la fois, est bien d'actualité.


    Lien : http://plaisirsacultiver.unblog.fr/2008/05/01/discours-de-la-servitu..
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    Critique de qualité ? (6 votes positifs)
  • Par Ecarlate, le 09 juillet 2011

    Ecarlate
    L'auteur se pose la question suivante : comment tout un peuple ne peut-il se soulever contre son oppresseur ? Il peut comprendre que quelques hommes aient peur d'un seul, c'est de la couardise, mais tout un peuple, des milliers d'hommes ? Il explique qu'un animal lutte toujours pour sa liberté (rapporte même le fait légendaire que l'éléphant, une fois sur le point d'être capturé, brise ses défenses et les offre au chasseur en échange de sa liberté) ou souffre une fois pris (oiseau en cage). Même le bœuf se plaint sous le joug, un cheval maltraité ruera contre son cavalier. Alors pourquoi les hommes ne se révoltent pas ? C'est une question d'éducation. Ceux ayant connu la liberté, même une fois, toujours la désire, se battent pour elle ou y aspirent. Mais ceux nés asservis, comment leur viendrait l'idée d'être libre ? La coutume les a placés en cet état, il leur est difficile de s'imaginer autrement. Par l'esprit, on peut entrevoir la liberté, et l'auteur précise que le Grand Turc (au sens de l'époque) n'encourage pas les sciences et les lettres, car il n'a que faire de savants. le tyran (ce mot revient tout le temps, indifféremment avec le terme roi) est au pouvoir par la naissance, par l'élection ou la conquête. Plus on donne à un tyran, plus il prend, plus il croît en puissance. C'est vous même qui donnez le pouvoir au tyran. Il maintient le peuple en sujétion en lui offrant des distractions, des libéralités (du pain et des jeux), en sachant que le tyran peut se montrer généreux parce qu'il use du bien public qui, en définitive, n'est pas à lui ! de plus, par son titre, le tyran se pose comme un protecteur aux yeux du peuple. Mais il n'y a pas que le peuple. le tyran se maintient parce que quelques uns tirent profits de sa tyrannie, ayant sous leurs ordres d'autres qui tirent profits etc. le tyrans attire à lui les malfaisants. Pour l'auteur ces gens s'aliènent, ils ne vivent que pour faire le plaisir de leur maître, doivent penser comme lui et ne savent que faire endurer à ceux qui leurs sont inférieurs la tyrannie qu'ils subissent. de plus, le peuple va haïr ceux qui servent le tyran plus que le tyran lui-même, puisqu'il a surtout des relations avec eux. le tyran peut même utiliser la religion pour asseoir son autorité (guérisseur miraculeux). Notons que l'auteur pose une réserve pour la monarchie française, mais il n'est ni ferme ni définitif, précisant bien que par l'histoire que l'on nous enseigne, on a tendance à accepter le monde dans lequel on naît. Notons aussi qu'il flatte la poésie française, celle de du Bellay notamment, mais la poésie ne travestit-elle pas la vérité ? Dans son texte, La Boétie se réfère beaucoup aux batailles des Grecs et des Spartiates pour leur liberté contre les Perses, et prend beaucoup d'exemples de tyrans parmi les empereurs romains. Néron est un de ses exemples favoris, illustrant à merveille comme avec la fin tragique de Sénèque combien servir au mieux un maître ne sert à rien : on est toujours à sa merci. Il relate que les Romains ont pleuré César à sa mort alors qu'avec lui est advenu la fin de la République. Il aime aussi se référencer à Ulysse, l'homme libre par excellence. L'homme est né libre et doit lutter pour le rester.
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    • Livres 4.00/5
    Par Luniver, le 20 janvier 2012

    Luniver
    Petit essai qui décortique en quelques pages les mécanismes qui font qu'un peuple reste sous le joug d'un tyran sans se révolter. Tout d'abord, l'habitude : si le passage de la liberté à la servitude est dure à vivre, les gens qui naissent esclaves ne peuvent pas regretter ce qu'ils ne connaissent pas. Les divertissements et les quelques largesses que distribuent le tyran rendent les gens plus disposés à se soumettre, pourvu qu'on continue à les amuser. Et enfin, une structure de soumission pyramidal, qui encourage les citoyens à rentrer dans le système en espérant grappiller quelques miettes de richesse plutôt que de tout risquer pour défendre leur liberté.
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    • Livres 4.00/5
    Par Chouchane, le 17 mars 2011

    Chouchane
    C'est un jeune de 18 ans, né il y a presque 500 ans qui nous nous donne une leçon de vie et d'éthique. le principe est simple : pour être dominé il faut se soumettre à cette domination. Il est donc vain d'accuser les tyrans si l'on se résigne. La Boétie nous invite à nous révolter en premier lieu contre nous-même afin de nous libérer du joug des intérêts secondaires et de refuser l'aliénation que constitue la soumission à autrui. Par facilité ou par peur l'homme s'assujettit, pour vivre libre il lui faut donc placer les faveurs et les craintes au second plan. Servitude volontaire, corruption, favoritisme et leur corolaire l'absence de liberté constituent le corps de ce pamphlet. La liberté a un prix, le choix. !
    Et c'est plus que toujours d'actualité comme le dit gigi55...
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    • Livres 5.00/5
    Par kristov1, le 05 février 2011

    kristov1
    Et si c'était le tout premier essai anarchiste ? Quoi qu'il en soit, toujours d'actualité, hélas...
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Citations et extraits

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  • Par brigetoun, le 29 novembre 2009

    C’est ainsi que le tyran asservit les sujets les uns par les autres….
    Car à vrai dire, s’approcher du tyran, est-ce autre chose que s’éloigner de sa liberté et, pour ainsi dire, embrasser et serrer à deux mains sa servitude ? Qu’ils mettent un moment à part leur ambition, qu’ils se dégagent un peu de leur avidité, et puis qu’ils se regardent ; qu’ils se considèrent eux-mêmes : ils verront clairement que ces villageois, ces paysans qu’ils foulent aux pieds et qu’ils traitent comme des forçats et des esclaves, ils verront, dis-je, que ceux-là, si malmenés, sont plus heureux qu’eux et en quelque sorte plus libres. Le laboureur et l’artisan, pour asservis qu’ils soient, en sont quittes en obéissant ; mais le tyran voit ceux qui l’entourent coquinant et mendiant sa faveur. Il ne faut pas seulement qu’ils fassent ce qu’il ordonne, mais aussi qu’ils pensent ce qu’il veut…
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  • Par pamjij, le 15 décembre 2009

    "Chose vraiment surprenante (...) c'est de voir des millions de millions d'hommes, misérablement asservis, et soumis tête baissée, à un joug déplorable, non qu'ils soient contraints par une force majeure, mais parce qu'ils sont fascinés et, pour ainsi dire, ensorcelés par le seul nom d'un, qu'ils ne devraient redouter, puisqu'il est seul, ni chérir, puisqu'il est, envers eux tous, inhumain et cruel"
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  • Par Luniver, le 14 janvier 2012

    Pour le moment, je désirerais seulement qu’on me fit comprendre comment il se peut que tant d’hommes, tant de villes, tant de nations supportent quelquefois tout d’un Tyran seul, qui n’a de puissance que celle qu’on lui donne, qui n’a de pouvoir de leur nuire, qu’autant qu’ils veulent bien l’endurer, et qui ne pourrait leur faire aucun mal, s’ils n’aimaient mieux tout souffrir de lui, que de le contredire.
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  • Par brigetoun, le 29 novembre 2009

    Les bêtes, Dieu me soit en aide, si les hommes veulent bien les entendre, leur crient : « Vive la liberté ! » …
    Ainsi donc, puisque tout être pourvu de sentiment sent le malheur de la sujétion et court après la liberté : puisque les bêtes, même faites au service de l’homme, ne peuvent s’y soumettre qu’après avoir protesté d’un désir contraire, quelle malchance a pu dénaturer l’homme…. au point de lui faire perdre la souvenance de son premier état et le désir de le reprendre ?
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  • Par brigetoun, le 29 novembre 2009

    Le grand Turc s’est bien aperçu que les livres et la pensée donnent plus que toute autre chose aux hommes le sentiment de leur dignité et la haine de la tyrannie. Je comprends que, dans son pays, il n’a guère de savants, ni n’en demande. Le zèle et la passion de ceux qui sont restés, malgré les circonstances, les dévots de la liberté, restent complètement sans effet, quel que soit leur nombre, parce qu’ils ne peuvent s’entendre…
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