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> Philippe Sellier (Éditeur scientifique)

ISBN : 2253006726
Éditeur : Le Livre de Poche (1973)


Note moyenne : 3.49/5 (sur 808 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Madame de Clèves, jeune beauté parfaite en tout point, fait des débuts remarqués à la cour de la reine dauphine, belle-fille d'Henri II. Pour ce modèle de vertu, l'image de Diane de Poitiers plane tout au long du roman comme ... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Bigmammy, le 28 novembre 2011

    Bigmammy
    Voici un classique indémodable, au-delà de toute polémique et hors du temps. Un roman psychologique, historique, social, publié en 1678 par une femme, Madame de La Fayette. Et une fois franchie la barrière de la langue – ici aussi – on ne le lâche plus jusqu'à la dernière page.
    Car le plus difficile est d'y entrer. le langage de cette fin du XVIIIème siècle, les conventions de l'époque, la description des codes de comportement nous sont aussi étrangers que le langage des cités et les modes vestimentaires des jeunes d'aujourd'hui. Passées les premières pages, on entre rapidement dans le vif des sentiments, des émois, des regards, des brusques rougissements, des larmes et des soupirs des jeunes gens de la plus haute noblesse, pleins d'énergie et de fougue.
    Mademoiselle de Chartres a seize ans lorsqu'elle est présentée à la cour d'Henri II, ce roi élégant et doué, amoureux depuis très longtemps de Diane de Poitiers, comtesse de Vermandois, pourtant largement plus âgée que lui. La reine Catherine de Médicis la hait. La Cour se répartit en deux camps irréconciliables : les partisans des Guise, princes de Lorraine et ceux du Connétable de Montmorency, plus proches de la nouvelle religion réformée.
    Mademoiselle de Chartres, coachée par sa mère, est d'une rare beauté. Tous les jeunes hommes qui l'aperçoivent en tombent amoureux, et en particulier le Prince de Clèves qui conçoit envers elle une passion dévorante. Elle, blonde et gracile, l'épousera bientôt mais sans amour, ce qui est le lot des jeunes filles de l'époque. Cependant, elle va tomber follement amoureuse du séduisant duc de Nemours. Sur son lit de mort, sa mère la prévient de cette inclination qu'elle a percée à jour, en lui rappelant qu'à la Cour, tout n'est que faux semblant et qu'elle préfère la mort à la honte de voir sa fille manquer à l'honneur.
    Madame de Clèves se défend de la passion qu'elle éprouve pour Nemours. Lui est d'autant plus accroché que cette beauté reste à son égard d'une rigueur inhabituelle. Il va tout mettre en œuvre pour savoir si son amour est partagé. Portrait volé, lettre égarée, mensonges, trahisons, ragots de cour, maladies feintes … Tout le répertoire du théâtre classique est mis en œuvre, suivant les méandres de la carte de Tendre. C'est digne d'un roman-photo où l'on suit pas à pas l'évolution des sentiments de la jeune femme torturée entre attachement irrépressible et respect des engagements. On n'oublie pas qu'elle n'a que dix-huit ans. Nemours, lui, est un personnage imbu de sa personne, un séducteur compulsif qui tombe pour la première fois sur un obstacle qui, lui résistant, le rend fou. Il sera maladroit, indiscret et cruel. Monsieur de Clèves est d'autant plus jaloux que sa belle et sage épouse lui avoue qu'elle est éprise d'un autre homme et qu'elle souhaite, pour résister à cette funeste inclination, ne plus paraître à la Cour, ce que le Prince lui refuse : elle doit tenir son rang. Il mourra de jalousie sur la foi d'une fausse information, elle se refusera à Nemours une fois libre, car pour elle, un amour ne peut durer sans drame, et qu'elle le tient pour responsable de la mort de son époux. C'est en effet parce que sa femme ne parvient pas à l'aimer que le prince de Clèves ne cesse de l'aimer avec passion, à en mourir.
    Premier roman psychologique de la littérature française, La Princesse de Clèves est étudiée au lycée. Je me souviens de l'avoir lue par obligation donc sans plaisir. Sa relecture cinquante années plus tard est une découverte. J'imagine les atours, la coiffure de cette blonde à la peau de velours, son cou gracile ourlé d'une fraise bouillonnante, sa robe de brocart et ses perles, sa toque de velours posée de côté …Un monde si éloigné du nôtre, mais où les sentiments de l'amour naissant sont ceux que nous avons tous éprouvés un jour ou l'autre.

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    • Livres 5.00/5
    Par chartel, le 27 janvier 2013

    chartel
    Je tiens à remercier Monsieur Nicolas Sarkozy qui, lorsqu'il assurait la fonction de président de la République, donna une seconde vie à "La princesse de Clèves" et, par la même occasion, me poussa à lire cette œuvre majeure de la littérature française. Je lui suis donc très reconnaissant d'avoir, comme les dévots du XVIIIe ont pu le faire avec les œuvres voltairiennes par exemple, permis à une œuvre de s'adjuger de nouveaux lecteurs par le seul fait qu'elle soit blâmée publiquement. A quand le prochain opprobre littéraire depuis qu'un autre grand lecteur a succédé au petit Nicolas ?
    Mais tout cela ne nous dit rien de cette œuvre emblématique. Si la longue description introductive de la cours du roi de France sous le règne d'Henri II n'est pas une partie de plaisir, le récit commence vraiment à devenir intéressant lorsque ses deux principaux protagonistes entrent en lice : la fameuse princesse de Clèves et le non moins célèbre duc de Nemours. Il faut avouer que Madame de Lafayette a un léger penchant pour l'hyperbole. On ne peut pas imaginer amants aussi parfaits, tout n'est que luxe, beauté, intelligence et raffinement. La perfection est si proche que le récit basculerait presque dans le conte merveilleux. Mais tout est si remarquablement bien raconté que l'on se laisse porter malgré cet effacement de la rationalité. Balzac est encore loin, laissons Madame de Lafayette donner au roman ses lettres de noblesse.
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    • Livres 4.00/5
    Par juliette2a, le 17 juillet 2012

    juliette2a
    Voici un nouveau coup de coeur, avec ce délicieux roman de Madame de La Fayette ! A peine entrée dans le monde en compagnie de sa mère, Melle de Chartres séduit déjà de nombreux gentilhommes de la cour dont le Prince de Clèves, qui tombe éperdumment amoureux d'elle et la demande en mariage. Devenue La Princesse de Clèves, la jeune femme est cependant bouleversée lorsqu'elle rencontre le duc de Nemours : c'est le coup de foudre des deux côtés. Ainsi, au fil des pages, les amants cachés vont devoir affronter les rumeurs qui circulent auprès de la cour...
    Bien évidemment, tout lecteur romantique souhaiterait une fin différente à celle de ce livre qui repose sur une morale : la jeune princesse a choisi la raison plutôt que la passion mais cela n'empêche pas ce livre d'être captivant.
    Avec son style singulier, Madame de La Fayette nous plonge dans la société du XVIème siècle, auprès du Roi Henri II et des intrigues du royaume de France...Même si la princesse préfère sa raison à son amour pour Nemours, je l'ai plutôt bien aprréciée, elle qui est très intelligente, sage, vertueuse et d'une amitié sincère. le Duc de Nemours, La reine dauphine, le Vidame de Chartres et Madame de Chartres sont les autres personnages qui m'ont beaucoup plus.
    Pour conclure, "La Princesse de Clèves" est un sublime roman incontournable qui m'a passionnée et qui me laissera sans aucun doute un souvenir vraiment plaisant.
    A lire absolument !!
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    • Livres 4.00/5
    Par Ellen-R, le 05 octobre 2012

    Ellen-R
    Il est des époques où le faste des richesses, la luxure, la grandeur de certains noms nous empêchent de poser notre regard sur les acteurs de celles-ci. Il suffit alors de transcender quelques uns de ces mêmes acteurs et de les poser presque à l'état de divinité pour enfin les apercevoir.
    C'est ainsi que procède Mme de La Fayette pour distinguer Mme de Clèves et le duc de Nemours, elle en fait des êtres qui comme Dieu n'ont de devoir que la vertu, et de la faute ils ne doivent pas en connaître la saveur. le livre est rythmé de la sorte, un flot d'évènements où le cœur ne se doit d'être révélé (doutes, suspicions, aveu galant et rebondissements ne sortiront pas vainqueurs d'un tel combat). La torture psychique de ces deux protagonistes les maintient dans cette situation au dénouement évidemment tragique, nommons clairement ce qu'il en est.
    Alors certes, Mme de Clèves aurait pu faillir à sa tâche, elle aurait pu succomber au « péché » et goûter à un amour véritable, à ce qu'est réellement la passion, comme elle en avait le droit. Pourtant ce qui lui incombe, c'est de ne pas vaciller, c'est d'entretenir un devoir moral d'une solidité terrifiante. Ainsi, elle réussit finalement ce qu'elle avait entrepris et ne cède pas à ses sentiments trop humains, trop mauvais...
    C'est peut-être pour cela que ce livre a tant fait parler de lui, on a jugé ce choix démesuré et stupide, celui de s'éloigner d'un duc de Nemours diablement amoureux, mais ce qui nous gêne tous, au fond, c'est la perfection dans laquelle l'héroïne s'est figée. Elle s'est élevée du rang des mortels et est devenue un des rôles majeurs de la littérature française, et ce parce qu'elle revêt les habits d'une sainte en qui croire. Elle représente les fondations d'un monde nouveau, celui d'une littérature qui se découvre et sans elle, les sentiments les plus mauvais n'auraient jamais été apposés sur du papier.
    Ce roman est plus qu'une simple histoire d'amour. C'est l'histoire de la passion, des troubles, de la lutte entre la raison et les sentiments, c'est le roman de chaque amoureux au final.
    Et toujours, l'admirable Madame de Clèves fascine.
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    • Livres 4.00/5
    Par pragmatisme, le 11 mars 2011

    pragmatisme
    L'amour est le principal sujet de ce roman. La psychologie des personnages est au centre de l'intrigue. Tout en présentant tous les aspects de la vie de cour sous Henri II, magnificence, galanterie, partie de chasse et de paume, ballets, courses de bagues, goût pour les vers, la comédie, la musique, la poésie et les lettres, intrigues sentimentales mêlées à toutes les affaires, cabales, vengeances et haines personnelles, l'auteure trace des portraits des personnages illustres de son roman et dépeint leurs qualités en commençant par Henri II, prince sportif, soucieux de plaire aux femmes et amoureux de Diane de Poitiers, de vingt ans son ainée. La cour réunit de grands seigneurs admirables, d'un mérite extraordinaire. Les princes qu'elle présente excellent dans la guerre, leur esprit est vaste et profond, leur âme est noble et élevée, ils ont une ambition démesurée, un esprit vif, une éloquence admirable, une science profonde, sont plein d'esprit et d'adresse, braves et magnifiques.
    Mlle de Chartes est l'héroïne de ce roman. A quinze ans, elle fait ses débuts à la cour. Elle est remarquable par sa vertu et par sa beauté. Sa mère l'a mise en garde contre les dangers de la passion, le peu de sincérité, la tromperie et l'infidélité des hommes mais elle rencontre par hasard le prince de Clèves qui, séduit par sa beauté, conçoit pour elle une passion et une estime extraordinaire et la demande en mariage. Il se heurte à l'opposition de son père mais celui-ci meurt peu après. Les projets d'union de Mlle de Chartres échouent à la suite d'intrigue de cour et, reconnaissante à l'égard du Prince de Clèves d'avoir bravé la cabale, elle l'épouse. Mais elle ne ressent pas de réels sentiments pour lui, ce dont il souffre profondément. Quelques temps après son mariage, elle rencontre au bal le duc de Nemours, seigneur extrêmement brillant sur le point d'épouser la reine Elisabeth d'Angleterre. C'est un véritable coup de foudre. Une passion grandissante s'empare de Mme de Clèves. Elle se range secrètement à l'avis de M. de Nemours, exprimé publiquement, sur le sujet non anodin de la place des amants dans les bals et se prétend malade pour échapper à celui qu'organise le Maréchal de Saint André. Mais le trouble que cette dissimulation provoque n'échappe pas à son entourage, en particulier à sa mère. Elle prend conscience un peu trop tard de ses sentiments amoureux et ressent à la fois de la honte et de la jalousie à l'égard de Mme la Dauphine dont elle pense M. Nemours épris. La maladie passagère de Mme de Chartes à qui elle voulait se confier lui donne l'occasion de se rapprocher de Mme la Dauphine qui lui fait part de ses observations sur le changement de comportement amoureux de M. de Nemours. Elle entre alors dans le jeu des intrigues galantes qui calme sa jalousie. M. de Némours cherche tous les prétextes pour la rencontrer. Sur son lit de mort, Mme de Chartes lui donne une dernière leçon de conduite et la rappelle sèchement à ses devoirs d'épouse. Mme de Clèves cherche à fuir le monde et M. Nemours en particulier mais son mari n'en comprend pas les raisons. M. de Clèves apprend alors à sa femme la mort de Mme de Tournon dont son ami M. de Sancerre avait été follement amoureux. Ce passage est l'occasion pour M. de Clèves d'édifier son épouse et pour l'auteur de décrire les effets dévastateurs de la dissimulation et de la trahison. M. de Sancerre est profondément attristé par la promesse de mariage de Mme de Tournon avec M. d'Estouville qu'il apprend sur son lit de mort. Larmes, rage, colère et affliction accompagnent cette découverte.
    Les sentiments lorsqu'ils ne sont pas réciproques, le style de la vie de cour, ce mélange permanent des intérêts et des affections, l'exposition constante de soi, les cabales et la difficulté de protéger sa vie privée et son intimité sont au cœur de ce roman. le style de vie a une grande influence sur la finesse des sentiments à peine dissimulés et sur les intuitions des personnages qui perçoivent la vérité sans qu'elle leur soit toujours révélée. La place des attitudes est essentielle dans ce livre. Les signes physiques de la honte, de la tristesse, de la joie ou de l'embarras sont largement décrits et interprétés et participent à nourrir les intrigues. le défi est bien de rester maître de ses paroles et de son visage.
    M. de Némours subtilise sous ses yeux le portrait de Mme de Clèves que Mme la Dauphine avait fait réaliser. Cette disparition n'échappe pas à la cour, à son mari en particulier qui, sous le ton de la plaisanterie, pressent la vérité. Cet évènement plonge Mme de Clèves dans l'embarras et lui donne des remords. Assurée des sentiments de M. de Némours à son égard et soucieuse de rester sincère avec son mari, elle envisage de lui révéler ses sentiments. Au cours d'un exercice, M. de Némours perd une lettre qui lui aurait été adressée par une maîtresse. Mme la Dauphine se fourvoie sur la qualité de l'auteur qu'elle prend pour l'aimée de M. de Némours. Mme de Clèves ressent une jalousie profonde et douloureuse à la lecture de ce billet. Elle perd confiance en elle et, plongée dans l'aigreur, elle ne sait plus interpréter les signes que lui a donnés M. de Nemours. C'est alors qu'il se rend chez elle lui apprenant que cette lettre est en fait destinée à son oncle le Vidame de Chartres. le passage sur la lettre du vidame est tout à fait représentatif de ce mélange des genres affectif et affairiste. Mme de Clèves retrouve calme et douceur. Passant d'un extrême à l'autre, elle se sent coupable et médite un aveu aussi cruel soit-il. A la campagne, M. et Mme de Clèves s'éloignent du tumulte de la cour. Là, avec la sincérité à laquelle son mari attache tant de prix, elle avoue courageusement son inclination en présence de Némours qui assiste, dissimulé, à cet entretien confidentiel et le rapporte au vidame de Chartres. Jaloux, M. de Clèves fait suivre M. de Némours qui observe Mme de Clèves tout en étant dissimulé et trouve les preuves de son amour pour lui. Il est littéralement transporté par cette expérience. Mais M. de Clèves en est informé. Il tombe gravement malade et meurt. La mort de son mari plonge Mme de Clèves dans une grande douleur mais avec le temps, elle avoue son amour à Nemours qui de son côté s'était entretenu avec le Vidame de Chartres sur son amour pour sa nièce. La déclaration de M. de Nemours est à la fois discrète et réservée. Mme de Clèves démontre une parfaite maîtrise d'elle-même.
    Mais elle le rend responsable de la mort de M. de Clèves et la raison l'emporte sur sa passion. Elle renonce à celui qu'elle aime, car elle ne peut supporter l'idée qu'un jour peut-être, il cessera de l'aimer. Elle choisit aussi de se retirer du monde, surmontant les restes de cette passion.
    J'ai été très touchée par les personnages de ce roman, en particulier par celui de M. de Clèves bien malheureux en amour mais je ne peux m'empêcher d'en regretter le dénouement, si austère.

    Lien : http://pragmatisme.over-blog.fr/article-la-princesse-de-cleves-mme-d..
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Citations et extraits

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  • Par HajarInesLyceeReneCassin, le 10 mai 2013

    Les passions peuvent me conduire, mais elles ne sauraient m'aveugler.

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  • Par solasub, le 19 janvier 2012

    Les palissades étaient fort hautes, et il y en avait encore derrière, pour empêcher qu'on ne pût entrer ; en sorte qu'il était assez difficile de se faire passage. M. de Nemours en vint à bout néanmoins ; sitôt qu'il fut dans le jardin, il n'eut pas de peine à démêler où était Mme de Clèves. Il vit beaucoup de lumière dans le cabinet ; toutes les fenêtres en étaient ouvertes et, en se glissant le long des palissades, il s'en approcha avec un trouble et une émotion qu'il est aisé de se représenter. Il se rangea derrière une des fenêtres, qui servaient de porte, pour voir ce que faisait Mme de Clèves. Il vit qu'elle était seule ; mais il la vit d'une si admirable beauté qu'à peine fut-il maître du transport que lui donna cette vue. Il faisait chaud, et elle n'avait rien, sur sa tête et sur sa gorge, que ses cheveux confusément rattachés. Elle était sur un lit de repos, avec une table devant elle, où il y avait plusieurs corbeilles pleines de rubans ; elle en choisit quelques-uns, et M. de Nemours remarqua que c'étaient des mêmes couleurs qu'il avait portées au tournoi. Il vit qu'elle en faisait des nœuds à une canne des Indes, fort extraordinaire, qu'il avait portée quelque temps et qu'il avait donnée à sa sœur, à qui Mme de Clèves l'avait prise sans faire semblant de la reconnaître pour avoir été à M. de Nemours. Après qu'elle eut achevé son ouvrage avec une grâce et une douceur que répandaient sur son visage les sentiments qu'elle avait dans le cœur, elle prit un flambeau et s'en alla, proche d'une grande table, vis-à-vis du tableau du siège de Metz, où était le portrait de M. de Nemours ; elle s'assit et se mit à regarder ce portrait avec une attention et une rêverie que la passion seule peut donner.
    On ne peut exprimer ce que sentit M. de Nemours dans ce moment. Voir au milieu de la nuit, dans le plus beau lieu du monde, une personne qu'il adorait, la voir sans qu'elle sût qu'il la voyait, et la voir tout occupée de choses qui avaient du rapport à lui et à la passion qu'elle lui cachait, c'est ce qui n'a jamais été goûté ni imaginé par nul autre amant.
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  • Par araucaria, le 28 novembre 2012

    Eh bien! Monsieur, lui répondit-elle en se jetant à ses genoux, je vais vous faire un aveu que l'on n'a jamais fait à son mari... Il est vrai que j'ai des raisons de m'éloigner de la Cour et que je veux éviter les périls où se trouvent quelquefois les personnes de mon âge. Conduisez-moi, ayez pitié de moi, et aimez-moi encore si vous le pouvez.

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  • Par Eliza-Bennett, le 16 février 2010

    M. de Nemours trouve, répliqua le prince de Condé, que le bal est ce qu'il y a de plus insupportable pour les amants, soit qu'ils soient aimés ou qu'ils ne le soient pas. Il dit que, s'ils sont aimés, ils ont le chagrin de l'être moins pendant plusieurs jours; qu'il n'y a point de femme que le soin de sa parure n'empêche de songer à son amant; qu'elles en sont entièrement occupées; que ce soin de se parer est pour tout le monde aussi bien que pour celui qu'elles aiment; que, lorsqu'elles sont au bal, elles veulent plaire à tous ceux qui les regardent; que, quand elles sont contentes de leur beauté, elles en ont une joie dont leur amant ne fait pas la plus grande partie. Il dit aussi que, quand on n'est point aimé, on souffre encore davantage de voir sa maîtresse dans une assemblée; que, plus elle est admirée du public, plus on se trouve malheureux de n'être point aimé; que l'on craint toujours que sa beauté ne fasse naître quelque amour plus heureux que le sien. Enfin, il trouve qu'il n'y a point de souffrance pareille à celle de voirsa maîtresse au bal, si ce n'est de savoir qu'elle y est et de n'y être pas.
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  • Par -Clea-, le 04 septembre 2011

    - Est-il possible, lui disait-il, que je puisse n'être pas heureux en vous épousant ? Cependant il est vrai que je ne le suis pas. Vous n'avez pour moi qu'une sorte de bonté qui ne peut me satisfaire ; vous n'avez ni impatience, ni inquiétude, ni chagrin ; vous n'êtes pas plus touchée de ma passion que vous le seriez d'un attachement qui ne serait fondé que sur les avantages de votre fortune, et non pas sur les charmes de votre personne.

    - Il y a de l'injustice à vous plaindre, lui répondit-elle ; je ne sais ce que vous pouvez souhaiter au-delà de ce que je fais, et il me semble que la bienséance ne permet pas que j'en fasse davantage.

    - Il est vrai, lui répliqua-t-il, que vous me donnez de certaines apparences dont je serais content, s'il y avait quelque chose au-delà ; mais au lieu que la bienséance vous retienne, c'est elle seule qui vous fait faire ce que vous faites. Je ne touche ni votre inclination ni votre coeur, et ma présence ne vous donne ni de plaisir ni de trouble.

    - Vous ne sauriez douter, reprit-elle, que je n'aie de la joie de vous voir, et je rougis si souvent en vous voyant, que vous ne sauriez douter aussi que votre vue ne me donne du trouble.

    - Je ne me trompe pas à votre rougeur, répondit-il ; c'est un sentiment de modestie, et non pas un mouvement de votre coeur, et je n'en tire que l'avantage que j'en dois tirer.
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