Il m'a fallu trois jours pour croquer ce roman que mon fils m'a offert pour mon anniversaire. Trois jours enchanteurs en Haïti, dans les années soixante/soixante-dix, aux côtés de Vieux Os, un petit garçon dont sa grand-mère Da prend soin.
Ils vivent à Petit-Goâve, à environ 70 kilomètres de Port au Prince. Les jours sont paisibles pour Vieux Os, un gentil petit garnement qui apprend la vie au sein d'une communauté pittoresque. Outre Da, la grand-mère bien-aimée, on y rencontre une petite tribu d'enfants, Frantz, Ricco, Batichon, Edna, Fifi, Didi, Sylphise et Vava dont Vieux Os est secrètement amoureux.On y croise aussi des adultes hors du commun qui, chaque jour, viennent prendre le café chez Da ; parce que le café de Da est inimitable, parce que Da est la seule à préparer un breuvage aussi délicat. Il s'agit du notaire Loné, d'Occlève, d'Izma qui cuisine merveilleusement bien pour les habitants du bourg malgré la présence à ses côtés d'un fils tuberculeux qui risque de propager la maladie, de Fatal, aussi, qui informe Da de tout ce qui se trame à Petit-Goâve. Et puis, il y a Thérèse qui va se marier à quarante ans et qui s'inquiète d'être encore vierge à l'aube de ses épousailles, et maître Tirésias qui tente d'instruire les enfants... Et d'autres encore, d'autres qui se trouvent à la solde de la dictature qui puise sa légitimité dans un contexte socio-politique glauque, alcoolisé.
Ce roman est autobiographique. C'est sa jeunesse que nous conte
Dany Laferrière, à petites touches imagées, animées, sensibles. Les uns et les autres évoluent sous notre regard : parfois c'est amusant, parfois c'est tragique, comme lorsque le fils d'Izma décède. Chaque événement de ce quotidien bariolé conduit Vieux Os à se poser des questions essentielles sur le sens de la vie : l'amour, la mort, la responsabilité... Mais rien de lourd ni d'oppressant. Ce roman est un hymne à la vie, un "manifeste d'amour adressé par l'auteur à sa grand-mère qui l'a élevé".
Et lorsque la répression de la dictature des Duvalier arrivera soudainement à Petit-Goâve, avec brutalité, l'auteur sait nous transmettre le sentiment d'incompréhension qui envahit les acteurs de son récit, sans grandiloquence. L'inquiétude sourd dans la communauté et l'oblige à développer encore davantage la solidarité qui la ligue. Vieux Os, pour sa sécurité, devra quitter le bourg, rejoindre sa mère, mais il reviendra sur les lieux de son enfance trente années plus tard. Il a "pris tant de plaisir à être à Petit-Goâve qu'il n'a pas vu le temps passer".
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