ISBN : 2923713303
Éditeur : Mémoire d'Encrier (2010)


Note moyenne : 3.88/5 (sur 25 notes) Ajouter à mes livres

Le 12 janvier 2010, Dany Laferrière se trouvait à Port-au-Prince. Un an après, il témoigne de ce qu'il a vu. Sans pathos, sans lyrisme. Des "choses vues" qui disent l'horreur, mais aussi le sang-froid des Haïtiens. Que reste-t-il quan... > voir plus
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Critiques et avis

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  • Par raton-liseur, le 05 février 2012

    raton-liseur
    En ce tout début de mois de février, presqu'exactement deux ans plus tard, le festival « Etonnants Voyageurs », dont la précédente édition avait été annulée pour cause de séisme, se tient enfin comme promis à Haïti. Revanche sur le sort aveugle ? Symbole d'une culture qui se réinvente alors que la reconstruction physique n'est toujours pas finie ? le séisme a été au cœur de toutes les interventions, ressassement sans fin d'une élite intellectuelle traversée par cet évènement et dont chaque écrivain, chaque poète, à sa façon propre, s'interroge sur la répercussion de cet évènement dans son œuvre individuelle et dans la culture collective.
    Entendant Dany Laferrière, célèbre auteur Haïtien exilé depuis longtemps au Canada, dans un de ces débats, j'ai voulu lire le livre qu'il a écrit sur l'évènement. Il était à Haïti, ce fameux 12 janvier, deux jours avant le début de ce festival dont il est vice-président et qui n'aura finalement pas lieu.
    Ce livre n'est pas un roman. C'est une collection de souvenirs, d'impressions. Il explique lui-même qu'il a toujours un petit carnet noir sur lui, pour noter ses idées où qu'il soit et que, lors du séisme, il a écrit frénétiquement, pensant que, s'il était dans la bulle de son écriture, la mort ne pourrait l'atteindre. J'ai l'impression, en lisant ce livre d'ouvrir directement ce carnet noir, et les sensations brutes de cet homme, confronté à une catastrophe qui le prend au dépourvu. Comme disait un autre auteur (Yanick Lahens) dans ces mêmes débats, il faut faire œuvre littéraire, prendre le matériau du séisme et de sa cohorte de drame pour faire œuvre littéraire. On ne peut pas dire que le livre de Dany Laferrière est une œuvre littéraire. C'est un témoignage, le récit d'une personne qui était là, mi-étranger (il sera évacué par les Canadiens) et mi-homme du lieu dont la famille proche aura survécu.
    Ceci posé, je peux dire ce que ce témoignage m'inspire, sans juger de la qualité littéraire du livre. Et je dois avouer que, passées les premières pages et la catastrophe elle-même, ce témoignage m'a surpris. Il me paraît étrangement froid, distancié, extérieur à ce qui l'entourent. La réconfortante odeur du café semble plus importante que les détresses qui l'entoure, comme s'il avait préservé autant que possible une vie normale dans le chaos qui l'entourait. Traversant la ville pour aller au restaurant quelques semaines après le séisme et voyant les tentes où s'entassent les gens qui n'ont plus rien « [il se] demande comment font les gens pour dormir dans la boue, chaque nuit. » (p. 79, “Un tremblement de corps”). Et il passe à autre chose, retourne à son quotidien sans s'appesantir plus sur la question. C'est comme si seul son drame individuel, sa capacité personnelle à assimiler l'évènement était la seule chose qui l'intéressait.
    Qu'on ne s'y méprenne pas, je ne critique pas son attitude, je ne demande pas qu'il ait été un héros volant au secours de la veuve et de l'orphelin. Ce qui me dérange dans ce livre, c'est justement ce hiatus entre ce qui me semble le but avoué de ce livre, être un porte-parole de ce peuple haïtien qui relève la tête et fait face, et le contenu du livre, centré sur sa personne. Au final, les deux s'annulent pour donner un témoignage fade et, me semble-t-il, convenu. Des jolies phrases qui font mouches émaillent certes ce récit, mais pas assez pour transmettre ni l'émotion d'un homme ni celle d'un peuple.
    « Pour Homère si les dieux nous envoient des malheurs c'est pour qu'on en tire des chants. » (p. 36, “Mon neveu”). Il aurait fallu choisir sa voix, ce livre n'a pas trouvé la sienne.
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    • Livres 5.00/5
    Par carre, le 07 avril 2012

    carre
    Le 12 janvier 2010, à 16h53 exactement Dany Laferrière se trouve à Port-au-Prince, pour participer au festival "Les Etonnants Voyageurs" cher au formidable Michel le Bris qui doit débuter le lendemain. 6h53 exactement, Port-au-Prince est victime d'un effroyable séisme qui va semer morts et chaos dans le pays. Un an après cette catastrophe, Laferrière se fait le témoin de ce drame vécut,.Une minute, une interminable minute qui va transformer en ruines la capitale haitienne.
    Un récit forcément bouleversant mais au délà de l'effroyable drame, c'est l'incroyable courage d'un peuple déjà marqué par une grande misère qui se relève une nouvelle fois. Comment, alors que le malheur jonche les rues, les survivants font rejaillir la vie, l'espoir avec un volonté et une croyance extraordinaire. Sans pathos, Laferrière dans une prose métaphorique magnifique, nous livre son témoignage avec une décence, un respect et un amour pour ce pays qui nous transit d'amour et d'admiration. Oui la culture fait aussi rejaillir l'espoir et la lumière.
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    • Livres 4.00/5
    Par luocine, le 03 juillet 2011

    luocine
    Je savais que je lirai le livre de Dany Laferrière sur le tremblement de terre à Haïti j'avais tellement apprécié « L'énigme du retour », je n'étais pas pressée car évidemment, je ne m'attendais pas à un livre d'actualité.
    Son livre est réussi, d'abord parce qu'il aide à comprendre ce que peut être une catastrophe de cette ampleur. Pour moi, les mots sont plus forts que les images, et je regarde de moins en moins les actualités à la télévision, je trouve que ça nivelle tout et qu'on perd tout sens critique.
    Le livre de Dany Laferrière restera donc, pour moi, le témoignage de ce qui s'est passé le 12 janvier 2010 à 16 heures 53. Heure à partir de laquelle « notre mémoire tremble » nous dit-il avec cet art de dire les choses les plus graves sans pour autant larmoyer.
    On retrouve à travers sa déambulation pour savoir si les siens sont encore en vie, la société Haïtienne dans toute sa variété. Sa famille ses amis toujours occupés à résoudre les problèmes du quotidien.
    On y retrouve la passion de l'auteur pour les artistes de son pays, son mépris pour ceux qui veulent réduire Haïti aux rites vaudou, beaucoup de remarques très intéressantes sur la façon de traverser une catastrophe comme ce photographe qui mitraille l'horreur sans trop se poser de questions.
    Dany Laferrière sait faire aimer son pays et ses habitants, et lorsque j'ai senti l'humour poindre à travers ses propos j'ai pensé que la vie reprenait tous ses droits :
    « Un seul endroit a été épargné : le jardin dans lequel on s'est retrouvé maintes fois pour discuter de Tolstoï, de Joyce ou de Dieu (Frankétienne ne s'embarrasse pas du menu fretin). »


    Lien : http://luocine.over-blog.com/
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    • Livres 5.00/5
    Par simae, le 03 mai 2011

    simae
    Premier livre de Dany Laferrière pour moi, mais également premier livre sur cette catastrophe du 12 janvier 2010. Il y avait de quoi faire dans l'horreur détaillée ou le pathos larmoyant...il n'en est rien. Dany Laferrière n'écrit pas un roman, il nous transmet juste ses impressions personnelles sur le drame qu'a vécu son pays. Il était sur place, a eu la chance d'être rapatrié au Canada 2 jours après, il est revenu ensuite... Il a pris des notes dans un petit carnet sur l'instant car "à partir de 16h53, notre mémoire tremble". Ce livre regroupe également ces réflexions sur les mois qui ont suivi.
    Le séisme a ravagé une grande partie de Port-au-Prince, dont beaucoup d'édifices publics. C'est un drame humain mais également pour la culture et le patrimoine du pays, sans parler de l'économie et de la santé...
    "Je me promène un moment dans le jardin, tout étonné de constater que les fleurs les plus fragiles se balancent encore au bout de leur tige. le séisme s'est donc attaqué au dur, au solide, à tout ce qui pouvait lui résister. le béton est tombé. La fleur a survécu."
    "On vit un double malheur : un malheur individuel (on a perdu des amis ou des parents) et un malheur collectif (on a perdu une ville)."
    On suit ses pensées sur l'avant et l'après séisme. Il parle de son pays, de son peuple, tout simplement.
    "Ces gens sont tellement habitués à chercher la vie dans des conditions difficiles qu'ils porteront l'espérance jusqu'en enfer."
    J'ai particulièrement apprécié le passage où il critique l'image que les médias du monde entier ont voulu faire passer (pillages, émeutes,etc.). Les personnes sur place ont toutes démenties ces évènements. Des bousculades au moment des distributions d'eau et de nourriture...comment peut-il en être autrement dans de pareils moments?? "On a vu un peuple digne, dont les nerfs sont assez solides pour résister aux plus terribles privations."
    Lui aussi porte l'espérance, celle d'un pays qui se relève et qui pourrait tirer une petite chance de ce terrible évènement...encore faut-il la saisir cette chance...ou avoir la possibilité de le faire... "Rien ne nous retient. Plus de prison, plus de cathédrale, plus de gouvernement, plus d'école, c'est vraiment le moment de tenter quelque chose. Ce moment ne reviendra pas. La révolution est possible, et je reste assis dans mon coin."
    L'écriture est posée mais pas dramatique. Une petite touche d'humour parfois "Tu arrives au boulot en retard, c'est dû au traumatisme post-séisme, même si tu n'as jamais été à l'heure avant."
    Il reste que l'on n'entend de nouveau plus parler d'Haïti...la reconstruction? Qui est capable de nous dire où cela en est?? Quelques images, quelques reportages lors de la date anniversaire mais rien d'autre...
    Sur place, les gens se débrouillent avec ce qu'ils peuvent, les petites associations tentent d'apporter de l'aide autour d'eux, mais où sont partis les gros moyens?? Que reste-t-il de ce grand élan mondial pour la reconstruction d'Haïti??

    Lien : http://lebacalivres.blogspot.com/2011/05/tout-bouge-autour-de-moi-de..
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    • Livres 4.00/5
    Par Chouchane, le 15 avril 2011

    Chouchane
    Tout bouge autour de moi est un récit déchiré en morceaux comme la "ville brisée" que Laferrière parcourt. 128 morceaux de sa vie après le tremblement de terre à Haïti :"La minute", "Le silence", "Un homme en deuil", "La chambre", "Un verre d'eau", "La tendresse du monde"... de ce puzzle émerge lentement mais avec pénétrance ce chaos de morts et de vivants. Les morts alignés dans les rues par on ne sait qui, les morceaux de pains que l'on va récupérer sur la table du restaurant de la veille et qui sont toujours là comme une offrande, se laver avec l'eau de la piscine, la grand-mère qui chantonne à son petit fils pour éloigner de lui l'anxiété et La peur. Dans ce bouleversement total, il s'agit de vivre et d'insuffler de l'énergie pas de s'effondrer une seconde fois. Chacun des chapitre enserre un fragment de vie, l'histoire d'une vieille chaise à réparer précède la question de l'existence de Dieu et tout cela s'emboîte très bien. Les phrases semblent être des aphorismes "Depuis hier, j'ai perdu la notion du temps. Je sais maintenant qu'une minute peut cacher en elle la vie d'une ville" et l'amour de la poésie perpétuellement répété. Ce n'est pas simplement un livre à lire, c'est un livre à relire, à réfléchir.
    Il y a des passages qui parleront à tous les passionnés de lecture.
    "... elle passait son temps à lire. Les hommes l'évitaient soigneusement. C'est par elle que j'ai compris tout l'aspect subversif d'une femme en train de lire dans une petite ville de province. Comment la déranger pendant qu'elle conversait avec Stefan Zweig ?"
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Critiques du Magazine Littéraire



  • Critique de Bernard Quiriny pour le Magazine Littéraire

    L'écrivain haïtien Dany Laferrière raconte dans son dernier livre, Tout bouge autour de moi, son expérience du séisme qui a ravagé l'île le 12 janvier 2010. Au début j'ai cru percevoir le bruit d'une mitrai... > lire la suite

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Citations et extraits

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  • Par carre, le 25 mars 2012

    En voyage, je garde toujours deux choses sur moi : mon passeport (dans une pochette accrochée à mon cou) et un calepin noir où je note tout ce qui traverse mon champ de vision ou qui me passe par l'esprit. Alors que j'étais par terre, je pensais aux films catastrophe, me demandant si la terre allait s'ouvrir et nous engloutir tous. C'était la terreur de mon enfance.
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  • Par claracambry, le 22 janvier 2011

    Je m'attendais à entendre des cris, des hurlements. Rien. On dit en Haïti que tant qu'on n'a pas hurlé, il n'y a pas de mort. Quelqu'un a crié que ce n'était pas prudent de rester sous les arbres. En fait, c'était faux, car pas une branche, pas une fleur n'a bougé malgré les quarante-trois secousses sismiques de cette première nuit. J'entends encore ce silence.
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  • Par Chouchane, le 15 avril 2011

    Mais pendant 10 secondes, ces terribles 10 secondes, j'ai perdu ce que j'avais si péniblement accumulé tout au long de ma vie. Le vernis de civilisation qu'on m'a inculqué est parti en poussière - comme cette ville où j'étais. Tout cela a duré 10 secondes. Est-ce le poids réel de la civilisation ? Pendant ces 10 secondes, j'étais un arbre, une pierre, un nuage ou le séisme lui-même. Ce qui est sûr c'est que je n'étais plus le produit d'une culture.
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  • Par raton-liseur, le 05 février 2012

    Certaines personnes parviennent à danser ainsi sur les braises. On les traite d’insouciants ou d’irresponsables sans savoir que ce sont pourtant des êtres d’une force d’âme exceptionnelle. S’ils ont traversé cette époque sanglante avec une humeur égale, c’est qu’ils estiment qu’on n’a pas besoin d’ajouter son drame personnel au malheur collectif. (…) Cette grand-mère, pas loin de moi, est en train de remplacer, dans la tête de son petit-fils, ces images horribles par des chansons et des mythologies qu’elle tire de sa mémoire vacillante. (p. 49, “La conversation du matin”).
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  • Par Orphea, le 05 juillet 2011

    Le séisme n'a pas détruit Port-au-Prince, car on ne pourra construire une nouvelle ville sans penser à l'ancienne. Le paysage humain compte. Et sa mémoire fera le lien entre l'ancien et le nouveau. On ne recommence rien. C'est impossible d'ailleurs. On continue. Il y a des choses qu'on ne pourra jamais éliminer d'un parcours : la sueur humaine. Que fait-on de ces deux siècles, et de tout ce qu'ils contiennent, qui ont précédé l'année zéro ? Les jette-t-on à la poubelle ? Une culture qui ne tient compte que des vivants est en danger de mort.
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« L'art de perdre les choses » par Dany Laferrière
« L'art de perdre les choses » est extrait de « L'Art presque perdu de ne rien faire », par Dany Laferrière. Regardez aussi « L'art de changer de café » et « L'art d'aimer » !








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