ISBN : 2081221225
Éditeur : Flammarion (2011)


Note moyenne : 4.75/5 (sur 4 notes) Ajouter à mes livres
Emile est morte, Emile est en train de mourir, son corps à 33°, victime de mort subite, dans un café elle est tombée. La narratrice, une danseuse qui ne danse plus, raconte son amie, sa presque soeur dont le coeur s'est arrêté. Liées toutes les deux par une expérience m... > voir plus
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Critiques et avis(3)

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    • Livres 5.00/5
    Par LiliGalipette, le 26 mai 2011

    LiliGalipette
    « Ceci est le journal de ta mort subite. » (p. 11) Emile, la meilleure amie, la presque sœur, de la narratrice s'effondre dans un café. Reliée à des machines, le corps à 33°, Emile est morte. Son cœur s'est arrêté. Une autre machine la ramène, le cœur d'Emile repart. « Quand j'ai commencé à prendre des notes, il me semblait que tant que je t'écrivais tu ne mourrais pas. » (p. 125) Pendant les quelques jours où Emile n'est pas, la narratrice écrit leur histoire, leur amitié fondée sur le viol, leur passion commune pour la danse ique. Et lentement, la narratrice dévoile ses peurs, raconte la danseuse qu'elle n'est plus, la victime qu'on refuse de défendre. Après tout, elle n'est qu'une « petite Roumaine pâle aux vêtements soigneusement choisis le matin pour « faire sérieuse », assise droite sur la chaine d'une institution du pays des droits de l'homme. » (p. 306)
    Un soir, la narratrice rencontre la Petite Fille au Bout du Chemin. Qui est-elle, celle-là qui lit et relit une notice de médicaments, qui écrit et recopie des pages entières ? N'est-elle que la copie d'un vieux film ? Non, elle est un des oiseaux de la tempête qui s'annonce. La Petite Fille au Bout du Chemin donne un nom à la danseuse brisée qui devient Voltairine. Ensemble, elles s'engagent sur la voie du Non : non à l'injustice, non au silence complaisant. La Petite Fille lance des questions au monde comme autant de passerelles entre les êtres. Ses banderoles et ses tags sont des devoirs de mémoire et des appels à la contestation.
    Le récit s'inscrit dans un paysage où flotte le spectre d'une Élection passée. Est-ce un monde légèrement futuriste ou la mise en scène de ce qui aurait pu être après un certain scrutin ? La répression, le racisme, les violences policières, tout cela nous est connu, mais on ressent un léger décalage, une terreur insidieuse se glisse en toute chose. L'Élection fait référence à une pratique démocratique, mais tout pointe un état policier, un glissement vers la dictature. « Depuis l'Élection, tu peux bien chercher, l'évasion cérébrale, même momentanée, est impossible ! Enfin, c'est plutôt qu'elle nous est vendue comme impensable et dépassée, oui, comme un truc d'un autre siècle de se bagarrer. » (p. 172) Maintenant, il faut rester dans le rang, agir normalement. « Normalement », ce sont les normes du régime bien entendu. La Petite Fille, incarnation lumineuse de la Justice, ne prône pas l'anarchie mais appelle à l'insurrection, seule façon de rester vivant. Toutefois, bien que fortes de leurs idéaux et d'un idéal de liberté, les Petites Filles au Bout du Chemin ne peuvent échapper à l'institution policière qui semble s'installer partout. le moule aveugle du bien-pensant n'en finit pas de vouloir se refermer sur elles. « N'être coupable de rien quand on est griffée de tout rend l'innocence bien pesante. » (p. 245)
    La danseuse Sylvie Guillem (Mademoiselle Non) et l'anarchiste Voltairine de Cleyre traversent à l'envi les pages de ce merveilleux roman. Qu'incarnent-elles si ce n'est le mouvement ? Alors que la plus sublime féminité exsude des pages, on entend la voix de toutes les femmes qui ont dit Non, qui l'ont répété et qui, devant l'évidente mauvaise foi du monde, ont décidé qu'elles ne se tairaient plus, au risque d'y perdre toutes leurs plumes.
    Au journal initial se mêle les écrits de la Petite Fille au Bout du Chemin. Puis le journal devient mémoire pour répondre à la question : quelle est mon erreur ? Refusant toutes les notices du monde moderne qui emprisonnent le mouvement et la liberté, le roman suit des enchaînements oniriques et invisibles, mais où tout fait sens. Comme dans un merveilleux ballet, chaque geste parfait repose sur une infinité de détentes et d'élans que l'on n'a pas vus. Lola Lafon mesure le rythme de ses phrases, voire de ses mots. Tout est respiration. Il ne s'agit pas de mesurer son souffle, non il faut l'expulser, s'en faire crever les côtes, tout donner dans la course folle et haleter dans l'émotion.
    Il y a des textes qui happent dès la première page. Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s'annonce est de ceux-là. La quatrième de couverture parle d'un « conte insurrectionnel ». Oui, mais pas seulement. C'est un hymne à la fille présente en chaque femme, c'est une ode à la révolte dans les sociétés grises. Et surtout, c'est un roman comme j'aimerais en lire davantage : impeccablement construit, tendu vers l'au-delà des mots, nourri de musique et de danse, porté par une écriture ciselée, pudique et incroyablement puissante.

    Lien : http://lililectrice.canalblog.com/archives/2011/05/26/21206982.html
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    • Livres 4.00/5
    Par camille_alivreouvert, le 26 décembre 2011

    camille_alivreouvert
    (Billet écrit en mai 2011)
    Ce roman, c'est le portrait mouvant de trois jeunes femmes qui entrent en résistance.
    Il y a tout d'abord Emile que l'on croit morte d'un coeur trop fragile et son amie, sa presque-soeur la narratrice qui a cessé de danser ; toutes deux ont déjà été malmenées par la vie, et subissent la torpeur ambiante, anesthésiées dans une société française toujours plus répressive depuis l'Election.
    Puis il y a la petite fille au bout du chemin qui brandissant ses références historiques, littéraires, cinématographiques, interroge tout, n'admet rien au point de sembler perdre pied au regard des biens pensants.
    C'est leur rencontre et leur amitié qui créent l'étincelle.
    A elles trois, la sensibilité à fleur de peau, elles vont mettre des mots sur leur colère, concevoir leur révolte et se mettre en mouvement.
    Nous sommes les oiseaux de la tempête est un livre qui bouscule, qui réveille, mais c'est aussi livre magnifiquement écrit et empli de poésie.
    Des livres comme celui-ci on en aimerait plus souvent. Merci Lola.
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    • Livres 5.00/5
    Par OliZ, le 20 avril 2011

    OliZ
    Lola Lafon a la parole franche et le regard désabusé des observateurs circonspects de la marche du monde. Ses textes sont puissants et politiques, avec une pointe d'humour amer qui aiguise la révolte en l'habillant de recul. Les textes de Lola Lafon sont magnifiques, sans chercher l'esbroufe ou la posture. Directs et Volatiles.
    L'histoire commence avec une tempête qui ne s'arrête qu'à la dernière page.
    Dès le départ, le ton est donné. Des phrases courtes, rythmées, ciselées. Trois parties constituent la lecture avec des chapitres ayant des titres ou non. Des chapitres souvent très court, d'une, deux ou trois pages. Ceci donnant, accentuant le rythme de la lecture. Lecture pas toujours facile au demeurant ! Accessible mais pas facile. Je n'ai pas réussi à partir dans une lecture rapide malgré le rythme donné ... Je me suis retrouvé à prendre mon pas dans cette lecture, mon pas de danse qui s'est posé au fur et à mesure.


    Lien : http://alamagie-des-yeux-doli.over-blog.com/article-nous-sommes-les-..
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Critiques presse (1)


  • Lhumanite , le 18 juin 2011
    Pour que son amie dans le coma continue à vivre, une jeune femme lui écrit un « journal des jours non vécus ». Un livre sensible et radical, pour hâter la tempête sociale qui vient.
    Lire la critique sur le site : Lhumanite

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Citations et extraits

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  • Par OliZ, le 20 avril 2011

    Mais voilà que je ne veux pas être réparée. Sauvegardée. Rafistolée pour continuer à avancer. Je ne voudrais pas qu'on colmate ce que je m’acharne à défaire, à découdre. Vois-tu, je travaille à être insauvable, irrécupérable. Aussi fugace, irrattrapable et fragile qu’un moment dans le temps. Pour ne pas offrir de prise, il me faudra rentrer en silence comme on va en résistance. Et à toute interrogation, leur répondre : je ne sais pas, je me demande, je cherche. Je dépose des questions. Je fabrique des doutes.
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  • Par camille_alivreouvert, le 26 décembre 2011

    C'est l'histoire poison qu'on nous raconte et qu'on redemande inlassablement, notre préférée, celle qu'on reconnaît avant même qu'on nous en donne la fin, cette légende indispensable à notre sommeil. Celle à laquelle on croit avec la volonté d'y croire encore encore et sous toutes ses formes. C'est la légende reposante de l'impossible échappée et de ses conséquences, une légende si douce et triste à la fois, qu'on mâchonne depuis l'enfance. Fais attention. Tu vas te faire mal. Tiens un oiseau qui tombe, ne regarde pas. L'histoire de la menace qui guette celles qui s'aventurent là où on leur avait pourtant dit qu'il ne faudrait jamais aller, l'histoire de celles qui entrouvrent les portes et les nuits, enjambent des murs, parcourent les forêts, les rues, les parkings. L'histoire des Thelma et Louise qui trinquent à la belle vitesse de leurs voyages, aussitôt saisies, toujours rattrapées. Et qui, alors, pour se défendre, tuent comme par mégarde. Et elles ont beau continuer à courir encore, les voilà maladroites comme des bêtes décapitées de permission de promenade, sans autre solution que leur mort, une reddition définitive. Voilà ce qui arrive aux évadées.
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  • Par OliZ, le 20 avril 2011

    L'immobilité n'existait pas dans la danse, même quand il semblait qu'un corps était arrêté, en réalité, l'étirement sans fin des doigts tendait légèrement vers le mouvement suivant, « il faut presque de l'air entre chaque vertèbre », tu me répétais, ravie, « de l'a-i-r-r-r » arrondissant les bras au dessus de la tête pour former une couronne raide et tordue.
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  • Par OliZ, le 20 avril 2011

    Conspirons encore Voltairine ! Redevenons des bandites fiévreuses, des enfants acharnés à ne pas rester là où on nous pose. L'époque est dure aux voleuses de feu ... Il nous faudra bien redevenir impitoyables et, sans chaque atome de plaisirs vagabonds sans jamais en payer aucun prix ...
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  • Par OliZ, le 20 avril 2011

    Je peux supporter le mot mort. Mais pas autopsie. Pas fouiller jusqu'à l'obscénité de la béance, la transparence. Vouloir la gérer jusqu'à l'infini. La bitinelle.
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Vidéo de Lola Lafon

Lola Lafon lit "De ça je me console", éditions Flammarion








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