> Lori Saint-Martin (Traducteur)
> Paul Gagné (Traducteur)

ISBN : 2809802521
Éditeur : L'Archipel (2010)


Note moyenne : 3.75/5 (sur 12 notes) Ajouter à mes livres
Je n'ai jamais regardé ma soeur dans les yeux. Je n'ai jamais pris mon bain toute seule. Je n'ai jamais tendu les bras vers une lune ensorceleuse, la nuit, les pieds dans l'herbe. On ne m'a jamais embrassée comme ça. Et pourtant j'ai été aimée, ô combien aimée... " Tels... > voir plus
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Critiques et avis(4)

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    • Livres 5.00/5
    Par Melopee, le 11 juin 2011

    Melopee
    Rose et Ruby Darlen sont deux sœurs jumelles mais elles ne sont pas que cela, elles sont craniopages c'est-à-dire qu'elles sont reliées par la tête depuis leur naissance. Dans ce livre, Rose entreprend de livrer l'autobiographie de leur vie à toutes deux. Nées un jour de tornade à l'hôpital de St. Jude's de Leaford, les deux petites filles sont recueillies par tante Lovey et oncle Stash. Elles grandissent et développent des personnalités à part entière. Distinctes de par bien des manières, elles ont des centres d'intérêt différents : Rose aime le sport, écrire et la littérature en général et Ruby se passionne pour la télévision et la culture amérindienne.
    Si c'est bien entendu Rose qui se lance dans la grande entreprise d'écrire le roman de leur vie, Ruby vient au fil de la narration livrer son expérience, apporter son émotivité, ses craintes et ses espoirs. On oublie au fur et à mesure que Les filles sont reliées irrémédiablement et ne peuvent être séparées (elles partagent une veine essentielle). On s'attache à ces petits bouts de femmes qui sont bien loin d'être la bête curieuse à laquelle on s'attendrait avoir affaire.
    Ainsi, on est touché par le récit de cette enfance heureuse, entourées d'une famille aimante, les sœurs siamoises sont pleines de projets, de rêves. Elles mordent la vie à pleines dents : font des bêtises, découvrent l'amour, l'injustice du regard des autres. Elles n'oublient rien et compatissent aux opinions contraires : à la mère qui ne les a pas élevées, à Madame Merkel (la voisine) qui les craint, au prêtre qui refuse de les baptiser...
    Au fil du récit on se dit que, même s'il est difficile de comprendre et d'accepter ces êtres qui sortent de la "norme", les deux sœurs mériteraient d'être appréciées et écoutées.
    Puis la détérioration de leur état de santé laisse clairement à penser que Rose et Ruby sont menacées dans leur corps. Pleines de vie, elles profitent des instants de bonheur, elles voyagent, travaillent et rencontrent des gens. On croise donc les doigts pour qu'elles puissent continuer à croquer la vie doublement !
    Voilà un livre qui m'a profondément ému et marqué. J'en avais déjà entendu parler dans son édition canadienne mais cette parution française a achevé de me convaincre. Déjà, et même si cela peut paraître accessoire, j'ai adoré la couverture française que je trouve très belle et suggestive. Ensuite, j'ai particulièrement aimé la construction du roman avec l'alternance des points de vue (Rose/Ruby) qui accentue cette impression de deux personnalités bien affirmées.
    De plus j'ai trouvé que l'histoire gagnait en intensité grâce aux nombreux flash-bashs, grâce aux analogies des souvenirs racontés (le passé d'oncle Stash et de tante Lovey ont ainsi un fort écho dans la construction des filles).
    Pour moi, ce livre est un coup de cœur ! Et il s'est imposé d'emblée car le style de l'auteur m'interpelle et la narration et si rondement menée qu'on ne peut qu'y trouver une résonance dans sa propre histoire individuelle.
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    • Livres 4.00/5
    Par leolechat, le 28 septembre 2011

    leolechat
    Voici un roman peu banal, dont la narration se fait sous la forme d'un journal intime rédigé par deux soeurs jumelles, Rose et Ruby Darlen. Nées un soir de tornade, elle sont abandonnées par leur génitrice et recueillies par "L'infirmière Darlen" qui deviendra par la suite "Tante Lovey", leur mère d'adoption.
    Les deux soeurs ont des personnalités diamétralement opposées. L'une est férue de littérature et apprécie tout particulièrement le baseball, la seconde est téléphage et passionnée par la culture amérindienne. Comme la plupart des soeurs, elles vivent une relation passionnnée, balançant entre la complicité et la rivalité, naviguant souvent entre l'amour et la haine.
    Mais, Rose et Ruby, outre leurs liens familiaux, ont une particularité : elles sont jumelles craniopages, une anomalie rarissime qui rend leur séparation impossible. Condamnées par leur handicap à vivre reliées l'une à l'autre toute leur vie, elles sont obligées de régler leurs pas l'une sur l'autre, de vivre en bonne entente et faire des concessions mutuelles, ce qui n'est pas sans causer d'affrontements au quotidien.
    La force de l'auteur est de nous livrer un roman qui porte une vision lucide sur le handicap et sur le regard (pas toujours clément) des autres sur la différence, sans jamais tomber dans le pathos ou le discours moralisateur.
    J'ai trouvé cette lecture passionnante de bout en bout, avalant pratiquement d'une traite les 360 pages de ce roman et j'ai éprouvé beaucoup d'empathie pour les personnages centraux, jamais mièvres ou larmoyants, mais profondements humains.
    Un seul bémol cependant, concernant le titre du roman ! Pourquoi avoir choisi un titre aussi banal pour ce livre ? J'avoue que si la couverture n'avait pas été aussi attractive, j'aurais passé mon chemin !
    Sinon, j'ai vraiment eu un gros coup de coeur pour ce roman !


    Lien : http://leslecturesdisabello.blogspot.com/2011/09/les-filles-de-lori-..
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    • Livres 4.00/5
    Par latina, le 13 novembre 2011

    latina
    J'ai été vraiment touchée par ce roman très humain, qui donne le point de vue de 2 soeurs "attachées". Malgré ce handicap, elles veulent vivre comme tout le monde, aidées dans ce sens par mère adoptive qu'elles appellent "tante Lovey". Cette femme au grand coeur n'a jamais voulu s'apitoyer sur leur sort et leur a donc permis de vivre véritablement. C'est comique à certains endroits, touchant à beaucoup d'autres, et bouleversant aussi par moments. Oui, vraiment, je conseille ce livre à ceux qui ont tendance à se plaindre...souvent, pour des peccadilles.
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  • Par keisha, le 05 avril 2010

    keisha
    "Je n'ai jamais regardé ma soeur dans les yeux."
    A vingt-neuf ans, Rose et Ruby sont les plus vieilles jumelles craniopages de la planète (on dit aussi "siamoises"), mais vivent une vie quasiment ordinaire à Leaford, une toute petite ville de l'Ontario. Quelques amis, un job à la bibliothèque, des passions, le baseball et l'écriture pour l'une, la recherche d'objets historiques indiens pour l'autre.
    Rose a décidé, pour une raison que l'on découvrira, d'écrire l'histoire de sa vie, suivie par Ruby, mais à contrecoeur. Chacune ne lit pas ce qu'écrit l'autre, et ces deux voix mettent en lumière les différences entre les deux soeurs et l'amour qu'elles se portent.
    Aucun voyeurisme dans cette histoire qui aurait pu facilement déraper, mais la vie, tout simplement. L'auteur sait habilement distiller les informations, petit à petit. En particulier sur l'admirable couple formé par Oncle Stash et Tante Lovey qui ont adopté Les filles. Beaucoup d'humour et de tendresse dans ce joli roman, tonique et prenant.
    "Tant de choses ne me sont pas arrivées et pourtant j'ai été aimée, ô combien aimée. Et si l'occasion m'en était donnée, je vivrais mille vies comme celle que j'ai vécue pour être aimée de façon aussi absolue."
    L'auteur : Originaire de l'Ontario, où d'ailleurs se déroule le roman Les filles, elle vit à Los Angeles.

    Lien : http://en-lisant-en-voyageant.over-blog.com/article-les-filles-44313..
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Citations et extraits

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  • Par latina, le 15 novembre 2011

    Il n’a jamais été question que je puisse être séparée de Ruby. Sachant que c’était impossible, nous avons déclaré que, même dans le cas contraire, nous n’en ferions rien. Pourtant, je nourris une fiche vie fantasmatique dans laquelle je me conjugue au singulier. Mon bras droit m’appartient. Ma jambe droite est exactement de la même longueur que ma jambe gauche. Sur ma hanche, je ne trimballe rien d’autre qu’un sac en cuir à la mode. La chirurgie esthétique a corrigé mes traits, et j’ai le jolis minois de ma sœur. Je suis mystérieuse. J’habite seule dans un appartement petit mais chic de Toronto, au dernier étage, avec vue sur le lac. Je prends de longs bains de mousse, entourée d’au moins une douzaine de chandelles. Je suis un écrivain bien connu et j’ai un amant poète (en fait, j’en ai plusieurs – pas tous poètes) pour qui je m’habille de façon provocante. (Ah oui, j’oubliais : dans ce rêve éveillé, j’ai aussi de gros seins bien galbés.)
    Pour éviter tout malentendu, je précise que mes fantasmes sont moins l’expression d’un désir ardent qu’une façon de me changer les idées.
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  • Par latina, le 15 novembre 2011

    Un jour, après la messe, tante Lovey demanda au père Pardo, comme elle l’avait déjà fait à maintes reprises, de fixer la date de notre baptême.
    Le vieux prêtre hésita, mécontent d’avoir à souligner ce qui sautait pourtant aux yeux.
    - Il ne m’appartient pas de juger. Mais certains paroissiens plus âgés … Quelques paroissiens plus âgés sont d’avis qu’elle…
    Il nous jeta un coup d’œil, à Ruby et à moi, en train de gigoter dans le landau surdimensionné.
    - …est…Il vaudrait mieux attendre l’intervention chirurgicale, dit-il en tapotant le bras de tante Lovey.
    Tante Lovey informa le père Pardo qu’il n’y aurait pas d’intervention, qu’il n’y avait pas d’intervention possible, peu importe ce qu’il pouvait penser ou les rumeurs qu’il avait entendues.
    - Nous en reparlerons, mon père. Je suis convaincue que vous verrez que mes filles sont parfaites. Après tout, c’est Dieu qui les a faites.
    - Les défécations sont aussi l’œuvre de Dieu, mais il ne me viendrait pas à l’idée d’en baptiser une.
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  • Par latina, le 15 novembre 2011

    Une nuit, Ruby avait mystérieusement cessé de respirer, et mes hurlements effrayés les avaient tirés du sommeil.
    Certains sont d’avis que notre vie de jumelles conjointes est une malédiction. Pour ma part, j’estime que nous avons de la chance de vivre une symbiose si parfaite que nous pouvons, comme nous l’avons prouvé cette fois-là, crier : « Au secours ! A l’aide ! » Imaginez un instant qu’un mari soit en mesure de reconnaître au premier signe que sa femme a cessé de l’aimer e »t qu’il puisse rallumer la flamme avant qu’il ne soit trop tard. Ou qu’une mère se rendre immédiatement compte que son enfant s’engage sur le mauvais chemin alors que ce dernier est encore assez proche pour l’entendre crier : « Pas par là ! Tu fais fausse route ! » Si nous tenons le coup, Ruby et moi, c’est justement grâce à notre connexion.
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  • Par latina, le 15 novembre 2011

    Je n’ai jamais regardé ma sœur dans les yeux. Je n’ai jamais pris mon bain toute seule. Je n’ai jamais tendu les bras vers une lune ensorceleuse, la nuit, les pieds dans l’herbe. Je ne suis jamais allée aux toilettes dans un avion. Je n’ai jamais porté de chapeau. On ne m’a jamais embrassée comme ça. Je n’ai jamais conduit une voiture. Ni dormi d’une seule traite du soir au matin. Je n’ai jamais eu un entretien en privé. Je n’ai jamais marché en solitaire. Jamais grimpé dans un arbre. Je ne me suis jamais perdue dans une foule. Tant de choses ne me sont pas arrivées et pourtant j’ai été aimée, ô combien aimée. Et si l’occasion m’en était donnée, je vivrais mille vies comme celle que j’ai vécue pour être aimée de façon aussi absolue
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  • Par latina, le 15 novembre 2011

    Ma sœur et moi avions l’habitude de la partie de ping-pong que jouaient les yeux de ceux qui nous voient pour la première fois : certaines personnes fixent l’endroit où nos têtes sont soudées, mais la plupart vont d’un visage à l’autre. La première fois, les plus raffinés – nous en avons rencontré très peu, et toujours à Toronto – font comme si notre situation n’était ni choquante ni même très surprenante. Comme s’ils connaissaient des dizaines de jumeaux craniopages et qu’ils avaient eu leur dentiste craniopage à dîner le week-end précédent. Ils établissent aussitôt le contact visuel avec nous. Et ils ne posent jamais de questions personnelles. (Les personnes raffinées sont les pires).
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