Tentons d'entrer dans l'esprit d'un psychopathe en essayant de comprendre ce qu'est le blast :
« C'est un mot anglais difficilement traduisible… Ca correspond à l'effet de souffle, l'onde de choc d'une explosion… Une explosion, c'est une onde de surpression… Si elle se propage plus vite que le son et qu'elle entre dans votre corps, elle provoque des dégâts internes considérables… Vous vous retrouvez alors avec cette surpression d'un côté et la pression atmosphérique de l'autre… Suspendu pendant une fraction de seconde, détruit de l'intérieur avant même que la chaleur ou les débris ne vous atteignent… le blast, c'est cet instant-là. »
A la poursuite de cette sensation, Polza, la grasse carcasse, renonce à tout. Il faut dire que la mort de son père l'y a bien aidé. Détaché de ces liens familiaux qui l'obligeaient à incarner un être socialement acceptable sous toutes les coutures, en tant que fils mais aussi en tant que frère et époux, Polza se lance dans un long cheminement qui se veut spirituel, mais qui ne peut toutefois se passer de barres au chocolat et de bouteilles d'alcool. On sait tout de suite quelle sera l'arrivée de ce cheminement : le poste de police, à l'intérieur duquel, au cours d'un interrogatoire, Polza nous raconte les déboires qui l'ont conduit jusqu'ici. le premier tome ne nous permettra toutefois pas de comprendre les raisons qui l'ont poussé à commettre un assassinat. Mais on a le temps de l'apprendre puisque cinq tomes sont prévus pour cette série…
« Plus personne à décevoir ou à embarrasser, à préoccuper ou à accabler, affranchi des fers familiaux, j'étais illimité. L'éventail incroyable des possibilités donnait le vertige. »
Tentative audacieuse s'il en est,
Manu Larcenet veut nous présenter son personnage, en apparence gras, lâche et violent, comme un homme qui veut se détacher de sa condition et qui, faisant preuve d'un grand courage et d'une passion pour la liberté, accepte de se détacher de tous les liens qu'il avait réussis à créer au cours de son existence.
Ses divagations et autres théories en tout genre sont exquises et, si elles ne sont pas forcément la preuve de l'intelligence et de la lucidité de Polza, elles sont en tout cas la preuve d'une pensée originale et non dépourvue d'humour.
« L'alcool, au même titre que n'importe quel produit qui modifie la perception, est un formidable outil d'expérimentation intellectuelle. Hypocrite époque qui exalte les modifications corporelles douloureuses… Souffrir pour maigrir, se muscler la viande ou s'affermir le croupion… Se tatouer, se percer, se gonfler de plastique, se faire drainer la graisse comme on vide une fosse septique, se faire charcuter le nez, les joues, les lèvres, les mamelles, les complexes… Mais dès qu'on exprime le désir de se modifier l'esprit, surtout au travers ‘une délicieuse ivresse, on devient un méprisable déséquilibré… »
Le dessin sombre et griffonné colle parfaitement avec l'ambiance et le ton du propos. Il alterne entre des scènes au commissariat, qui confrontent Polza et ses deux chefs interrogateurs, et des scènes à l'extérieur, dans la campagne ou dans la forêt, peuplées d'animaux et de marginaux avec lesquels Polza ne pourra pas s'empêcher d'entrer en contact, avant de poursuivre son cheminement, toujours aussi solitaire que possible.
Seules les scènes de Blast sont un peu décevantes, et n'arrivent pas à la hauteur des descriptions de Polza. Si ce n'est l'explosion des couleurs et les dessins d'enfants, le Blast, accompagnée de visions étonnantes de moais, n'a rien d'exceptionnel. Mais peut-être
Manu Larcenet est-il à la recherche du Blast ultime, lui aussi ?
Affaire à suivre avec les autres tomes…
Lien : http://colimasson.over-blog.com/article-blast-tome-1-grasse-carcasse..