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ISBN : 2266004050
Éditeur : Pocket (1998)


Note moyenne : 3.94/5 (sur 17 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Jean Lartéguy met en scène un groupe d'officiers qui, sous l'action des événements, se sont éloignés de l'armée traditionnelle pour devenir des révolutionnaires, certains même des aventuriers. «Rééduqués» dans un camp Vietminh après Dien-Bien-Phu, ils ne redeviennent pa... > Voir plus
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Critiques, analyses et avis (2)

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    • Livres 5.00/5
    Par hexagone, le 20 mars 2011

    hexagone
    C'est un fait d'actualité et une dépêche lus d'un oeil, qui m'ont fait m'interresser aux centurions de Jean Lartéguy.
    La première est le décès voici peu de cet homme illustre.
    Illustre par ses parcours de combattant et d'écrivain. La seconde est que son livre " Les centurions " soit le livre de chevet de certains généraux américains impliqués dans la guerre Afghane.
    Deux raisons biens valables.
    La première question qui me soit venue à l'esprit est pour quelle raison des généraux américains s'intéressent-ils à un livre écrit voici il y a cinquante ans par un écrivain français.
    Renseignements pris me voila plongé en quête du livre qui... n'est plus disponible.
    Petit aparté pour rendre hommage à internet et à ses nombreux sites de vente d'occasion qui font la joie des lecteurs désapointés par le manque de réaction et d'initiative de l'édition française.
    Comment se fait-il qu'un livre placé sur un tel piedestal ne soit pas réédité ? Cherchez l'erreur !
    Allez, continuons notre chronique.
    Prise en main du livre, vieux, usager, racorni et odoriférant. Il a vécu, il a roulé sa bosse. Malmené, trituré mais toujours présent et plus riche encore de ses expériences.
    Comme les centurions qui sont la charpente de ce chef d'oeuvre.
    N'ayons pas peur des mots, s'en est un.
    De la jungle asiatique après la défaite de Dien Ben Phu, aux cinglantes rafales de la mousson, la vie s'organise dans ce camps de prisonniers. Ils vont y passer 4 ou 5 ans.
    Ils vont assimiler ce qui fait la doctrine des viethmin, un communisme triomphant qui va modeler le monde et fomenter d'autres batailles, d'autres systèmes ponctués de meurtres, d'amour et de camaraderie.
    Il y a là Raspéguy, Boisfeuras, Merle, Esclavier etc...
    Cette poignée d'officiers français meurtris par cettte défaite indochinoise vont rentrer en France.La vie est bien différente ici. Les français n'ont pas vécu ce conflit éloigné, certains ne comprennent rien, d'autres jugent. En tout cas c'est suffisamment de sarcasmes pour rendre amer ce retour au pays.
    Ces hommes ont été chamboulés par les pluies de mortier, par la mort cruelle et soudaine des copains, parfois par l'amour et souvent par le charme de l'Asie.
    Comment reprendre le fil d'une vie de famille, entouré de femme et enfants, comment satisfaire une maîtresse qui n'a pas les charmes des asiatiques ?
    On peut brûler la vie par les deux bouts, se satisfaire d'une médaille plantée au revers d'un veston, mais cela remplit-il la vie d'un homme ?
    Mal à l'aise, déconvenus, nos centurions rongent leurs freins dans cette société qui ne leur correspond plus.
    Et puis il y ce fantôme qui avance sur le monde : le communisme.
    Et ce sont les premiers événements en Algérie.
    On a besoin d'hommes aguerris, expérimentés, qui tiennent la route.
    Nos officiers rempilent pour le X ème Régiment de Parachutistes Coloniaux.
    Le Maghreb va les happer, mais rien ici ne ressemble à l'Asie. le paysage, les moeurs, le climat. Il n'y a qu'une chose semblable, la guerre.
    Les bombes, les terroristes, les colons, le Djebel et Alger la blanche.
    C'est une autre guerre ici, même si les motifs rejoignent ceux des indochinois.
    C'est plus charnel, plus passionnel, plus politique.
    Jean Lartéguy a fait un grand roman de " Les centurions", décomposé en trois parties, il donne vie à ce groupe d 'hommes qui ne sont pas que des officiers parachutistes.
    Il a mis beaucoup de choses dans ce livre.
    L'héroisme, la défaite, l'amour, l'ambivalence des hommes face à leurs destins, leurs interrogations face au destin du monde.
    Il met à l'honneur l'aristocratie de ces hommes d'honneurs.
    Il ne s'agit en aucun cas d'un livre de militaire revenchard. Jean Lartéguy me fait penser à ses reporters de guerre, baroudeurs au coeur du conflit et rendant compte dans un style académique de la réalité d'un conflit et du basculement du monde.
    C'est superbe, un grand livre.
    Extraits :
    "- Qu'est c'est ça " les contradictions internes du capitalisme " ?
    - Ne plus oser faire la guerre qu'il faut pour se défendre. Ne pas se transformer, se renouveler pour porter la guerre chez l'adversaire, s'enfermer dans des citadelles confortables, ne pas sa battre la nuit, employer des mercenaires- nous par exemple- au lieu de jeter dansla mêlée tous ceux qui ont interêt à ce que ce système capitaliste survive, remplacer par la foi de l'argent et la technique, oublier que le peuple est le réservoir de toutes les énergies; le pourrir par le confort au lieu de la rassembler maigre et nerveux autour de quelques raisons valables...
    - le peuple aime aussi le confort. Il découvre en Europe le frigidaire et la télévision. Les Arabes aussi prendront goût au confort, et les Hindoux et les Chinois et les Patagous. Quand je serai de retour en France, je me plongerai avec frénésie dans tout ce confort.Jene boirai que glacé et ne ne coucherai qu'avec des petites filles bien aseptiques, qui se lavent le derrière avec des eaux parfumées.
    - La civilisation du frigidaire et du bidet, ricanan Esclavier ".
    ***
    Le communisme serait difficile à instaurer complétement tant qu'il y aurait des hommes et des femmes, avec leurs instincts et leurs passions, leur beauté et leur jeunesse. Jadisles chinois broyaient lentement les pieds de leurs femmes pour les rendre plus petits ; c'était une mode ; cela devait avoir un sens religieux ou érotique. Maintenant au nom du communisme, on broyait l'homme tout entier, on contrariait, on brisait sa nature.
    ***
    Les hommes l'entraînèrent à l'auberge.
    Escotéguy, aui avait passé avec lui le conseil de révision, lui demanda pendant qu'on servait le vin :
    - Alors, Pierre. Raconte ! Comment c'était là-bas ?
    Comment c'était là bas ! Leur expliquer tout ça, à eux qui étaient à peine sortis de leur vallée ; leur expliquer les Chinois et les Vietminh, les grandes herbes à éléphants de la Haute-Région et les rizières des deltas, la boue et la poussière, le combat , la souffrance, la mort, et ce que lui et les siens cherchaient derrière cette mort !
    - C'était pas beau, répondit-il, de sa voix râpeuse, mais ça vous prenait aux tripes.
    ***
    Il n'y a plus de chance dans le monde, plus rien que de l'économie, et des statistiques, une économie artificielle et des statistiques fausses, ce qui condamne Raspéguy et tous ceux qui lui ressemblent. J'en suis fort aise ; j'arrive à l'âge des statistiques.




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    • Livres 4.00/5
    Par frandj, le 19 février 2015

    frandj
    J'étais très jeune quand j'ai lu ce livre (publié en 1960). A sa parution, il a rencontré un grand succès car il était vraiment en phase avec l'actualité du moment. le contexte était celui de la guerre d'Algérie, qui polarisait entièrement la politique de la France. L'armée était complètement mobilisée contre le FLN et avait clairement soutenu les partisans de l'Algérie française. Jean Lartéguy, reporter et écrivain, s'est fait connaitre par plusieurs romans mettant en scène ces soldats qui livraient les dernières batailles de la France coloniale. Une part de l'opinion publique célébrait alors l'héroïsme de cette armée et croyait sincèrement à la "mission" de la France en Algérie. Je viens de retrouver "Les Centurions" dans la bibliothèque de mon père. Autrefois, ce roman m'avait beaucoup marqué et j'ai eu envie de le relire pour confronter ma vision des choses en 2015 avec les souvenirs de ma première lecture.
    L'auteur suit le destin d'une poignée d'officiers courageux, traumatisés par la défaite de Dien Bien Phu (1954) où ils ont été faits prisonniers par le Vietminh. Libérés, ils rentrent en France où ils trouvent un climat délétère. Après le 1er Novembre 1954, ils "rempilent" pour intégrer ensemble un régiment de parachutistes, engagé en Algérie et commandé par le lieutenant-colonel Raspéguy (dont l'officier préféré le capitaine Esclavier). L'armée traditionnelle, sur la défensive et peu mobile, s'est révélé inadaptée à la guérilla et à la "guerre révolutionnaire". Les hommes de Raspéguy vont montrer une nouvelle forme de lutte: leur engagement est total et tous les coups sont permis. Ils livrent bataille dans le djebel et participent à la bataille d'Alger, avec succès. Mais ils n'ont pas la sensation d'être soutenus et compris... La suite de leur aventure sera racontée dans "Les Prétoriens".
    J. Lartéguy était un homme de droite; il était anticommuniste et patriote. Mais il ne souhaitait pas être rangé à l'extrême-droite de l'échiquier politique. Dans son livre, il dénigre sans les nommer les politiciens de la IVème République, la gauche bien-pensante et les vieilles badernes de l'armée française. En même temps, il n'éprouve pas de sympathie marquée pour les Pieds-Noirs et notamment les "gros colons" (pour reprendre le cliché habituel). de plus, il est loin de mépriser les combattants du FLN, ceux qui risquent leur peau. Mais son empathie ne va vraiment qu'aux officiers dont il raconte les aventures. Même quand ceux-ci se livrent - avec une conscience plus ou moins bonne - à des exactions, il n'encourage pas le lecteur à les juger sur un plan moral. A cet égard, il y a deux scènes-clés qui étaient restées au fond de ma mémoire. Dans la première, les parachutistes, ivres de vengeance après la mort de camarades tombés dans un traquenard, tuent tous les hommes d'un hameau arabe et sont ensuite couverts par Raspéguy. Dans la seconde, Esclavier en arrive à torturer lui-même un cadre FLN pour lui faire avouer où sont cachées des bombes qui exploseront le lendemain dans Alger. Chacun - Français ou Algérien - agit selon sa conscience, même s'il doit la violenter pour se conformer à un intérêt supérieur; et les rôles de bourreau et de victime auraient pu être inversés, si le destin l'avait voulu.
    Pour moi, ce livre est vraiment important et je regrette qu'il soit maintenant oublié. Pour nos contemporains, la guerre d'Algérie est complètement passée à la trappe de l'Histoire. Mais les questions qui se sont alors posées sont éternelles, inévitables dans tout conflit militaire. J. Lartéguy a essayé de les aborder franchement et sans langage politiquement correct. Il faut lui reconnaitre ce mérite, même si on n'est pas d'accord avec sa vision.
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Jean Lartéguy
- Jacques CHANCEL s'entretient avec Jean LARTÉGUY, journaliste et écrivain : le lien fort entre les deux métiers de journaliste et d'écrivain. Ses grands reportages. Sa jeunesse. Comment il s'est engagé dans l'armée au début de la guerre 39-45. Ses débuts journalistiques. Son engagement en Corée. Ses activités de correspondant de guerre en Corée et en Indochine. Ce qu'il pense de la...








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