ISBN : 2130542972
Éditeur : Presses Universitaires de France (2003)


Note moyenne : 4.1/5 (sur 10 notes) Ajouter à mes livres
Les idées exposées dans cet ouvrage, publié pour la première fois en 1895, semblèrent alors fort paradoxales. Pourtant, ce texte qui n'a en rien été modifié dans les éditions successives, est devenu un classique, traduit dans de nombreuses langues. Sa lecture et son étu... > voir plus
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Critiques et avis(3)

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    • Livres 4.00/5
    Par Luniver, le 08 février 2012

    Luniver
    Bien que se présentant comme une étude scientifique, l'écrit de Gustave le Bon est bien plus proche de l'essai que de la démonstration rigoureuse : ses affirmations sont présentées sans preuve, il ne fait référence qu'à d'autres livres qu'il a lui-même écrit. Il se permet également des petits détours par d'autres thèmes, l'enseignement en France et le meilleur (ou le moins pire) mode de scrutin par exemple. Même s'il prétend avoir laissé de côté les dogmes de son époque, ses idées sont aussi biens de son siècle ("[...]l'impulsivité, l'irritabilité, l'incapacité de raisonner, l'absence de jugement et d'esprit critique, l'exagération des sentiments, et d'autres encore, que l'on observe également chez les êtres appartenant à des formes inférieures d'évolution, tels que la femme, le sauvage et l'enfant[...]"). Il parle fréquemment de "races", même si j'ai eu le sentiment que ce terme n'était pas spécialement péjoratif, et a la même signification que le mot "culture" à l'heure actuelle. Ses opinions personnelles transparaissent aussi nettement: le socialisme est une dangereuse utopie basée sur du vent, les foules anglaises sont bien plus posées et réfléchies que les foules latines, notamment.
    Malgré ces petits défauts, la lecture est saisissante : le livre fourmille d'idées, le style clair et concis nous entraîne tout au long de l'exposé. Les réflexions sont sensées, les exemples pertinants. On ne peut pas s'empêcher de faire des parallèles avec ce qu'il se passe actuellement. le livre est d'ailleurs tellement d'actualité qu'il faut croiser des mots ou des idées qui n'ont plus cours aujourd'hui pour se rappeler qu'il a été écrit il y a plus d'un siècle.
    Les idées qu'expose l'auteur commencent à être bien connues (même si les connaître ne nous empêche pas d'en être toujours victimes) : le comportement des individus dans une foule est totalement différent de celui qu'aurait chaque personne qui ferait face seul à la situation ; la foule suit aveuglément les meneurs charismatiques ; des slogans frappant, même vides de sens, séduisent bien plus qu'un long discours raisonné ; la foule est conservative et ne se débarasse que très lentement des idées pourtant prouvées fausses ; à l'inverse, une fois qu'une nouvelle idée s'est imposée, elle est défendue avec rage et fanatisme par les nouveaux convertis.
    Gustave le Bon parait un peu cynique par moment, notamment dans la dernière partie du livre où il analyse quelques foules particulières. Pour lui, tous les scrutins se valent plus ou moins, la constitution d'assemblées, de parlement, de sénat, n'apportent rien de plus à la démocratie puisque ses participants restent soumis aux mêmes lois que les foules ordinaires : nivellement par le bas, obéissance aux meneurs. Il conseille également aux politiciens de faire toutes les promesses possibles même en sachant qu'il ne pourra pas les tenir, puisque personne ne s'en souviendra et ne lui en tiendra rigueur (ce qui, malheureusement, se vérifie souvent).
    Un ouvrage fondateur dans son domaine, qui nous bouscule dans nos convictions. Cerise sur le gâteau, il est libre de droit et disponible gratuitement en version numérique (par exemple sur ce site : http://classiques.uqac.ca/classiques/le_bon_gustave/psychologie_des_foules_Alcan/foules_alcan.html)
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    Critique de qualité ? (6 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par kedrik, le 07 septembre 2011

    kedrik
    Au spectacle des syndicats convoquant le ban et l'arrière ban, de la masse lycéenne en vadrouille et des pancartes à slogan, je me suis senti appelé par La Psychologie des foules, un livre fondateur de la psychologie sociale. À l'annonce des chiffres contradictoires sur la participation aux cortèges, j'ai eu envie de connaître les rouages d'une manif. Comment ça fonctionne, un rassemblement d'individus. Surtout que l'ouvrage de Gustave le Bon a la réputation d'avoir inspiré bien des dictateurs du siècle passé. Même Freud s'y réfère dans certaines publications, c'est dire.
    Mais avant de parler du contenu du livre, il faut présenter son auteur. Ce bon Gustave est né en 1841 et est devenu un scientifique amateur. Il s'intéresse à un tas de sujets variés qui vont de la fumée de tabac à la luminescence invisible en passant par la civilisation des arabes. C'est un touche-à-tout. Il publie plus vite que son ombre. Et surtout, il est le produit de son temps, c'est à dire qu'il a une vision du monde bien tranchée où la race prédétermine bien des choses. Pour lui et ses semblables, l'homme occidental est supérieur aux autres, c'est tout. Il est également persuadé que l'éducation ne doit pas être imposée aux masses car elle produit des gens trop éduqués qui finissent par devenir anarchistes. Car s'il y a bien deux trucs que ce sacré Gustave ne peut pas blairer, ce sont les curetons et les socialistes.
    Il faut donc lire La Psychologie des foules en remettant le texte dans son contexte. le livre parait en 1895, donc le Bon analyse les foules à l'aune de son expérience historique : révolution française, Commune de Paris, Napoléon au pouvoir... Et sa grille de lecture est limitée par les idées de son temps : sans surprise, il compare le QI d'une foule à celui d'un sauvage ou d'un enfant et prétend que les foules sont aussi hystériques que des femmes. Et comme il est persuadé que la race décide de beaucoup de choses, on a très souvent plus l'impression de lire des brèves de comptoir qu'un livre scientifique. Avec nos yeux modernes, son discours pourrait facilement passer pour raciste mais en fait, le Bon utilise le mot race dans un sens plus historique que biologique. Ça n'excuse pas tout, mais ça explique sa logique interne.
    Et donc, que dit-il sur la foule ? En gros, qu'il y a un nivellement par le bas de l'intelligence dès que les hommes se rassemblent. En se fondant dans la masse, l'individu met de côté son sens critique et sa logique. Pire, la foule est hypnotisable, c'est à dire qu'elle se laisse facilement mener en bateau par certains grands idéaux et mots-clés qu'elle acceptent alors aussi facilement que des dogmes religieux. Pour peu qu'un tribun pas manchot lui dise ce qu'elle veut entendre, la foule est prête à se laisser massacrer pour une idée bien vendue. Selon le Bon, la foule est même parfois victime d'hallucinations collectives, d'où une conclusion simple de Gustave : plus un évènement est attesté par un grand nombre de témoins moins cet évènement a des chances d'être véridique. Ensuite l'auteur explique à quel point les idées empruntent beaucoup à la foi religieuse : croire au socialisme demande autant de religiosité que de croire en dieu. S'en suivent quelques considérations sur certaines foules spécifiques comme les jurés d'assises, les électeurs et les parlementaires. Il en ressort principalement l'idée que ces assemblées en arrivent collectivement à des décisions que les personnes qui la composent n'aurait jamais acceptées à un niveau individuel.
    Au final, c'est un drôle de livre car Gustave le Bon est un drôle de penseur. Il a effectivement mis le doigt à l'époque sur quelque chose de nouveau en parlant de la soumission de la foule à un meneur et de la possibilité d'influencer la masse en choisissant des messages simples qui puissent être véhiculées par des images facilement assimilables par les gens. Ça reste totalement d'actualité : un slogan vide de sens vaut mieux qu'une démonstration intelligente. Là où ça pêche, c'est quand le Bon s'embarque dans des considérations très personnelles. Il est ainsi persuadé que le Royaume-Uni est le meilleur pays car il fait changer ses institutions par d'infimes mesures plutôt qu'en proposant une refonte révolutionnaire qui consiste le plus généralement à mettre une couche de peinture neuve sur de vieilles institutions.
    Gustave le Bon est définitivement un drôle d'oiseau. Son style un brin paternaliste et colonialiste nuit énormément à ses concepts, mais il faut bien avouer qu'il a balisé un chemin nouveau à son époque.
    Les possesseurs de liseuse numérique peuvent accéder au texte sur Wikisource et s'embellir l'âme tout en regardant défiler les cortèges et en se cogitant à ce paradoxe : même si tous les individus d'une foule avaient lu La Psychologie des foules et compris les mécanismes collectifs qui l'assujettissent, cette foule n'en serait pas moins moutonnière.
    Et inutile de chercher dans ce billet une quelconque apologie manifestatoire ou au contraire un appui réformiste (encore que, à titre personnel, Brassens a tout dit dans le pluriel). D'ailleurs, les amateurs de Steampunk devraient lire les écrits de Gustave le Bon car les pistons rouillés et la vapeur n'ont de sens que s'ils mettent en scène les enjeux sociaux de leur temps.

    Lien : http://hu-mu.blogspot.com/2010/10/la-psychologie-des-foules.html
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    • Livres 5.00/5
    Par BVIALLET, le 28 avril 2012

    BVIALLET
    Pourquoi une foule fanatisée est-elle capable de tout, du pire comme du meilleur ? Comment une foule psychologique se forme-t-elle ? En quoi n'a-t-elle que peu à voir avec un agrégat d'humains rassemblés au hasard ? de qui et de quoi est-elle composée ? Comment réagit-elle aux sollicitations ? Qui sont ses meneurs ? Comment parviennent-ils à leurs fins ?
    Paru en 1921, ce livre majeur de psychologie et de sociologie devenu une référence et un classique, répond brillamment à toutes ces questions et à bien d'autres en démontant nombre de mécanismes de manipulation, d'embrigadement et de propagande. le Bon illustre son propos par de nombreux exemples tirés de l'Histoire (apogée et chute de l'Empire Romain, Révolution Française, Napoléon, Boulanger, Lesseps et quelques autres...) le lecteur contemporain pourra y ajouter quelques dictateurs comme Hitler, Staline, Mao, Pol Pot et autre Kim Il Jong en se disant que tous ces phénomènes n'ont fait que croître et embellir ! En dépit d'un sujet relativement ardu, « La Psychologie des foules » demeure un livre passionnant où le lecteur apprendra encore beaucoup tout en restant admiratif devant la finesse de l'analyse, la clarté du propos et l'élégance du style.

    Lien : http://www.etpourquoidonc.fr/
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Citations et extraits

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  • Par Luniver, le 03 février 2012

    Il n'est même pas besoin que les siècles aient passé sur les héros pour que leur légende soit transformée par l'imagination des foules. La transformation se fait parfois en quelques années. Nous avons vu de nos jours la légende de l'un des plus grands héros de l'histoire se modifier plusieurs fois en moins de cinquante ans. Sous les Bourbons, Napoléon devint une sorte de personnage idyllique philanthrope et libéral, ami des humbles, qui, au dire des poètes, devaient conserver son souvenir sous le chaume pendant bien longtemps. Trente ans après, le héros débonnaire était devenu un despote sanguinaire qui, après avoir usurpé le pouvoir et la liberté, fit périr trois millions d'hommes uniquement pour satisfaire son ambition.
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  • Par Luniver, le 08 février 2012

    L'expérience constitue à peu près le seul procédé efficace pour établir solidement une vérité dans l'âme des foules, et détruire des illusions devenues trop dangereuses. Encore est-il nécessaire que l'expérience soit réalisée sur une très large échelle et fort souvent répétée. Les expériences faites par une génération sont généralement inutiles pour la suivante ; et c'est pourquoi les faits historiques invoqués comme éléments de démonstration ne sauraient servir. Leur seule utilité est de prouver à quel point les expériences doivent être répétées d'âge en âge pour exercer quelque influence, et réussir à ébranler seulement une erreur lorsqu'elle est solidement implantée dans l'âme des foules.
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  • Par BVIALLET, le 28 avril 2012

    Les foules ont des opinions imposées, jamais des opinions raisonnées. »
    « La puissance des foules est la seule force que rien ne menace et dont le prestige ne fasse que grandir. L'âge où nous rentrons sera véritablement l'ère des foules. »
    « Le droit divin des foules va remplacer le droit divin des rois. »
    « Les foules n'ont de puissance que pour détruire. »
    « Les foules sont incapables d'avoir des opinions quelconques en dehors de celles qui leur sont imposées. »
    « On conduit les foules en cherchant ce qui peut les impressionner et les séduire. »
    « Dans les foules, c'est la bêtise et non l'esprit qui s'accumule. »
    « La foule ne peut qu'être d'une crédulité excessive. »
    « Les Jacobins de la Terreur étaient aussi foncièrement religieux que les Catholiques de l'Inquisition et leur cruelle ardeur dérivait de la même source. »
    « Les foules ont une telle soif d'obéir qu'elles se soumettent d'instinct à qui se déclare leur maître. »
    « La foule est toujours intellectuellement inférieure à l'homme isolé. »
    « C'est l'intelligence qui guide le monde, mais elle le guide de fort loin.»
    « L'homme moderne est de plus en plus envahi par l'indifférence. 
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  • Par Luniver, le 01 février 2012

    [...]l'individu en foule acquiert, par le fait seul du nombre, un sentiment de puissance invincible qui lui permet de céder à des instincts que, seul, il eût forcément refrénés. Il sera d'autant moins porté à les refréner que, la foule étant anonyme, et par conséquent irresponsable, le sentiment de la responsabilité, qui retient toujours les individus, disparaît entièrement.
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  • Par Luniver, le 06 février 2012

    Cette création incessante de lois et de règlements restrictifs entourant des formalités les plus byzantines les moindres actes de la vie, a pour résultat fatal de rétrécir de plus en plus la sphère dans laquelle les citoyens peuvent se mouvoir librement. Victimes de cette illusion qu'en multipliant les lois l'égalité et la liberté se trouvent mieux assurées, les peuples acceptent chaque jour de plus pesantes entraves.
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