Troisième roman publié de J.M.G.
Le Clézio,
Le Déluge peut surprendre par son prologue (que j'ai relu après avoir achevé le livre). Une indécision subsiste quant au narrateur. S'agit-il d'un narrateur double de l'auteur ? un écrivain annonçant le récit du très commun François Besson, celui qui eut une révélation à l'instant où il vit apparaître et disparaître, simultanément avec le son strident d'une sirène, une fille en vélomoteur ? S'agit-il plutôt de François Besson, parlant de lui ou se parlant à lui-même ?
Les doutes s'accroissent par les diverses digressions du récit et la poésie des images. Tout est donc à découvrir pour le lecteur. J'ai dû m'appliquer à recoller les morceaux, à faire des rapprochements entre certains passages et à construire ma propre interprétation. Un vrai travail intellectuel qui refroidira les lecteurs passifs bouffeurs de soupe. (Attention ! je ne dis pas que je suis intelligent, avec toutes les âneries que je balance. Simplement que j'aime les œuvres qui poussent à réfléchir : la Littérature donc !)
Mais dès le premier chapitre (que les frileux se rassurent !) tout rentre dans l'ordre : on assiste à la nouvelle vie d'un personnage principal définissable, déambulant dans une ville (Nice ?) après sa fameuse révélation. Mais quelle révélation ? Celle peut-être de l'absurdité de notre existence. Celle d'un monde qui n'a pas de visée particulière et porté à disparaître. Celle du grand déluge destructeur de toute vie qui ne laisse, après son passage, que putréfaction et silence. François Besson l'a-t-il pressenti ? C'est donc le moment pour lui, je cite :"de se pencher sur la balustrade […] et de tout regarder, avidement, comme si on avait dû mourir tout de suite après, ou à la rigueur devenir aveugle."
Beau spectacle !