Oubliées les Quatre filles du docteur March, les Trois sœurs de
Tchekhov.
Plus excentriques que les sœurs Brontë, plus soudées que les sœurs Papin et bien plus diaboliques que les sœurs Halliwell, voici Ces extravagantes sœurs
Mitford, six sœurs issues de la haute société anglaise du début des années 1900, cauchemars incarnés de ceux qui considèrent qu'avoir une fille est une véritable calamité.
Drôles de dames. Nancy est l'aînée. Amie d'
Evelyn Waugh, familière de
Lytton Strachey et de Carrington, elle deviendra à son tour un écrivain à succès.
Après une longue vie sentimentale ratée, elle tombe amoureuse de Gaston Palewski, proche du Général de Gaulle, qui en fera un des ses ministres. Elle quittera définitivement la Grande-Bretagne pour venir s'installer à Paris près de ce séducteur qui la mènera en bateau des années durant.
Diana et Unity, respectivement troisième et quatrième sœurs, vont également connaître leur heure de gloire, mais dans un registre très différent.
Diana, en épousant Oswald Mosley, va devenir la femme du chef des fascistes britanniques. Tandis qu'elle milite à ses côtés, elle va rencontrer Hitler à plusieurs reprises. Ses amitiés particulières (Hitler et Goebbels assisteront à son mariage en Allemagne) lui vaudront de passer trois ans en prison, avec Mosley.
Plus forte que Diana, Unity, surnommée la “maîtresse d'Hitler”. S'il est quasi certain qu'elle n'a jamais partagé le lit du Führer, elle deviendra, après bien des stratagèmes, une de ses très bonnes amies. Peu avare de provocations, elle n'hésite pas à afficher ses convictions pro-nazi (salut hitlérien dans les rues, svastika en or au revers de sa veste, portrait d'Hitler bien en vue sur ses genoux lors d'un voyage en train…).
Le jour où l'Allemagne déclare la guerre au reste de l'Europe, et donc au Royaume-Uni, elle se tire une balle dans la tête de désespoir. La balle, qui ne pourra être délogée de son crâne, la laissera diminuée psychiquement, puis causera sa mort quelques années plus tard.
C'est un destin totalement opposé que vivra Jessica, l'avant-dernière des sœurs
Mitford. A 17 ans, elle fugue avec son cousin et futur mari, Esmond
Romilly, pour rejoindre en Espagne les républicains qui luttent contre Franco.
Après un bref passage par la France, elle émigre aux États-Unis, adhère au parti communiste, prend fait et cause pour la cause des noirs et des Black Panthers. Militante active, aux côtés de son second mari, avocat, elle n'aura de cesse de dénoncer les injustices de la société américaine dans plusieurs ouvrages qui deviendront des best-sellers et feront d'elle une célèbre Muckraker (journaliste « fouille merde »).
Seules Pamela, la seconde fille, et Deborah, la dernière de la famille, ont suivi une voie plus conforme à leur rang.
Parfaite gentlewoman farmer, Pamela se mobilisera pour la défense des animaux. Mariée au physicien Derek Jackson, elle est célèbre en Angleterre pour avoir introduit une nouvelle race de poules.
Enfin, Deborah, en épousant lord Andrew Cavendish est devenue duchesse de Devonshire. Grand-mère du top model Stella Tennant, elle est toujours en vie. Figure aimée des Anglais, elle a ouvert son château au public, créé un restaurant et des épiceries où sont vendus les produits de sa ferme.
Pour finir, il ne faut pas oublier que les six sœurs
Mitford avaient un frère (le pauvre !), Tom, le seul fils de la famille, tué au cours de la seconde guerre mondiale.
Fruits d'une société en révolution, ces filles d'un pair du royaume ont connu tous les excès. J'ai suivi les destins croisés, hors du commun, de ces sœurs avec beaucoup de plaisir, traversé avec elles ce siècle qui a conduit l'aristocratie à la décadence et à la perte de ses privilèges.
« Ma femme est normale, je suis normal, et nos filles sont toutes plus folles les unes que les autres ! » s'étonnait leur père. Tu m'étonnes !
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