> Henry-Luc Planchat (Traducteur)

ISBN : 2253113158
Éditeur : Le Livre de Poche (2006)


Note moyenne : 4.26/5 (sur 27 notes) Ajouter à mes livres
Sur Anarres, les proscrits d'Urras ont édifié, il y a cent soixante-dix ans, une utopie concrète fondée sur la liberté absolue des personnes et la coopération.
Ce n'est pas un paradis, car Anarres est un monde pauvre et dur. Mais cela fonctionne. A l'abri d'un is... > voir plus
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Critiques et avis(3)

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    • Livres 4.00/5
    Par steppe, le 26 mai 2011

    steppe
    Ursula le Guin a un talent indéniable. Pour l'écriture d'abord, pour raconter des histoires ensuite. Et ces "Dépossédés" ajoutent un bel esprit critique à ses qualités d'écrivain.
    En mettant en opposition 2 planètes fonctionnant, l'une grâce à un idéalisme communautaire proche de l'anarchie, l'autre sur un système capitaliste proche de la tyrannie, elle livre une analyse poussée de 2 modes de vie, de 2 idéologies fondamentalement opposées.
    Elle en montre les limites et les aberrations respectives..
    Sans pour autant en faire un récit austère car il s'agit bien là d'aventure et de voyage, elle nous transporte tour à tour sur Anarres et Urras...
    Nous devenons les visiteurs de ces 2 "lunes", et y découvrons 2 courants de pensée à travers le regard d'un Shevek très attachant dans ses errances vers la liberté. Il s'agit pour lui de remettre constamment en question les bases de ce qu'il a appris et accepté.
    Tout cela donne lieu à des dialogues animés et très bien écrits... Passionnants aussi.
    Anarres, d'abord présentée comme un modèle de communautarisme
    libertaire, nous montre ses incohérences et met au jour un pouvoir tout aussi aliénant que celui rencontré dans des sociétés moins "libres"... le regard des autres devient le tyran, voilé, mais omniprésent.
    Et la pauvreté y est le lot quotidien de chacun dès lors que la sécheresse survient et
    rend la survie difficile sur cette terre peu abondante en ressources naturelles.
    Urras quand à elle, au delà de ses richesses, montre les faiblesses et les dangers d'un capitalisme aveugle à la souffrance des pauvres qu'elle produit...
    La curiosité, le questionnement incessant du héros, sa quête de savoir et de liberté le pousseront inlassablement vers une aventure intellectuelle et humaine émouvantes.
    Un peu perdue parfois dans les dédales des démonstrations scientifiques difficiles d'accès lorsque, comme moi, les mathématiques et la physique en général ne sont que de vagues souvenirs d'une scolarité peu glorieuse en la matière... mais des échos familiers toutefois comme cette "théorie de la relativité" écrite par un certain "ainestain"!!!
    Des thèmes très variés comme le couple, le fidélité, l'individualisme, les enjeux d'un voyage et l'importance du "retour" alors que l'on n'est plus "ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre"...
    Le foyer, la famille, la pauvreté, le pouvoir, la solitude, le dogmatisme qu'il soit religieux, social ou économique.
    Le profond humanisme animant Shevek, confronté et, en même temps, sujet à un égotisme amenant la notion de culpabilité face à l'exigence d'abnégation du plus grand nombre....
    Très actuel, le débat sur l'écologie et le retentissement de nos choix de vie sur l'appauvrissement des ressources naturelles vient enrichir le débat...
    Des personnages profonds, intéressants, plus ou moins attachants, jamais manichéens.
    Bref, une mine de réflexions sur un monde terriblement proche du notre.
    Et l'aventure, le voyage, la découverte et l'émerveillement. Pas une seconde d'ennui sauf peut-être lors de ces longues démonstrations des théories de "Physique Temporelle" énoncées par notre scientifique quelque peu surdoué!!!
    Mais, grâce à la qualité de la plume d'Ursula le Guin et à l'intelligence du propos, on oublie vite cette petite difficulté...
    En conclusion, un auteur que j'ai très envie de découvrir plus avant...
    A lire absolument, fan de SF ou non....
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    • Livres 4.00/5
    Par finitysend, le 22 février 2012

    finitysend
    Il ne suffit pas de supprimer la tyrannie pour être libre ...
    Dans l'univers de l'Ekumen ( un cycle dont tous les romans se lisent séparément ) deux planètes voisines ..
    Sur Urras des opposants rejettent en bloc une société basée selon eux sur l'injustice ... la contrainte .. la violence ..
    Ils partent sur Anarres et fondent une utopie ou l'argent n'a plus court et ou tous sont sensés s'épanouir et prospérer dans le respect mutuel ...
    Mais Annares n'est pas une planète facile ... écosystème aride ... beaucoup de travail prioritaire qui prend le pas sur le superflu ..
    L'utopie survivra-t-elle ? A-t-elle survécu d'ailleurs le jour où le lecteur la découvre ?? ...
    Il ne faudrait pas croire que ce roman est un manifeste politique ...
    C'est une superbe histoire avec beaucoup d'émotions .. des personnages prégnants de réalités ...
    Il y a dans cette œuvre de la vie .. de la violence politique .. des drames ... de la souffrance ... de l'espoir et des réussites
    Ce monde est une anarchie ... et l'auteur s'est donnée la peine de la poser comme une anarchie fonctionnelle ...
    Il n'est donc pas question de communisme ... ce monde serra bouleversé de l'extérieur ...
    Un début de transition tumultueux nimbé de persécutions subtiles ... de fuites ... d'espérances et de de cruelles ( et risquées ) désillusions ... mais aussi d'espoir et de réussites ..
    Un roman vivant qui va bien au-delà de son occasionnelle et infondée réputation de roman politicard ...
    Il n'y a pas de guerre froide entre Urras et Anarres .. : de la superbe indifférence et une revendication de contre modèle pour la deuxième ...
    Pas d'union Soviétique et pas plus les États Unis ( pas l'ombre ) ..
    C'est un roman de SF authentique ... nous sommes loin de la terre et de la SF prétexte ...
    ...................................................................................................................
    Pas l'ombre du moindre manichéisme à la place des personnes complexes .... actives qui cherchent à vivre et à se repérer dans leur existences malmenées .. à vivre et créer tout simplement ...
    SOLIDE !! ( mon préféré dans ce cycle : Planète d'exil ) .....
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    • Livres 2.00/5
    Par yokai, le 05 janvier 2012

    yokai
    Il y a très longtemps des colons de la planète Urras sont partis vers une de ses lunes: Anarres. Annares est une planète peu accueillante quasiment désertique et presque vierge de toute vie animale. Mais qu'importe, ces colons sont des idéalistes, ils ont décidé de vivre autrement en créant ex nihilo une société complètement différente. C'est une société où la notion de propriété et d'argent n'existe pas. La vie s'organise exclusivement en groupe et chacun participe activement au fonctionnement de la communauté — il n'y a pas de notion de travail et de rémunération mais chacun doit effectuer des tâches au service de la société et non pour son propre profit.
    Le professeur Shevek, l'un des plus grand physicien d'Annares, va réaliser le rêve d'une vie en faisant le voyage de retour vers la planète originelle Urras. C'est un véritable choc qui l'attend sur cette planète au système économique et politique radicalement différent.
    Le récit de science-fiction sert une opposition entre un monde communiste extrême et un monde capitaliste. A travers les questionnements de ce personnage, nous nous interrogeons sur ces deux modèles sans parvenir à choisir tant ces opposés disposent de bons et des mauvais côtés. C'est un livre original au sujet extrêmement intéressant. le récit alterne entre le présent — les évènements vécu par Shevek sur Urras — et le passé — le récit de la vie de Shevek sur Annares, les raisons qui l'ont menées à faire ce voyage. Même si le fond est intéressant, j'ai trouvé les personnages assez froids et j'ai eu beaucoup de mal à entrer dans l'histoire et à accrocher — j'ai même abandonné ce livre avant la fin. Ce n'est apparemment pas un avis partagé car c'est un livre qui est habituellement très apprécié et qui constitue une lecture enrichissante de la politique vue par un oeil scientifique. Je me souviens avoir ressenti un peu la même chose lors de la lecture de mars la rouge de Kim Stanley Robinson: un fond particulièrement riche — le récit de la création d'une nouvelle société abordée sous un angle scientifique — mais une histoire que j'avais eu beaucoup de mal à suivre.

    Lien : http://www.aubonroman.com/2011/09/les-depossedes-par-ursula-k-le-gui..
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Citations et extraits

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  • Par steppe, le 23 mai 2011

    - La souffrance est un malentendu, dit Shevek, se penchant en avant, les yeux larges et clairs.
    -Cela existe, dit Shevek en écartant les mains. C'est réel. Je peux l'appeler un malentendu, mais je ne peux pas prétendre qu'elle n'existe pas, ou cessera jamais d'exister. La souffrance est la condition de notre vie. Et quand elle arrive on le sait. On reconnaît que c'est la vérité. Évidement, il est bon de soigner les maladies, d'empêcher la faim et l'injustice, comme le fait l'organisme social. Mais aucune société ne peut changer la nature de l'existence. Nous ne pouvons pas empêcher la souffrance. Telle ou telle douleur, oui, mais pas la Douleur. Une société peut seulement supprimer la souffrance sociale, la souffrance inutile. Le reste demeure. La racine, la réalité. Nous tous ici allons connaître le chagrin ; si nous vivons 50 ans, nous aurons connu la douleur durant 50 ans. J'ai peur de la vie ! Il y a des fois où je suis... où je suis très effrayé; Tout bonheur semble futile. Et pourtant, je me demande si tout cela n'est pas un malentendu - cette recherche du bonheur, cette crainte de la douleur... Si au lieu de la craindre et de la fuir, on pouvait... la traverser, la dépasser. Il y a quelque chose au delà d'elle. C'est le moi qui souffre, et il y a un endroit où le moi... s'arrête. Je ne sais pas comment le dire. Mais je crois que la réalité-la vérité que je reconnais en souffrant et non pas dans le confort et le bonheur-que la réalité de la douleur n'est pas la douleur. Si on peut la dépasser. Si on peut l'endurer jusqu'au bout.
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  • Par steppe, le 29 mai 2011

    - Parce qu'il n'y a rien, rien sur Urras dont nous autres Anarrestis avons besoin ! Nous sommes partis les mains vides, il y a 170 ans, et nous avons eu raison. Nous n'avons rien emporté. Parce qu'il n'y a rien ici que les États et leurs armes, les riches et leurs mensonges, et les pauvres et leur misère. Il n'y a aucun moyen d'agir avec un coeur pur, sur Urras. Vous ne pouvez rien faire qui ne soit en rapport avec le profit, et la crainte de perdre, et le désir de puissance.
    Vous ne pouvez pas agir comme un frère envers les autres gens, vous devez les manipuler, ou les commander, ou leur obéir, ou les tromper. Vous ne pouvez pas "toucher" une autre personne, et pourtant ils ne vous laissent jamais seul. Il n'y a pas de liberté. C'est une boîte - Urras est une boîte, un paquet, avec le joli papier d'emballage que forment le ciel bleu, les champs, les forêts et les grandes villes. Et quand vous ouvrez la boîte, qu'y-a-t-il à l'intérieur ? Une cave sombre et poussiéreuse, et un homme mort. Un homme dont la main a été déchiquetée parce qu'il la tendait aux autres. J'ai finalement atteint l'Enfer. Desar avait raison ; l'Enfer, c'est Urras.
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  • Par steppe, le 24 mai 2011

    Il serait toujours quelqu'un pour qui le retour était aussi important que le voyage. Partir n'était pas assez pour lui, seulement à moitié suffisant ; il devait revenir. Dans un tel caractère s'annonçait déjà, peut-être, la nature de la formidable exploration qu'il allait entreprendre jusqu'aux extrémités de la compréhension. Il ne se serait sans doute pas embarqué dans cette entreprise qui lui pris des années s'il n'avait pas eu la profonde certitude que le retour était possible ; qu'en réalité la vraie nature du voyage, comme une circumnavigation autour du globe impliquait le retour. On ne peut pas descendre deux fois la même rivière, ni rentrer dans son foyer. Cela, il le savait ; en fait, c'était la base de sa vision du monde....
    ... Nous pouvons regagner notre foyer, affirme la Théorie Temporelle Générale, dès lors que nous comprenons que notre foyer est un endroit où nous n'avons jamais été.
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  • Par steppe, le 29 mai 2011

    - Si nous étions meilleurs que n'importe quelle société humaine, dit Tirin, alors nous devrions les aider. Mais cela nous est interdit.
    - Interdit ? C'est un mot non organique. Qui interdit ? Tu es en train d'extérioriser la fonction intégrante elle-même, déclara Shevek, penché en avant et parlant avec force. L'ordre n'est pas "les ordres". Nous ne quittons pas Anarres parce que nous "sommes" Anarres. Étant Tirin, tu ne peux pas quitter la peau de Tirin. Cela pourrait te plaire d'essayer d'être quelqu'un d'autre pour voir à quoi cela ressemble, seulement tu ne peux pas. Mais tu n'en es pas empêché par la force ? Sommes nous ici retenus de force ? Quelle force - quelles lois, quels gouvernements, quelle police ? Rien de tel. Simplement notre propre être, notre nature d'Odonien. C'est ta nature d'être Tirin, et la mienne d'être Shevek, et notre nature commune est d'être des Odoniens, responsables envers les autres. Et cette responsabilité est notre liberté. L'éviter, ce serait perdre notre liberté.
    Aimerais-tu vraiment vivre dans une société où tu n'aurais aucune responsabilité et aucune liberté, aucun choix, seulement la fausse option de l'obéissance à la loi, ou la désobéissance suivie d'un châtiment ?...
    ...Et qui nous ment à ton avis ? demanda Shevek.
    - Qui, frère ? Qui sinon nous mêmes ?
    La planète soeur brillait au dessus d'eux, sereine et lumineuse, bel exemple de l'improbabilité du réel.
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