Ursula le Guin a un talent indéniable. Pour l'écriture d'abord, pour raconter des histoires ensuite. Et ces "Dépossédés" ajoutent un bel esprit critique à ses qualités d'écrivain.
En mettant en opposition 2 planètes fonctionnant, l'une grâce à un idéalisme communautaire proche de l'anarchie, l'autre sur un système capitaliste proche de la tyrannie, elle livre une analyse poussée de 2 modes de vie, de 2 idéologies fondamentalement opposées.
Elle en montre les limites et les aberrations respectives..
Sans pour autant en faire un récit austère car il s'agit bien là d'aventure et de voyage, elle nous transporte tour à tour sur Anarres et Urras...
Nous devenons les visiteurs de ces 2 "lunes", et y découvrons 2 courants de pensée à travers le regard d'un Shevek très attachant dans ses errances vers la liberté. Il s'agit pour lui de remettre constamment en question les bases de ce qu'il a appris et accepté.
Tout cela donne lieu à des dialogues animés et très bien écrits... Passionnants aussi.
Anarres, d'abord présentée comme un modèle de communautarisme
libertaire, nous montre ses incohérences et met au jour un pouvoir tout aussi aliénant que celui rencontré dans des sociétés moins "libres"... le regard des autres devient le tyran, voilé, mais omniprésent.
Et la pauvreté y est le lot quotidien de chacun dès lors que la sécheresse survient et
rend la survie difficile sur cette terre peu abondante en ressources naturelles.
Urras quand à elle, au delà de ses richesses, montre les faiblesses et les dangers d'un capitalisme aveugle à la souffrance des pauvres qu'elle produit...
La curiosité, le questionnement incessant du héros, sa quête de savoir et de liberté le pousseront inlassablement vers une aventure intellectuelle et humaine émouvantes.
Un peu perdue parfois dans les dédales des démonstrations scientifiques difficiles d'accès lorsque, comme moi, les mathématiques et la physique en général ne sont que de vagues souvenirs d'une scolarité peu glorieuse en la matière... mais des échos familiers toutefois comme cette "théorie de la relativité" écrite par un certain "ainestain"!!!
Des thèmes très variés comme le couple, le fidélité, l'individualisme, les enjeux d'un voyage et l'importance du "retour" alors que l'on n'est plus "ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre"...
Le foyer, la famille, la pauvreté, le pouvoir, la solitude, le dogmatisme qu'il soit religieux, social ou économique.
Le profond humanisme animant Shevek, confronté et, en même temps, sujet à un égotisme amenant la notion de culpabilité face à l'exigence d'abnégation du plus grand nombre....
Très actuel, le débat sur l'écologie et le retentissement de nos choix de vie sur l'appauvrissement des ressources naturelles vient enrichir le débat...
Des personnages profonds, intéressants, plus ou moins attachants, jamais manichéens.
Bref, une mine de réflexions sur un monde terriblement proche du notre.
Et l'aventure, le voyage, la découverte et l'émerveillement. Pas une seconde d'ennui sauf peut-être lors de ces longues démonstrations des théories de "Physique Temporelle" énoncées par notre scientifique quelque peu surdoué!!!
Mais, grâce à la qualité de la plume d'Ursula le Guin et à l'intelligence du propos, on oublie vite cette petite difficulté...
En conclusion, un auteur que j'ai très envie de découvrir plus avant...
A lire absolument, fan de SF ou non....