Décentré comme dans le retrait, un profil d'écorce (son visage), puis le titre, c'est déjà tout l'univers de Beckett qui s'inscrit sur la première de couverture particulièrement soignée des éditions Allia.
Le propos est érudit, documenté. Nathalie Léger entre dans l'intime, retrace un quotidien probable, replace les possibles échanges, rencontres, réflexions. Tente de sonder le mystérieux regard clair de Beckett sur son oeuvre, ses contemporains, sa vie.
Une lecture intéressante, qui nécessite tout de même quelques connaissances sur Beckett.
quel dommage que ce livre soit si mal commode à lire
il ne veut Pas s'ouvrir à nos mains impatientes
il résiste : pourquoi l'éditer alors ?
cela crée un sentiment de lutte permanent
bien désagréable :
on en viendrait presque à le truffer de pinces à linge
pour qu'il se plie à notre volonté !
pour un Beckett, c'est le comble !!
Lu dernièrement, ce très bel ouvrage de Nathalie Léger. Ayant trouvé l'article suivant assez parlant, je préfère le reporter tel quel. Plus bas, vous avez également un lien qui permet d'aller écouter quelques extraits de l'ouvrage lus par l'auteur, ainsi qu'un extrait de Bing lu par Bernard Pico.
En 1949 il écrivait : " il faut continuer, je vais donc continuer, il faut dire des mots, tant qu'il y en a, il faut les dire jusqu'à ce qu'ils me trouvent, jusqu'à ce qu'ils me disent, étrange peine, étrange faute, il faut continuer"... la tâche folle de trouver le silence non pas au bout de la parole mais au dedans, au milieu des mots, en un point de conjonction et de scansion qui pourrait être le point géométrique de Kandinsky, cet" ultime et unique union du silence et de la parole"
Il a, dit-on, trois maîtresses : une irlandaise, une américaine et Suzanne, la
française qui deviendra sa femme.
C'est peut-être à cette époque qu'il lit la correspondance de
Juliette Drouet à Victor Hugo et recopie dans son petit carnet :
"Mon coeur répugne avec terreur et dégoût à cette espèce
de compromis, humiliant pour la dignité, odieux pour l'âme,
qui consiste à faire deux parts de soi-même, l'une pour les
qualités physiques, l'autre pour l'affection". p 36
A propos de Joyce, quelques mots de Beckett :
"Ce n'est pas fait pour être lu - ou plutôt pas seulement fait pour être lu. C'est fait pour être regardé et écouté. Il n'écrit pas sur quelque chose. C'est ce quelque chose lui-même".
Ils ont peut-être simplement parlé de cailloux.
Einstein lui a montré son caillou ramassé sur la plage,
ce fameux caillou qui ressemble à un visage.
Beckett a parlé des petites pierres lisses qu'on met dans la bouche. p 37