Fritz Leiber a surtout écrit de la SF, et pourtant la seule oeuvre de lui qui soit régulièrement rééditée en français est son cycle des épées.
Le terme de cycle ne doit pas tromper.
Leiber a commencé à l'écrire alors que la fantasy restait encore en grande partie à inventer et ne s'était pas encore cristallisée dans la forme longue. le cycle des épées est le recueil de nouvelles (inégales) et de romans parus indépendamment sur plus de cinquante ans qui mettent en scène deux héros.
Leiber leur voue une tendresse amusée et sans illusion. Fafhrd et le Souricier Gris ne sont ni des héros désintéressés ni de parfaites crapules, mais leur profession de voleurs donne le ton. Pas de grande quête, de sacrifice de soi ou de monde à sauver en trois tomes, mais deux personnages très attachants, humains, aimant les femmes, le vin et la baston, avec des hauts et des bas, des histoires d'amour et des (grands) chagrins, des vaches grasses et des vaches maigres, pas bêtes mais manquant de maturité et d'ambition. le cadre de leurs aventures, Nehwon, nous a donné, parmi de nombreux lieux pittoresques, l'inoubliable cité de Lankhmar, et l'auberge de l'anguille d'argent où tout commence souvent. («Vous êtes dans une auberge...»).
Et puis il y a l'humour. Un humour amusé, jamais lourd, plein de clins d'yeux. Une vision du monde malicieuse, ironique.
Pratchett doit énormément à
Leiber. Les premiers opus du Disque Monde partagent le même esprit que le cycle des épées. La cosmologie d'Ankh Morpork est une variante de celle de Nehwon. Leur vision du monde est la même. le personnage de la
Mort est un emprunt presque littéral à
Leiber. Mais
Pratchett joue dans le registre burlesque, tandis que chez
Leiber l'humour est sous-jacent et que ses aventures ont un tour plus «réaliste» et héroïque.
J'attache cette critique à Epées et Brumes car c'est ici qu'on trouve la savoureuse nouvelle où Fafhrd traverse une crise mystique et devient disciple d'Issek la Cruche. Sans doute ma préférée.