ISBN : 2266100424
Éditeur : Pocket Jeunesse (2000)


Note moyenne : 4.08/5 (sur 13 notes) Ajouter à mes livres
Quand l'institutrice de Sarah regarde son élève, une inquiétude l'envahit : depuis quelque temps, la petite fille n'a pas l'air heureuse. Sarah, 11 ans, est une enfant discrète et studieuse, que sa mère pousse au travail. Elle lui fait d'ailleurs suivre des cours partic... > voir plus
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Critiques et avis(2)

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    • Livres 5.00/5
    Par mila0707, le 11 mai 2012

    mila0707
    C'est l'hiver, Noël est passé, il fait froid, le canal est gelé... Sarah a onze ans, elle marche, insensible au froid, à la foule... Ailleurs... Nulle part... Ce n'est qu'une ombre, "l'ombre d'une enfant que personne ne remarque, l'ombre d'une enfant qu'on efface". Elle vient de se faire couper les cheveux, courts, en brosse, comme un garçon... Elle vient aussi d'acheter une poupée, une poupée qui ferme juste les yeux, une poupée qu'elle a allongée, qui a baissé ses paupières pour ne pas voir ou savoir... Elle a approché un briquet de son ventre et une fois le plastique ramollit, elle a appuyé l'extrémité de son index sur la blessure. "Il ne faut rien dire" a-t-elle soufflé en sanglotant.
    Dans le même temps, l'institutrice de Sarah tient un journal... Elle note les changements chez sa jeune élève, cette coupe... cette chape de tristesse... Pourquoi cela l'interpelle-t-elle tant ? Au point d'avoir une entrevue avec cette maman, si ferme, si tranchante... au point de s'imposer un retour en arrière, dans sa propre enfance, dans sa propre souffrance...
    Mon avis : Régulièrement dans une médiathèque, s'il est une tâche ingrate à accomplir, c'est bien celle que l'on nomme le désherbage. Il s'agit de supprimer les ouvrages qui n'attirent plus le public et qui ne sortent plus des rayonnages, encombrant une place pour de nouveaux documents et en rendant d'autres presque invisibles parce que trop "serrés". On appelle cela les mettre au pilon. Je me suis donc livrée à ce triste exercice et c'est ainsi que j'ai découvert "La fille du canal". Il faut bien reconnaître que la couverture n'est pas très attractive mais à la lecture de la présentation éditeur j'ai su que je ne pourrais faire sans lire ce roman, très court par ailleurs. C'est un indéniable coup de cœur. le thème si douloureux de la pédophilie y est traité de façon très pudique mais efficacement. Les sentiments de Sarah sont très bien exprimés. La présence de l'institutrice, elle-même ancienne victime, et ses réactions envers le désarroi de sa jeune élève, montrent à quel point un tel vécu marque au fer rouge pour l'existence entière. Une chose est certaine : je vais donner une deuxième chance à ce livre, en le présentant différemment et me permettre également de le suggérer au plus grand nombre !!!
    Public : à partir de douze - treize ans mais à proposer aussi sans hésitation aux adultes.
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    • Livres 4.00/5
    Par canel, le 14 juin 2011

    canel
    Sarah a onze ans, une "blessure" nouvelle l'empêche de travailler, lui coupe l'appétit, la pousse à couper en brosse ses jolis cheveux. Elle erre le long du canal, et invoque la mémoire de sa grand-mère décédée... Si ces comportements ne semblent pas inquiéter ses parents, ils éveillent en revanche la curiosité de son institutrice et ravivent en elle une douleur secrète "jamais cicatrisée".
    Un roman absolument poignant, qui coupe le souffle, qui donne la chair de poule.
    - - - ! ! ! Et là, ATTENTION, je dévoile l'histoire : vous l'aurez peut-être deviné, il est question de péd*philie, du pouvoir des adultes sur les enfants, et du sentiment de culpabilité de la victime. Un "gentil" professeur enveloppe Sarah de la douceur qu'elle ne trouve pas à la maison, l'enfant va se retrouver piégée par cette tendresse et donc finir par se persuader que tout est de sa faute... L'institutrice aura de jolies paroles à vocation libératrice : "A aucun moment tu ne lui as donné ton corps. A aucun moment. Il te l'a volé, Sarah. Il te l'a volé." (p.77)
    On peut faire lire cet ouvrage dès douze ans, pour (ré)ouvrir le dialogue sur la question, et particulièrement aux garçons avec cette petite intention supplémentaire : montrer les dangers du "pouvoir" dont la nature a doté les hommes.
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Citations et extraits

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  • Par mila0707, le 28 avril 2012

    Au milieu de la nuit, le professeur de dessin regagne son domicile. Il est satisfait. A Paris, une galerie d'art en vogue expose ses œuvres les plus récentes. La série d'aquarelles intitulée "Petite fille nue endormie dans un vieux fauteuil" a suscité de nombreux commentaires admiratifs.
    [Cette citation pour la révolte qu'elle entraine en moi : le peintre est le pédophile qui détruit Sarah, et ses œuvres subjectives sont plébiscitées...]
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  • Par mila0707, le 26 avril 2012

    Sarah ne grelotte pas. Elle est insensible au froid comme à la foule qui se presse autour d'elle et la bouscule. Le visage blême, Sarah marche. Ailleurs. Nulle part. Absente de son corps mécanique qui frôle les murs. Son image s'évanouit dans les vitrines des magasins. Sarah n'est qu'une ombre. L'ombre d'une enfant que personne ne remarque. L'ombre d'une enfant qu'on efface, et qui peu à peu disparaît.
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  • Par mila0707, le 27 avril 2012

    Elle s'enferme dans sa chambre. Une chambre trop petite, encombrée d'un bureau et d'une armoire. Sarah ne quitte pas son manteau. Elle se campe face au lit. Ses bottes mouillent le tapis. La fillette fixe sa poupée et ses traits se figent jusqu'à ce que, dans la pénombre, l'immobilité de l'une réponde étrangement à celle de l'autre. Quelques minutes s'écoulent, Sarah saisit brusquement son effigie. Elle la déshabille et l'allonge. Les paupières aux cils synthétiques se ferment. Sarah sort un briquet d'un tiroir. Elle l'allume. La flamme se reflète dans ses yeux. Elle l'approche sans hésitation du ventre de la poupée. Le plastique noircit et ramollit. Avant qu'il ne durcisse, Sarah appuie l'extrémité de son doigt sur la blessure. L'empreinte de son index s'y inscrit. Elle sert alors la poupée meurtrie contre sa poitrine.
    - Il ne faut rien dire... sanglote-t-elle.
    La porte d'entrée claque à cet instant. La voix coléreuse de sa mère retentit :
    - Sarah, tes chaussures !
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  • Par mila0707, le 01 mai 2012

    La scène vieille de vingt ans, mais jamais cicatrisée, se rejoue seconde par seconde devant elle, projetée sur l'écran de ses yeux. L'institutrice décrit en sanglotant le drame auquel elle assiste, spectatrice adulte de son histoire d'enfant. Elle l'appelle 'il". Elle se nomme "elle". Il referme la porte. Elle est contre la baignoire. Elle parle si bas qu'à peine prononcés les mots se noient dans les larmes qui ruissellent sur ses lèvres.
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  • Par mila0707, le 29 avril 2012

    Jamais la ville n'a été en proie à un tel hiver. Le gel la paralyse. On pourrait imaginer l'aube d'une nouvelle ère glacière. Une chute brutale d'encore quelques degrés, et chacun se retrouverait figé à jamais. L'histoire de chaque individu serait ainsi réduite au bref moment de bonheur ou de douleur vécu à cet instant précis. Les heures et les ans s'écouleraient, mais le temps n'y pourrait plus rien.
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