ISBN : 2868530036
Éditeur : Le Temps qu'il fait
(1998)
Note moyenne : 4/5 (sur 1 notes)
Dix petites pièces philosophiques1Ajouter à mes livres
Mécompris, censuré, tout ensemble adoré et haï, le recueil des Petites pièces philosophiques (Operette morali) apparaît comme le revers implacable du lyrisme des Canti.
Leopardi, négligeant dédaigneusement l'arsenal romantique, y déploie les ressources d'une pros... > voir plus
Ces "Dix petites pièces philosophiques" sont tirées d'"Operette morali", un livre qui, d'après Michel Orcel, sous un parfait raffinement formel, fut censuré, mécompris et occulté à cause de la subversion radicale de sa pensée et de son nihilisme. Je ne comprends pas pourquoi l'éditeur, que je découvrais par la même occasion (ouvrage imprimé sur un très beau papier), n'a pas publié l'ensemble de cette œuvre car les pièces choisies sont en effet tellement savoureuses qu'on souhaite par la suite avoir le privilège de tout lire et tout connaître de cet "Operette morali".
Sous la forme de petites scènes dialoguées, Leopardi nous fait part de son profond désenchantement, de son profond pessimisme. Car contrairement à Pascal qui faisait le pari d'un Dieu pour soulager ses angoisses existentielles, Leopardi ne peut s'en satisfaire. le néant est pour lui une sorte d'évidence et il annonce, à travers la philosophie de ses pièces, le spleen baudelairien. L'homme ne pouvant se défaire d'une insatisfaction omniprésente, car toujours à la recherche d'un plaisir passager et aléatoire, la seule possibilité de résistance à ce désenchantement serait l'épanchement aux plaisirs immatériels des songes et des drogues.
Mais même s'il est passager, on ne peut que se laisser tenter par le plaisir que procure la lecture des œuvres de Leopardi, avant de soupirer devant la masse des niaiseries éditoriales qui font la joie des innocents.
Le démon : Qu’est-ce que la vérité ?
Le Tasse : Pilate l’ignorait autant que moi.
Le démon : C’est bon, je répondrai pour toi. Sache donc qu’entre le rêve et la vérité, la seule différence est que le rêve peut-être quelquefois beaucoup plus tendre et plus beau que la vérité ne peut l’être.
Le Tasse : Un plaisir rêvé aurait donc autant de valeur qu’un vrai plaisir ?
Le démon : Je le crois. D’ailleurs, j’ai eu vent de quelqu’un qui, lorsque la femme qu’il aime lui apparaît dans un songe heureux, fuit le lendemain tout occasion de la revoir. Car il sait qu’elle ne pourrait égaler l’image que le sommeil a imprimé en lui, et qu’effaçant de son esprit l’illusion de la vérité le priverait du plaisir extraordinaire qu’il en tire.
Le Tasse : Mais quel remède alors peut servir contre l’ennui ?
Le démon : Le sommeil, l’opium et la douleur. Et ce dernier est le plus puissant de tous, car, quand il souffre, l’homme ne saurait connaître l’ennui.