ISBN : 2715228740
Éditeur : Mercure de France (2010)


Note moyenne : 3.92/5 (sur 66 notes) Ajouter à mes livres
Août 2005, delta du Mississippi : l'ouragan Katrina s'abat sur La Nouvelle-Orléans. Les digues cèdent sur le lac Pontchartrain et les quartiers modestes sont engloutis. La catastrophe touche de plein fouet la communauté noire. Tandis que ses voisins attendent des secour... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Stemilou, le 25 juin 2010

    Stemilou
    J'ai abordé ce roman avec l'idée de relire encore une fois le genre d'histoire que l'on a pu lire dans les journaux, les témoignages de personnes ayant survécu à cette catastrophe, mais non cela n'a rien à voir.
    Il est plutôt question de la vie désabusée d'une femme, Zola Jackson, qui sa vie durant a affronté le courroux du destin.

    On entre dans la Louisiane par la petite porte, par un petit quartier pauvre de la Nouvelle-Orléans, le ciel va une fois de plus leur tomber sur la tête, l'ouragan Katrina s'approche mais Zola, elle, refuse de quitter sa maison car comme le disait son cher Aaron « tu es plus fort qu'un bataillon de Marines ». La vie de l'a pas épargné, son mari décède, elle perd son fils Caryl qui meurt a même pas 30 ans enfant surdoué voué à une grande carrière, elle a affronté l'ouragan Betsy dans les années 90 alors Katrina ne lui fait pas peur et de toute façon elle n'abandonnera pas sa chienne Lady que son fils lui avait offert!

    « Mais on ne quitte pas La Nouvelle Orléans. On y naît. On y crève. C'est comme ça. »

    Elle va vivre et survivre à cet ouragan confinée dans sa maison, son salon d'abord puis la chambre et enfin le grenier, et sera l'occasion de se remémorer des moments de joie comme de tristesse qui ont ponctué sa vie pendant que les digues une à une cède et que l'eau monte.

    Beaucoup de chose sont traités dans ce roman, certes l'ouragan fait son œuvre, mais au-delà c'est l'histoire d'une femme noire institutrice qui enfante un enfant métis aux yeux vert et qui s'avère être homosexuel, elle l'accepte, elle l'aime d'un amour sans limite :

    « Caryl a éclaté de rire. Quant il rit, mon fils, l'espace se modifie, l'air vibre, la lumière s'irise et les contours cèdent : comme si la face du monde même s'était mise à sourire, tout s'évase et s'illumine, la cuisine devient un palais, la courette un jardin de maître et mon cœur une étoile en suspens. »

    Mais n'accepte en revanche que tardivement son petit-ami Troy. Un enfant qui n'était pas très bien accepté par les autres, par cette communauté :

    «J'ai voulu croire que ce n'était pas grave, juste une question de gamme dans les couleurs: ces années-là, Tous les adolescents revendiquaient leur négritude jusqu'à l'ostracisme, les cheveux n'étaient jamais assez noirs ni crépus, l'accent du Sud jamais assez prononcé.»

    Et puis ce sont aussi les oubliés de la catastrophe, cette minorité issue des quartiers pauvres que l'on oublie et que l'on vient secourir 2 jours plus tard, même si c'est extrêmement révoltant l'auteur ne s'étend pas dessus et préfère évoquer la nature humaine et la nostalgie d'une femme fragile.


    « Zola Jackson, tu fus une bonne mère, peut-être. Maintenant tu es pour sûr une vieille enquiquineuse et un héritage embarrassant. Tu es si noire, Zola Louisiane Jackson, et ton fils café au lait, ton fils mulâtre aux merveilleux yeux verts a ces traits fins qui répondent aux canons de la beauté blanche suprême – si noire, vieux pruneau sec, bien sûr que ton fils a honte de toi ! Bien sûr il te fuit ! Tu n'iras jamais dans les hauteurs vertes et fraîches de Buckhead ; les grandes demeures de vieil Atlanta ? Et pourquoi pas le bal annuel du gouverneur ! Ne rêve pas ma fille, jamais tu n'y entreras, sauf à ramper sous la porte de service. Tu n'es qu'un boulet de charbon. ».


    Un récit très émouvant !

    Lien : http://www.stemilou-books.com/article-zola-jackson-gilles-leroy-5288..
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    Critique de qualité ? (11 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par BVIALLET, le 26 mai 2012

    BVIALLET

    Zola Jackson est une vieille institutrice noire qui vit seule avec sa chienne dans un quartier défavorisé de La Nouvelle Orléans. Son fils Caryl, homosexuel ayant suivi de brillantes études est mort d'une longue et douloureuse maladie. Zola n'a jamais accepté sa liaison avec Troy MacIntosch un avocat blanc. En août 2005, quand l'ouragan Katrina s'abat sur la ville, quand les digues du Lac Pontchartrain cèdent les unes après les autres, engloutissant des quartiers entiers, Zola refuse de quitter sa maison alors que les eaux envahissent d'abord son rez de chaussée, puis son premier étage. Il ne lui reste plus qu'à attendre la mort, coincée dans son grenier avec sa vieille chienne Lady, sans rien à boire ni à manger...
    Un roman émouvant, dramatique et plein d'humanité. le talent de Gilles Leroy amène le lecteur à se sentir rempli de compassion pour cette vieille femme pas du tout « tendance » sur laquelle la vie s'est acharnée et qui résiste avec courage tout en se remémorant, un peu dans le désordre, les faits marquants de sa pauvre existence : sa liaison éphémère avec un jeune étudiant blanc anarchiste, sa mise à la rue quand elle dut avouer à sa mère qu'elle était enceinte, Caryl, son fils métis aux yeux verts, si beau et si intelligent, gaspillant selon elle ses talents avec un compagnon blanc qu'elle n'apprécie pas. Une belle histoire dans un style proche de celui d'Hemingway par l'auteur d'Alabama song (Prix Goncourt 2007)

    Lien : http://www.etpourquoidonc.fr/
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    • Livres 4.00/5
    Par Chouchane, le 07 mai 2012

    Chouchane
    Zola Jackson c'est le roman de deux dévastations, celle d'une mère déchirée et d'une terre traversée par un ouragan. Zola est une femme énergique, anti-conformiste et bonne cuisinière. Elle porte à son fils unique un amour absolu et maladroit fait de grandeur et d'erreur. Son existence patiemment construite pour le bonheur de ce fils va s'effilocher morceaux par morceaux avec la mort de ceux qu'elle aime. Avec ce roman Gilles Leroy met en perspective deux drames. Celui d'une femme qui traverse un chagrin insondable et celui de la Nouvelle Orléans qui, dans le pays le plus puissant au monde, restera abandonnée de longs jours à un désastre écologique sans précédent. On avance dans l'histoire par touches pas forcément chronologiques : La réussite scolaire de Caryl le fils de Zola, le combat des droits civiques aux E.U, la question de l'homosexualité, l'existence pauvre de la communauté noire, la vie quotidienne de cette communauté entre solidarité et jalousie, la violence inouïe de Katrina, des digues garanties infaillibles qui cèdent et la montée inexorable des eaux pestilentielles où flottent cadavres humains et animaux. Zola, comme un reflet de son état d'âme, va se retrouver bloquée seule avec sa chienne Lady dans son grenier inondé. Refusant d'abandonner l'animal pour se sauver elle va rester sans eau, sans nourriture et sans air frais dans cet espace confiné. Mais la vie n'a pas dit son dernier mot et la fin émouvante laisse la part belle à la tendresse.
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    • Livres 4.00/5
    Par lehane-fan, le 10 août 2011

    lehane-fan
    James Lee Burke , dans l'excellent La nuit la plus longue , avait utilisé l'ouragan Katrina en toile de fonds . Gilles Leroy a décidé , lui , de se focaliser sur un personnage central en pleine tourmente et grand bien lui en a pris .
    Zola Jackson , contrairement a Tous ses voisins , a décidé de rester ! L'ouragan Betsy ne l'avait pas fait plier , Katrina n'y arriverait pas plus ! Aaaaahhhh , Betsy , 1965 , l'année de naissance de son fils Caryl . C'est précisément cette date tragique et pourtant bénie qui va etre l'élément déclencheur de ce roman . Zola fait desormais face à deux ouragans aussi prégnants l'un que l'autre : Katrina et son parcours de vie , deux évenements à priori bien distincts mais oh combien similaires dans leur triste et dévastatrice inéluctabilité...
    Zola ( prénom loin d'etre anodin ) aurait pu etre l'heroine d'un roman d'Emile ! Cette mere courage a essuyé bien des tempetes et tient toujours la barre avec plus ou moins de volonté et de réussite . Elle est noire , institutrice , mere célibataire d'un petit métis aux yeux verts , qu'elle poussera inexorablement à étudier encore et encore , le savoir étant pour elle le socle de toute une vie . Puis il y aura son mari Aaron , rigide , travailleur infatigable qui prendra sous son aile protectrice cette jeune femme au caractere bien trempé et cet enfant qui n'est pas le sien..Caryl , justement , brillant , aimant mais préférant les hommes , notamment ce Troy que Zola n'apprécie pas beaucoup . Elément vital de cette aventure également , Lady son chien , sa béquille , sa raison de survivre peut-etre....
    Voila , les personnages sont esquissés , les drames peuvent survenir un à un telle la foudre qui pourtant , dit-on , ne frappe jamais deux fois au meme endroit...Erreur !
    Zola est un personnage forcément attachant . de par son caractere tout d'abord . Elle refuse de ressembler à toutes ses voisines superficielles qui ne jurent que par les réunions tupperware et avon , se créant , de fait , assez peu d'amies...Je prefere etre seule que mal accompagnée aurait pu etre sa devise !
    Attachante de par ses rapports à ce fils prodigue qu'elle vénere plus que tout au monde , et ce malgré ce Troy de malheur qu'elle doit supporter pour Caryl . C'est une mere volontaire dont les digues , à l'instar des divers barrages environnants , sont sur le point de ceder une à une . Un combat de Tous les instants contre les éléments extérieurs déchainés mais surtout la formidable remise en question d'une épouse et mere qui déroule , au fil des heures , le film d'une vie d'épreuves !
    J'ai particulierement apprécié ce petit pamphlet sur ces stars hollywoodiennes en mal de notoriété : Sean Penn , si tu nous regardes...
    Zola Jackson , un récit sombre et touchant au pays du Blues . La tristesse peut etre belle...
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  • Par InColdBlog, le 16 septembre 2010

    InColdBlog
    Août 2005. Katrina menace la Nouvelle-Orléans.
    Pas de quoi paniquer Zola Jackson, ancienne institutrice du quartier noir de Gentilly. Des ouragans, elle en a vu passer bien d'autres dans sa déjà longue vie. Ce n'est pas celui-là, un de plus, qui va l'effrayer.
    Tandis que la plupart de ses voisins commencent à évacuer, elle choisit de rester chez elle, en compagnie de sa chienne Lady, ignorant les injonctions de la police." « Mais on ne quitte pas la Nouvelle Orléans. On y naît. On y crève. C'est comme ça. »" Femme de caractère à qui on ne la raconte pas, elle s'est organisée. Elle est prête et attend de pied ferme le passage de l'ouragan.
    Seulement, sous les violents assauts de Katrina, les digues qui protègent la ville vont céder l'une après l'autre. Les eaux du Lac Pontchartrain envahissent les rues de la Nouvelle-Orléans ; les quartiers pauvres, à majorité noire, seront les premiers – et les plus sévèrement – touchés.
    Seule dans sa maison avec Lady, Zola regarde, impuissante, les eaux monter inexorablement. Elle va devoir déserter le rez-de-chaussée pour trouver refuge dans sa chambre à l'étage, puis quand l'eau charriera son lit, grimper dans les combles obscurs sous le toit.
    Les vents rageurs et la pluie tonitruante font place à une canicule suffocante. Dehors, les eaux pestilentielles charrient les débris, les rats crevés, les cadavres. Parfois, elle reconnait un voisin, un de ses anciens élèves.
    Cinq jours durant, cloîtrée dans son arche, prisonnière des eaux, attendant les secours qui tardent à arriver, Zola fait le bilan de sa vie. A l'instar des éléments extérieurs, les digues de sa mémoire vont céder pour laisser échapper des flots de souvenirs dont les plus marquants vont remonter à la surface : son fils adoré, Caryl ; son mari, Aaron ; ses élèves et ses collègues de l'école…
    Quel beau roman, quelle personnage magnifique, cette Zola Jackson !
    Alors qu'elle envisage sa mort probable en attendant l'arrivée d'éventuels secours, Zola va laisser vagabonder ses pensées. Au fil de ses souvenirs, brouillés progressivement par les bières, le manque de nourriture et l'épuisement, va se dessiner le portrait décousu de ce fils unique à qui elle a tout sacrifié et auquel elle voue un amour absolu. Caryl, sa fierté, pour qui elle a toujours souhaité ce qu'il y a de mieux, se montrant intraitable - et parfois injuste - pour qu'il réussisse sa vie et échappe ainsi à sa double peine : noir et pauvre.

    Lors de ses allers-retours entre présent et passé, Zola va également évoquer son mari, l'homme qui a bâti la maison dans laquelle elle est réfugiée aujourd'hui, qui l'a recueillie elle et son jeune fils métis, né d'une aventure sans lendemain avec un blanc. Ce blanc que lui rappelle trop cruellement, par son apparence physique, Troy, le petit ami de Caryl.
    Parallèlement, en trame de fond, Gilles Leroy aborde des thèmes plus politiques : la façon dont l'administration Bush a géré la catastrophe, la couverture obscène du drame par les médias et sa récupération par certaines vedettes d'Hollywood.
    Il décrit la condition des noirs aux États-Unis, et plus précisément dans les états du sud, population gangrénée par la violence, les gangs et le racisme (blancs/noirs, noirs/métis), laissée pour compte par l'élite blanche, à tel point que les habitants des quartiers défavorisés devront attendre plusieurs jours avant que les secours s'intéressent à eux.
    Le tout se déroule dans une Louisiane des plus réalistes, qui n'est pas juste un simple décor de carton pâte posé là pour apporter un peu d'exotisme au récit, mais qui est bien un personnage à part entière. En cela Leroy réussit là où Besson avait échoué avec Un homme accidentel et La trahison de Thomas Spencer.
    Au fil de son monologue intérieur, Zola Jackson passe par une palette d'émotions successives qui dévoilent un personnage complexe, tout à tour inébranlable et vulnérable, aimante et rancunière ; une femme vraie avec ses forces et ses fêlures.
    En à peine plus d'une centaine de pages d'un récit habilement construit, Gilles Leroy dresse le portrait subtil d'une femme volontaire, courageuse, digne et profondément émouvante, sans jamais verser dans le misérabilisme malgré un épilogue en mode happy end.
    Un roman déchirant qui est un grand cri d'amour d'une mère pour son fils


    Lien : http://www.incoldblog.fr/?post/2010/08/29/Une-page-d%E2%80%99amour
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Citations et extraits

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  • Par castabea, le 22 mai 2012

    Sur l'oreiller voisin, la chienne roulée en boule gémit et frissonne, les yeux révulsés sous la paupière rouge ourlée de noir. Elle doit faire un rêve. Un rêve mauvais, un rêve cruel, comme celui qui pendant quelques minutes ou quelques heures a fait revivre Caryl sous mes paupières noyées - et il faut en passer par ce temps supendu, cette hésitation sur l'heure et le jour, la mémoire et l'espoir, cet insidieux et lent retour du réel, qui en moins d'une seconde fera chavirer le jour nouveau en nouvel enfer, fera succéder aux larmes de joie un torrent de douleur.
    Car il est mort. Caryl est mort. Il sourit sur la table de chevet, mais en fait il est mort. Il est si beau. Il sourit en se retenant d'éclater de rire.
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  • Par castabea, le 22 mai 2012

    Dieu d'indifférence, où es-tu ? Te souviens-tu de tes enfants ? Te souviens-tu de les avoir livrés au monde ? Tu es celui qui abandonne, et l'abandon on a assez de ça chez nous, sur notre pauvre terre, l'abandon on en aurait à revendre et c'est bien pourquoi je te renonce, je t'abolis et je te recrache, Seigneur mon maître et Dieu de merde.
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  • Par InColdBlog, le 16 septembre 2010

    Troy a rapporté les affaires de Caryl, sanglées à l’arrière du pick-up. Lorsqu’il a soulevé la bâche, j’ai vu les trois cantines en métal et une grosse vingtaine de cartons de livres ainsi que des caisses pour les disques. « Ça tient là-dedans, une existence de vingt-neuf années ? Tout est contenu là ? » Il a haussé les épaules et soupiré : « Trente ans. Il aurait eu trente ans hier. »
    Et moi : « Je sais bien, Troy. Je n’ai pas envie de partager ce moment avec vous. Je préfère être seule. Gardez les livres. Gardez les vêtements et la musique. Gardez tout. je veux juste mes lettres et sa chaîne en or avec la croix. La croix en or de ses quinze ans. »
    Troy rougit, il cligne des yeux avant de détourner le regard. De deux doigts tremblants, il déboutonne son polo noir et je reconnais à son cou la chaîne, la croix et la plaque d’identité.
    Je crois que ma voix aussi a tremblé. « Garde-la, elle est à toi. Ce n’est que justice que tu l’aies. » Derrière les lunettes cerclées, les yeux de Troy clignent plus vite. « Je ne peux pas la garder. Plus maintenant. » De ses doigts gourds et nerveux, il cherche la fibule de la chaîne, la décroche. Il ébauche le geste de me la passer au cou, mais je raidis la nuque et recule. J’ai ouvert la main où Troy laisse lentement couler la chaîne tel un filet de sable froid.
    « Pardon », ai-je dit en refermant ma paume sur ce pauvre trésor, ces quelques grammes de métal doré qui, pour deux êtres endeuillés, revêtait le poids merveilleux de l’amour soustrait.
    « Pardon, je ne sais pas être autrement avec toi. Tout contact m’est impossible, toute intimité. J’ai accepté de t’embrasser quatre fois par an pour ne pas faire de peine à mon fils. Cela me révulsait. Maintenant qu’il est mort, nous ne sommes plus tenus de rien, n’est-ce pas ? Plus de cinéma, plus d’obligations diplomatiques. »
    Lui, alors, dans un murmure : « Mais moi, je vous aime vraiment bien et… ça ne me répugnait pas, moi, de vous serrer dans mes bras. »
    Moi : « Pitié, ne rends pas les choses plus difficiles. Je sais bien ton histoire. Je sais tout. Caryl ne me cachait rien. Mais je n’aurais jamais pu être ta mère morte. Tu es assez intelligent pour le comprendre, pour le sentir au moins. »
    Troy ne bougeait pas, interdit, il basculait d’un pied sur l’autre, sans croire ce qu’il entendait.
    J’ai forcé le trait : « Tu es révoltant avec ton insistance à être aimé. Tu me fais penser à un chiot. Tu crois que c’est ton dû, l’amour des autres ? »
    Il a finit par sentir contre sa main la truffe de Lady qui depuis plusieurs minutes sollicitait une caresse. « Un chiot », reprend-il en glissant à genoux. Il ôte ses lunettes, enfouit sa tête dans le pelage de la chienne. Lady a fermé les yeux, comme si vraiment elle écoutait les mots chuchotés à son oreille. Je rentre dans ma cuisine d’où je les regarde, le temps que le café passe, immobiles et enlacés de longues minutes encore.
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  • Par Theoma, le 06 avril 2010

    Ils étaient beaux, les garçons, quelle que soit ma peine à le dire, et quelle que fût ma colère parfois ; ils étaient beaux, pas comme des gravures de mode, non, ils étaient si sérieux avec leurs petites lunettes cerclées de métal, il étaient si ternes dans leurs grandes chemises de flanelle, et, s'ils venaient à se frôler, dans l'escalier ou dans la cuisine, l'amour qui les unissait non seulement n'échappait à personne, même pas à la mère aveugle que j'étais, mais il explosait du cadre de la photo, il éclaboussait le monde et le monde en était renseigné alors, oui, vraiment, je crois que c'était le plus grand amour qu'il m'ait été donné de voir et j'ai craché dessus, cet amour je l'ai condamné au nom de ce que je méprise le plus, la reproduction, j'ai fait souffrir mon fils pour un principe auquel je ne croyais pas et je ne sais pas, je ne sais quand mon supplice trouvera sa fin.
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  • Par Pchabannes, le 20 juin 2010

    Nous demeurons pour eux la cité barbare la cité barbare, celle qui ne voulait pas apprendre l’anglais, qui n’aurait jamais le goût du puritanisme, qui fraternisait avec les Indiens et qui, comme eux, adorait les esprits du fleuve Mississippi avec bien d’autres divinités arrivées comme nous du monde entier et comme lui chamarrées. Et nous avons mêlé nos sangs, nos couleurs, nos langues et nos dieux métèques de tant de façons que sans doute nous avons mérité cette épithète de barbare. Il s’agit maintenant d’en payer le prix. Car l’on paie toujours cher sa volonté d’être, disait mon fils“
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