Anne décide, un peu sur coup de tête, un voyage par le Transsibérien jusqu'à Irkoutsk, sur les traces de Gyl, ami plutôt qu'amant dont elle n'a plus de nouvelles depuis quelques temps. Elle laisse derrière elle Clémence, une vieille voisine à qui elle fait parfois la lecture, Clémence pour qui le monde se réduit à un canapé rouge dans un couloir, un petit café au bas de chez elle et un quai de l'île Saint-Louis. On sent que l'amitié qui la lie à Clémence prend beaucoup de place dans sa vie, puisque Anne y pense même lorsque le train traverse la Sibérie, alors qu'elle observe ses compagnons de voyage.
Je me suis tout d'abord demandée si l'auteur allait nous raconter une histoire, ou se contenter d'aligner des chroniques. Non pas que je dénigre le genre « chroniques de voyage » mais j'aime bien savoir au début d'un livre où je vais. Finalement ce n'est pas seulement un livre qui raconte une histoire, il emmène en voyage, il raconte tous les voyages, les voyages littéraires, les voyages réels, les voyages dans la mémoire, les rencontres, l'évidence de certaines rencontres… Ce court roman contient de vrais moments d‘émotion, les personnages sont beaux, en particulier la vieille dame qui elle, précisément, n'a jamais voyagé, mais qui a aimé et qui sait tellement bien évoquer le passé. Les rencontres de voyage aussi sont émouvantes, lorsqu'elles sont racontées sans fioritures.
Ce qui ne m'a plu qu'à moitié, c'est le style, poétique, mais parfois un peu trop lyrique à mon goût, et appelant trop souvent l'émotion du lecteur. Défaut assez mineur, et qui ne reflète que mon avis, mais des phrases comme « Ces matins incertains, sans lieu précis, sans heure exacte ou même approximative, quelque part dans une durée indéterminée, me propulsaient bien au-delà du paysage visible. » me laissent de marbre et d'autres, avec beaucoup plus de simplicité, me touchent : « Dans le couloir du train où quelques gamins me guettaient pour me faire prononcer un ou deux mots russes en les écorchant, ce qui faisait jaillir leurs éclats de rire, il m'arrivait de l'imaginer assise entre ses coussins, avec dans son dos les toits chahuteurs de Paris, derrière la fenêtre qu'elle n'ouvrait jamais. » Et je pourrai trouver de nombreux autres exemples de cette nature, mais pour rester sur une note positive, c'est, à part donc quelques froncements de sourcils, un moment de lecture très agréable !
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