-
Par Outis le 15/01/2009
Parmi les choses que j’avais apprises à Auschwitz, une des plus importante était qu’il fallait toujours éviter de paraître « n’importe qui ». Tous les chemins sont fermés à qui semble inutile, tous sont ouverts à qui exerce une activité, voire la plus insignifiante.
-
Par chartel le 15/01/2009
En aucun autre pays d’Europe, je crois, il ne peut arriver de marcher pendant dix heures et de se trouver toujours à la même place, comme dans un cauchemar ; d’avoir toujours devant soi la route toute droite jusqu’à l’horizon, à ses côtés la steppe et la forêt, et derrière soi la route jusqu’à l’horizon opposé, comme le sillage d’un navire ; et pas un village, pas une maison, pas une fumée, pas une borne pour signaler qu’on a tout de même gagné un peu de terrain, pas âme qui vive si ce n’est quelques corneilles ou quelques faucons dérivant paresseusement dans le vent.
-
Par Outis le 15/01/2009
Tous les codes moraux sont rigides par définition : ils n’admettent ni nuances, ni compromissions, ni contaminations réciproques. Ils sont acceptés ou rejetés en bloc. C’est là une des principales raisons pour laquelle l’homme est grégaire et recherche plus ou moins consciemment à se rapprocher non pas de son prochain en général mais seulement de ceux qui partagent ses convictions profondes… Chacun sait combien il est malaisé d’avoir des rapports d’affaires, bien plus, de cohabiter avec un adversaire idéologique.
-
Par Nanne le 06/01/2010
C'est pourquoi, pour nous aussi, l'heure de la liberté eut une résonance sérieuse et grave et emplit nos âmes à la fois de joie et d'un douloureux sentiment de pudeur grâce auquel nous aurions voulu laver nos consciences de la laideur qui y régnait ; et de peine, car nous sentions que rien ne pouvait arriver d'assez bon et d'assez pur pour effacer notre passé, que les marques de l'offense resteraient en nous pour toujours, dans le souvenir de ceux qui y avaient assisté, dans les lieux où cela s'était produit et dans les récits que nous en ferions. Car, et c'est là le terrible privilège de notre génération et de mon peuple, personne n'a jamais pu, mieux que nous, saisir le caractère indélébile de l'offense qui s'étend comme une épidémie. Il est absurde de penser que la justice humaine l'efface. C'est une source de mal inépuisable : elle brise l'âme et le corps de ses victimes, les anéantit et les rends abjects [...].
-
Nous nous sentions vieux de plusieurs siècles, écrasés par une année de souvenirs sanglants, épuisés et sans défense. (p.248).
-
La nostalgie est une souffrance fragile et douce, radicalement différente, car plus intime et plus humaine, des autres peines qui nous avaient été infligées : coups, faim, froid, terreur, dégradation, maladie. C'est une douleur limpide et pure mais lancinante : elle envahit chaque minute, ne laisse pas de place pour d'autres pensées et provoque un désir d'évasion. (p.171).
-
Bien que de qualités intellectuelles et morales plutôt indigentes, il possédait dans une très large mesure la vertu qui, sous tous les cieux, est la plus nécessaire à la conquête du pouvoir, c'est-à-dire l'amour du pouvoir pour le pouvoir lui-même. (p.64).
-
Par Mondamoi le 18/01/2012
pendant des années nous nous sommes montrés objectifs, mais l'objectivité est inoffensive, elle n'a jamais servie à changer le monde. Il nous manque la passion, une passion que l'on pourrait crier ou penser ou écrire. Il faut hurler à l'oreille des gens parce que leur pseudo-surdité est une espèce d'autodéfense lâche et malsaine,
L'auteur parle des Uruguayens son pays .. mais pas que..
Elle me donnait la main et je n'avais besoin de rien d'autre.Cela me suffisait pour sentir que j'étais bien accueilli. Plus que l'embrasser, plus que la posséder, plus que toute autre chose, elle me donnait la main et c'était l'amour.
-
Je suis au centre d'un néant grisâtre et trouble, et soudain je sais ce que cela signifie, et je sais aussi que je l'ai toujours su : je suis à nouveau dans le Camp et rien n'était vrai que le Camp. Le reste, la famille, la nature en fleurs, le foyer n'était qu'une brève vacance, une illusion des sens, un rêve. (p.249)
-
C'est là le résultat le plus immédiat de l'exil, du déracinement : la prédominance de l’irréel sur le réel. (p.119).