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Pour approcher l’œuvre de Primo Levi, peut-être aurait-il fallu débuter par le très populaire "Si c’est un homme", mais il était dit que je ne le pouvais pas. Chose surprenante, alors que je m’étais décidé à acheter ce récit autobiographique de l’expérience concentrationnaire dans le camp d’Auschwitz, je fus contraint de me rabattre sur une autre œuvre de Primo Levi parce que "Si c’est un homme" ne figurait pas dans les rayons de la librairie. Mon choix se porta alors sur "La Trêve" , récit également autobiographique, mais traitant de la période qui suit, celle de la libération et du retour en Italie. Période de l'entrée progressive dans la vie et d’une reconstruction personnelle.
Primo Levi aime peindre les divers personnages rencontrés au cours de son périple, des hommes et des femmes qui, souvent, ne font que croiser la route du rescapé d’Auschwitz, mais ces rencontres tissent la trame de ce roman, elles participent à la vie itinérante, aux déplacements réguliers d’un camp d’accueil à un autre, dans une Europe en ruine et une Russie libératrice qui, tant bien que mal, acheminera ces êtres ressuscités jusqu’à leur terre natale, après plusieurs mois d’incertitudes, de doutes, et d’incompréhensions. Cette trêve, temps de la convalescence, présente aussi des hommes qui, ayant frôlés la mort et le néant, veulent vivre pleinement leur existence, sans peur, honte ni fatalité.
Le livre raconte la quasi-année que passa Primo Levi à rejoindre son Italie natale après sa libération d'Auschwitz en janvier 1945 : il recouvre peu à peu la santé, la faim le tenaille toujours, il rencontre un tas de personnages pittoresques, quelques jeunes femmes le troublent, il reprend goût à la vie...
Ecrit sur le mode des "tribulations d'un Juif en Europe centrale", l'écriture est fluide, élégante, jamais maniérée, et le livre recèle de nombreux moments franchement comiques, ce qui le rend encore plus agréable à lire.
Le livre raconte la quasi-année que passa Primo Levi à rejoindre son Italie natale après sa libération d'Auschwitz en janvier 1945 : il recouvre peu à peu la santé, la faim le tenaille toujours, il rencontre un tas de personnages pittoresques, quelques jeunes femmes le troublent, il reprend goût à la vie...
Ecrit sur le mode des "tribulations d'un Juif en Europe centrale", l'écriture est fluide, élégante, jamais maniérée, et le livre recèle de nombreux moments franchement comiques, ce qui le rend encore plus agréable à lire.
ce document qui commence là où Si c'est un homme s'arrêtait, à la libération du camp de Buna-Monowitz (tout près d'Auschwitz) par l'armée russe en février 1945.
La libération des camps de concentration n'était hélas pas la fin des épreuves, la mort était encore présente, la guerre continuait ailleurs...
Les survivants de l'infirmerie sont pris en charge bien sûr, mais ballottés de lieu en lieu. Primo Levi est malade, affamé, frigorifié.
"Nous avions espéré un voyage bref et sûr, vers un camp équipé pour nous recevoir, vers un succédané acceptable de nos foyers; et cet espoir faisait partie d'un espoir bien plus grand, l'espoir en un monde droit et juste, miraculeusement rétabli sur des fondements naturels après une éternité de bouleversements, d'erreurs et de massacres, après le temps de notre longue patience. C'était un espoir naïf, comme tous ceux qui reposent sur une distinction trop nette entre le bien et le mal, entre le passé et l'avenir : mais nous, nous en tirions la force de vivre. " (...)
" La liberté, l'improbable, l'impossible liberté, si éloignée d'Auschwitz que nous ne la voyions qu'en rêve, était arrivée : mais elle ne nous avait pas menés à la Terre Promise. Elle était autour de nous, mais sous la forme d'une plaine inexorable et déserte. De nouvelles épreuves nous attendaient, de nouvelles peines, de nouvelles faims, de nouveaux froids, de nouvelles peurs."
Primo Levi raconte aussi au moyen de nombreuses anecdotes très vivantes les menus détails quotidiens de leur vie dans de nouveaux camps, les contacts avec les polonais, les russes.
Et arrive (enfin!) la fin de la guerre. l'espoir d'être rapatriés en Italie augment, un convoi démarre vers Odessa... Mais il repart vers le nord et l'attente continue pour des centaines d'hommes, femmes et enfants (mais tous ne venaient pas de camps de concentration)
"Mais les Russes, à la différence des Allemands, ne possédaient que dans une faible mesure le goût des distinctions et des classifications. Quelques jours plus tard, nous étions tous en route vers le nord, vers un but imprécis, de toute façon vers un nouvel exil. Italiens-Roumains et Italiens-italiens, tous dans les mêmes wagons de marchandises, tous le coeur serré, tous livrés à l'indéchiffrable bureaucratie soviétique, puissante, obscure et gigantesque, non point malveillante envers nous, mais soupçonneuse, négligente, ignorante, contradictoire et, dans les faits, aveugle comme une force de la nature."
"L'administration russe s'occupait si peu du camp qu'on aurait douté de son existence : mais elle devait bien exister puisqu'on mangeait tous les jours. En d'autres termes, c'était une bonne administration."
Et c'est seulement à l'automne qu'un convoi les emmène vers l'Italie, via la Roumanie, la Hongrie, l'Autriche, l'Allemagne ...
"En errant dans les rues de Munich pleines de ruines, (...) j'avais l'impression de me promener au milieu de débiteurs insolvables, comme si chacun me devait quelque chose et refusait de me payer. (...) Il me semblait que chacun d'eux aurait dû nous interroger, déchiffrer notre identité sur notre visage et écouter humblement notre récit. Mais personne ne nous regardait dans les yeux, personne n'acceptait le débat; ils étaient sourds, aveugles, muets, retranchés dans leurs ruines comme dans une forteresse d'oubli volontaire..."
Et finalement c'est l'Italie!
"Nous étions partis six cent cinquante, nous revenions trois. Que n'avions-nous perdu pendant ces vingt mois? Qu'allions-nous retrouver chez nous? Quelle partie de nous mêmes avait été usée, consumée? Retournions-nous plus riches ou plus pauvres, plus forts ou plus vains? Nous n'en savions rien (...). Nous sentions couler dans nos veines, mêlé à notre sang exténué, le poison d'Auschwitz. (...) Nous nous sentions vieux de plusieurs siècles (...) Les mois que nous venions de passer à vagabonder aux confins de la civilisation nous apparaissaient maintenant, en dépit de leur rudesse, comme une trêve, une parenthèse de disponibilité infinie."
Primo Levi garde le style sobre de Si c'est un homme pour nous narrer ses aventures tragiques et parfois comiques, il a le don de décrire ces hommes qu'il a rencontrés ou suivis. Il rend bien aussi l'impression d'un immense déplacement de population et de destruction dans les parties de l'Europe qu'il parcourt. C'est bourré d'énergie, d'envie de vivre, de se débrouiller, de s'en tirer. Il faut vraiment découvrir tous les épisodes parfois incroyables de cette véritable odyssée.
Mais on sent aussi que cette expérience pèsera toujours sur lui. Même dès cette époque il ressent déjà quelle sera sans doute la difficulté de la partager.
Est-il nécessaire de préciser que ce livre, lui aussi, doit absolument être lu?
Lire la suite: http://en-lisant-en-voyageant.over-blog.com/article-primo-levi-la-treve-39395309.html#ixzz0cCkjddYu
Lien : http://en-lisant-en-voyageant.over-blog.com/article-primo-levi-la-tr..
Le 27 janvier 1945, le camp de Buna-Monowitz est libéré par quatre soldats russes, arrivés là par hasard sur leurs chevaux. Pour Primo Levi et ses camarades, laissés sur place par leurs tortionnaires plus pressés de fuir l'avance de l'Armée Rouge que de suivre les ordres au pied de la lettre, ce 27 janvier est un jour comme les autres. On traîne les morts jusqu'à la fosse commune pour libérer de la place à l'infirmerie du camp, on tente de survivre avec rien, on attend. Quoi ? La fin de l'horreur ou le début cauchemardesque de la culpabilité du survivant ? En attendant, les rescapés vont être pris en charge par de robustes infirmières de l'Armée soviétique, dont le premier geste sera une bonne - et non moins réelle - douche tiède pour tous. C'est à cette occasion que Primo Levi apprendra ses premiers mots russes : "Po malu, po malu !" ("Doucement, doucement !").
Lavé, rasé pour une ultime fois, habillé de frais, il sera séparé de ses amis français en meilleure forme que lui, pour être renvoyé à l'infirmerie, dans un autre "Service des contagieux".
Lien : http://dunlivrelautredenanne.blogspot.com/2010/01/le-retour-la-vie.h..