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ISBN : 2259228747
Éditeur : Plon (2014)


Note moyenne : 4.07/5 (sur 306 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
"Je hais les voyages et les explorateurs" : la première phrase de Tristes tropiques donne le ton. Claude Lévi-Strauss, philosophe de formation, n'est ni un marchand d'exotisme ni un amateur d'anecdotes ; la longue confession qu'il nous livre ici rela... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par jcfvc, le 01 décembre 2009

    jcfvc
    Tristes Tropiques est un livre polyphonique. Malgré la haine des voyages et des explorateurs affirmée dès la première phrase, le texte est, en fait, outre sa dimension ethnologique, anthropologique, géographique, géopolitique et philosophique, un formidable témoignage des aventures et tribulations -parfois dangereuses - de l'auteur en Amazonie, à la recherche de tribus demeurées à la frange du monde "civilisé".
    L'auteur, contrairement à ce qu'il proclame dans la phrase initiale, se fait aussi explorateur lorqu'il s'attarde parfois avec précision sur les préparatifs des expéditions qu'il envisage et les dangers qui peuvent survenir dans un pays où les voies de communication sont le plus souvent inexistantes et où l'on peut rencontrer des populations hostiles, aux réactions imprévisibles
    L'ouvrage comprend également des descriptions sompteuses, dignes de celles des meilleurs écrivains, au sujet des paysages de savanes désertiques du Matto grosso et de la forêt amazonienne, mais aussi des pages splendides sur l'Inde et ses bidonvilles sordides, ses temples, les personnages que l'on y rencontre. On y trouve des passages descriptifs d'anthologie, le plus beau étant sans doute celui où il est question d'un coucher de soleil sur l'océan, au passage de l'équateur. Ceux qui sont à la recherche d'exotisme et de sensations fortes ne seront donc pas déçus par la lecture du livre le plus connu et le plus "abordable" de Levi-Strauss, même s'il leur faudra aussi "s'accrocher" parfois, car les réflexions de ce "voyageur" de génie, partant de faits concrets constatés lors de ses rencontres avec le monde et ses populations ne se satisfont jamais des clichés occidentaux véhiculés dans la littérature de voyage habituelle.
    Au delà du pittoresque, Levi-strauss, est toujours à la recherche des "structures" profondes du tissu social, expliquant les comportements et les hiérarchies en vigueur dans une culture donnée.
    La méthode structuraliste est déjà presque parvenue à maturité, mais elle s'y déploie sous une forme concrète et compréhensible ici, n'ayant pas encore atteint le degré d'abstraction des ouvrages plus théoriques. On la trouve dans la manière dont les tabous régissant les relations entre les divers clans, les interdits alimentaires et topographiques prévalants dans telle ou telle tribu sont décrits et expliqués.
    On reconnait déjà la démarche propre à l'auteur, qu'il théorisera plus tard, dans la manière dont il envisage la fonction sociologique des mythes. Selon lui, il servent principalement, en dernière instance, à masquer ou à justifier les inégalités sociales qui sans cet "inconscient collectif" façonné par le discours mytologique, serait insupportable aux castes et couches défavorisées. Pas étonnant, dans ces conditions, que la pensée Marxiste se soit intéressée au structuralisme, ceci malgré les divergences fondamentales de l'anthorpologie structurale fondée par Levi-Strauss, avec les philosophies post-hégéliennes voulant que l'Histoire tende vers une fin idéale en passant par des stades de plus en plus évolués.
    L'un des aspects les plus intéressants du livre est d'ailleurs la façon dont la méthode d'analyse est apliquée aux sociétés non primitives, mais toujours "sous-développées" qu'il découvre lors de ses missions à l'étranger : Inde et Brésil notamment. Mais ces digressions géographiques, sociologiques et geopolitiques, éclairées par l'approche structuraliste, incluent aussi des des considérations comparatives sur l'urbanisme des cités du nouveau et de l'ancien monde, sur l'avènement de l'écriture, sur le Boudhisme, l'Islam et le Christianisme, etc...
    L'un des intérêts principaux du livre réside d'ailleurs dans le fait qu'il prend le plus souvent le contre-pied des idées dominantes de l'époque sur les questions évoquées ci-dessus (et sur bien d'autres).
    Le message demeure encore très largement politiquement incorrect aujourd'hui, malgré un concensus actuel - qu'il a largement contribué à construire - sur certains sujets : Les civilisations se valent, l'occident doit se départir de son attitude arrogante et ethnocentrique, nécessité de préserver la nature et les cultures premières, etc....
    Je ne m'attarderai pas là-dessus, car ces choses là sont considérés comme l'héritage principal de Levi-Strauss et sont partagées désormais par le plus grand nombre.
    Il n'y a pas de place, dans le cadre de cet article pour citer de larges extraits de "Tristes Tropiques". Je me contenterai donc de signaler rapidement , dans les citations quelques sujets sur lesquels la pensée contemporaine aura du mal à récupérer le père de l'Anthropoogie structurale, tant ses conclusions divergent d'une lecture "progressiste", post-moderne et quelque peu anachronique de l'oeuvre :
    - le dialogue des civilisations est impossible. Les "rencontres historique" entre des peuples que tout sépare se soldent toujours par l'aservissement d'une culture par celle qui est la plus technologiquement développées. Dans ces conditions, il vaut mieux que les peuples se côtoient sans se rencontrer... On ne peut être plus désabusé et pessimiste. le discours dominant veut plutôt que les échanges soient porteurs d'enrichissement mutuel...
    - "Le consentement, dixit Levi Strauss, (et non la coercition comme on a tendance à le penser aujourd'hui ! c'est moi qui commente..) est le fondement psychologique du pouvoir." "la réciprocité est un autre attribut dondamental du pouvoir ....par un jeu sans cesse renouvelé de prestations et de privilèges, de services et d'obligations"
    Ceci, toujours selon Levi-strauss "n'est pas un phénomène purement moderne, C'est un retour à la nature fondamentale de l'organisation sociale et politique"
    - le désir d'obtenir richesses et privilèges n'explique pas fondamentalement la vocation pour devenir chef. Il ya dans tout groupe humain, des hommes qui, à la différence de leurs compagnons aiment le prestige pour lui-même, se sentent attirés par les responsabilités, et pour qui la charge des affaires publiques apporte avec elle sa récompense".
    A elles seules ces deux connlusions vaudraient aujourd'hui à Levi-Strauss les pires quolibets s'il tentait de les expliquer à une assemblée incrédule, tant nous pensons que les hommes politiques sont attirés avant tout par les avantages que procure le pouvoir.
    Que dire également de l'écriture, considérée par tous comme un outil d'émancipation des peuples à l'égard des puissants. Levi-strauss dit presque exactement le contraire, à savoir qu'elle apparait comme un instrument de domination de ces puissants envers les humbles. Selon l'auteur de Tristes Tropiques, elle parait "favoriser l'exploitation des hommes avant leur illumination" . "Sa fonction primaire est de favoriser l'asservissement". Mais il faudrait accompagner ces affirmations de larges extraits pour expliquer comment Levi-Strauss parivient à ces conclusions peu orthodoxes.
    Que n'entendrait pas Levi-Strauss, quelle fatwa l'aurait frappé si les barbus fondamentalistes avaient lu le dernier chapitre du livre ! Pour l'auteur en effet, l'Islam, qui "se développe selon une orientation masculine", est, des trois religions, la pire qui soit. Son principal péché est d'avoir fait écran entre le Bouhisme (pour lequel il n'y a pas d'au-delà) et le christianisme. L'Islam comme le christianisme, cède à la peur de la mort en "rétablissant l'autre monde". Il est "l'occident de l'orient" . Il "enchaîne le monde temporel au monde spirituel", encore plus que le christianisme. Dans la religion révélée par Mahomet, "la politique devient théologie". A cause de l'Islam (et toujours selon Levi-Straus) "l'Occident a perdu sa chance de rester femme". Sans lui, une osmose de la pensée européenne eût été possible avec le boudhisme, "qui nous eût christianisés davantage et dans un sens d'autant plus chrétien que nous serions remontés en deça du christianisme lui-même". Religion intolérante par excellence bien qu'ayant inventé la tolérance envers les "infidèles", l'Islam (toujours selon Levi-Strauss) cloître et "néantise" autrui, à commencer par les femmes.
    Là aussi, il faudrait citer l'ensemble du dernier chapitre pour comprendre les reproches adressés par Levi-Strauss à cette religion, qui n'on rien à voir avec une attitude raciste. Il reproche en effet à la France de ne pas donner l'égalité des droits aux µ25 millions de citoyens musulmans vivant à l'époque dans nos colonies et de ne pas faire
    ce que fit l'Amérique en son temps, c'est dire de "gagner une pari dont l'enjeu était aussi grave que celui que nous refusons de risquer", à savoir de "se laisser submerger par cette vague" ... d'immigration.
    Voilà de quoi montrer à l'éventuel futur lecteur de ce livre, que Levi-Strauss, tout en tenant parfois des propos "hérétiques" pour une pensée progressiste, n'est pas tout à fait le réac passéiste que certains voudraient nous présenter
    - Enfin et surtout, comble du politiquement incorrect pour l'intelligentsia Française moderne, l'auteur de Tristes Tropiques fait un parallèle étrange, surprenant et "hérétique" pour des gens de gauche, entre la pensée issue des lumières et de la révolution d'une part et l'Islam d'autre part. Il observe, chez les musulmans et chez nous, "la même attitude livresque, le même esprit utopique, et cette même conviction obstinée qu'il suffit de trancher les problèmes sur le papier pour en être débarassé aussitôt"
    Même croyance, dans les deux cultures, d'une supériorité sur les autres, même incapacité à penser les problèmes contemporains autrement que par l'évocation d'une grandeur passée :
    "Nous ne nous rendons pas compte que l'univers ne se compose plus des objets dont nous parlons. Comme l'Islam est resté figé dans sa contemplation d'une société qui fut réelle il y a sept siècles, et pour trancher les problèmes de laquelle il conçut alors des solutions efficaces, nous n'arrivons plus à penser hors des cadres d'une époque révolue depuis un sicèle et demi, qui fut celle où nous sûmes nous accorder à l'histoire".
    On ne peut mieux exprimer ce que je pense de la société française actuelle, de son conservatisme et de son conformisme anachonique sous un vernis de turbulence "révolutionnaire" frondeuse. Si l'on suit l'analyse telle que la propose Levi-strauss, cela expliquerait également la prépondérance de l'idéologie sur le pragmatisme chez les socialistes hexagonaux, qui prétendent avoir raison contre l'immense majorité de leurs camarades européens.
    Concernant le rôle de guide historique que la France aurait à jouer dans le monde, il ne se passe pas une semaine sans que nos politiciens, de droite comme de gauche assignent au pays la tâche de montrer la voie de la justice au monde enier, qui est censé nous envier à jamais nos institutions et la politique menée par nos dirigeants. Tout ceci au motif que le siècle des lumières et la révolution (sur le papier et non dans les faits") a su théoriser les termes d'un nouveau contrat social. Comme l'a très bien dit Badinter : "La France n'est pas le pays des droits de l'homme, elle est le pays de la déclaration des droits de l'homme", ce qui fait écho à la critique exprimée ci-dessus par le père de l'anthrophologie structurale sur notre esprit livresque et utopique, rejettant le pragmatisme et la résolution des problèmes concrets se posant à notre société à un moment donné de l'Histoire....

    Lien : http://jcfvc.over-blog.com
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    • Livres 5.00/5
    Par madameduberry, le 25 octobre 2013

    madameduberry
    Dans cet ouvrage d'ethnologie au ton très personnel, la philosophie danse avec la poésie, les splendides photographies de Lévi Strauss soulignent la beauté de l'écriture.
    Un des livres qui a marqué ma jeunesse, et infléchi le cours de mes études. Un temoignage d'une époque où l'humanité possédait encore des enclaves sans communication avec notre culture de l'écriture et donc de l'Histoire.
    La réflexion scientifique et philosophique menée à partir des observations faites par l'ethonologue font de Levi Strauss un penseur majeur de notre temps, malgré l'apparent caractère restrictif de son champ d'étude.
    Comment les modestes Caduveo et Nambikwara ont pu permettre de penser l'Homme, c'est la leçon de cet ouvrage et de tous ceux de cet auteur dont l'influence continuera longtemps à s'exercer, bien au-delà des phénomènes de mode en "isme".
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    • Livres 5.00/5
    Par peloignon, le 24 octobre 2012

    peloignon
    Écrit magistralement à la jonction de la littérature, de l'autobiographie, de la science et de la philosophie, ce livre compte parmi ceux que j'ai le plus apprécié.
    Lévi-Strauss, c'est le type idéal de l'intellectuel écrivain du XXe siècle, dont le discours englobe en virtuose la philosophie, l'art et la science. Ce sera par le biais de l'anthropologie, science encore toute neuve qui demandait à être, et en empruntant de manière heuristique la notion de structure à la linguistique, que ce philosophe de formation exprimera son formidable talent d'expression.
    Sont-ils tristes, ces « tropiques » (c'est-à-dire ces tribus encore plus ou moins qualifiables de « sauvages » à l'époque des débuts de l'anthropologie)? Pas vraiment, ou plutôt pas particulièrement plus que n'importe qu'elle autre réalité humaine. Ceci dit, le regard de Lévi-Strauss, à la fois aisément reconnaissable comme agencement de différentes influences de la civilisation occidentale (Rousseau, Marx, Saussure, Céline,…), et absolument unique en son agencement, leur donne une couleur délicatement idéalisée, propice aux reflets d'une fine mélancolie.
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  • Par Mijouet, le 03 mai 2013

    Mijouet
    Mijouet trop heureux de trouver enfin cet ouvrage chez Emmaüs, l'emporta à la maison sans l'ouvrir....
    Voila qu'il découvre un petit texte charmant et drôle sur les pages de couverture et de titre .
    Comment peut-on se débarrasser d'un livre aussi personnel que ça?
    Ceci n'est donc pas une critique, ni une citation, mais un petit morceau de vie et de malice anonyme:
    "Pour ton 23 anniversaire…
    …un petit livre pour te faciliter la vie! (éviter d'avoir à penser à le réemprunter plusieurs fois par semaines, jusqu'au jour où tu te décides pour de bon à y aller… d'avoir à présenter ta carte d'étudiant, qu'il aura fallu sortir de ton portefeuille que tu auras pensé à prendre, après évidemment avoir rempli une petite fiche pour laquelle il aura été nécessaire de se munir d'un stylo qui marche correctement (donc non-unijambiste etc.), et surtout t'éviter à avoir à penser avec une anxiété croissante à le rendre devenue si forte que des mots de ventre terribles t'empêcha de suivre avec toute l'attention demandée tes cours indispensables à la réussite de tes études, obtention de diplômes, recherche d'un bon travail, belle vie!!! Tu vois, quand je te dis que ce livre te facilitera la vie, il te la rendra même plus belle… c'est un absolu!
    J'aime les absolus. *
    *( Mince, c'est pas pour le bon livre!)"
    Tristes
    Tropiques
    "Je t'embrasse mon D…… et je souhaite que cette année soit pour toi remplie de petits bonheurs (ce sont les meilleurs!) et de réussite en tous genres.
    Bonne lecture !
    E….."


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    • Livres 5.00/5
    Par CraboBonn, le 10 décembre 2012

    CraboBonn
    Ce livre n'est pas un roman mais vaut sincerement le detour et sans doute meme un retour tant il donne a voir, a entendre et a reflechir. Difficile de resumer les quelques 500 pages (en poche) de ce texte qui s'ouvre sur une « non invitation au voyage » et une critique des livres « de voyage ». Apres avoir offert une critique des sociologues et ethnographes de son temps, Levi-Strauss raconte son retour au Bresil a l'entree de la guerre. A la suite de cette introduction peu commune (par sa thematique et par sa temporalite), Levi-Strauss nous conte sa premiere arrivee au Bresil, quand il fut appele a enseigner en 1935(?) la Sociologie a l'Universite de Sao Paulo. Une arrivee dans le « nouveau monde » redigee avec style, acuite et culture. Petit a petit, le sociologue fait place a l'ethnographe. Une quatrieme partie intitulee » la terre et les hommes » nous fait lentement penetrer dans les coins recules du Bresil. A la suite de quoi le texte se fait peut-etre plus ethnographique de par le recit de sa vie parmi diverses « tribus » alors (relativement) isolees du Bresil continental. On y decouvre a la fois la variete des modes de vie de ces tribus, que la vie de l'ethnographe de terrain. Un regard a la fois de scientifique mais aussi de penseur. Il ne s'agit pas seulement de regarder le monde mais aussi de le comprendre. La derniere partie pose la question de la motivation de l'ethnographe qu'etait Levi-Strauss et de l'ethnographe en general, et de sa position dans « sa societe ». Il dresse en quelque sorte le paradoxe de l'ethnographe qui quitte sa societe et consacre son temps a une autre societe (« plus primitive ») tout en devant garder un regard objectif sur celle-ci (l'acte de quitter implique un classement de la societe etudiee vis a vis de la societe quittee). Dans ces pages, l'avant dernier chapitre apparait un peu comme une surprise puisqu'il y pose un regard tres dur sur l'islam au travers d'une experience indienne. Un texte qui subirait sans doute beaucoup de critiques si il etait ecrit aujourd'hui et qui ne se justifie pleinement que par le chapitre suivant.
    Voici donc une tres mauvaise et maladroite description de ce livre remarquable qui bien qu'etant ecrit autour de 1955, n'est pas du tout poussiereux. Ecrit dans un style qui ferait palir nombre de romanciers (ce n'est pas pour rien que l'Academie Goncourt aurait souhaite a l'epoque lui attribuer le prix), ce livre est reelement un grand livre pour peu que l'homme et ses mysteres vous interresse. Levi Strauss etait sans aucun doute un homme d'exception et le temoignage qu'il offre dans ces « Tristes tropiques » touche a « l'universalite ».
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Citations et extraits

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  • Par jcfvc, le 01 décembre 2009

    - Le dialogue des civilisations est impossible. Les "rencontres historiques" entre des peuples que tout sépare se soldent toujours par l'aservissement d'une culture par celle qui est la plus technologiquement développée. Dans ces conditions, il vaut mieux que les peuples se côtoient sans se rencontrer... On ne peut être plus désabusé et pessimiste. Le discours dominant veut plutôt que les échanges soient porteurs d'enrichissement mutuel...
    - "Le consentement, dixit Levi Strauss, (et non la coercition comme on a tendance à le penser aujourd'hui ! c'est moi qui commente..) est le fondement psychologique du pouvoir." "la réciprocité est un autre attribut fondamental du pouvoir ....par un jeu sans cesse renouvelé de prestations et de privilèges, de services et d'obligations"
    Ceci, toujours selon Levi-strauss "n'est pas un phénomène purement moderne, C'est un retour à la nature fondamentale de l'organisation sociale et politique"
    - Le désir d'obtenir richesses et privilèges n'explique pas fondamentalement la vocation pour devenir chef. Il ya dans tout groupe humain, des hommes qui, à la différence de leurs compagnons aiment le prestige pour lui-même, se sentent attirés par les responsabilités, et pour qui la charge des affaires publiques apporte avec elle sa récompense".

    A elles seules ces deux connlusions vaudraient aujourd'hui à Levi-Strauss les pires quolibets s'il tentait de les expliquer à une assemblée incrédule, tant nous pensons que les hommes politiques sont attirés avant tout par les avantages que procure le pouvoir.

    Que dire également de l'écriture, considérée par tous comme un outil d'émancipation des peuples à l'égard des puissants. Levi-strauss dit presque exactement le contraire, à savoir qu'elle apparait comme un instrument de domination de ces puissants envers les humbles. Selon l'auteur de tristes tropiques, elle parait "favoriser l'exploitation des hommes avant leur illumination" . "Sa fonction primaire est de favoriser l'asservissement". Mais il faudrait accompagner ces affirmations de larges extraits pour expliquer comment Levi-Strauss parivient à ces conclusions peu orthodoxes.

    Que n'entendrait pas Levi-Strauss, quelle fatwa l'aurait frappé si les barbus fondamentalistes avaient lu le dernier chapitre du livre ! Pour l'auteur en effet, l'Islam, qui "se développe selon une orientation masculine", est, des trois religions, la pire qui soit. Son principal péché est d'avoir fait écran entre le Bouhisme (pour lequel il n'y a pas d'au-delà) et le christianisme. L'Islam comme le christianisme, cède à la peur de la mort en "rétablissant l'autre monde". Il est "l'occident de l'orient" . Il "enchaîne le monde temporel au monde spirituel", encore plus que le christianisme. Dans la religion révélée par Mahomet, "la politique devient théologie". A cause de l'Islam (et toujours selon Levi-Straus) "l'Occident a perdu sa chance de rester femme". Sans lui, une osmose de la pensée européenne eût été possible avec le boudhisme, "qui nous eût christianisés davantage et dans un sens d'autant plus chrétien que nous serions remontés en deça du christianisme lui-même". Religion intolérante par excellence bien qu'ayant inventé la tolérance envers les "infidèles", l'Islam (toujours selon Levi-Strauss) cloître et "néantise" autrui, à commencer par les femmes.
    Là aussi, il faudrait citer l'ensemble du dernier chapitre pour comprendre les reproches adressés par Levi-Strauss à cette religion, qui n'on rien à voir avec une attitude raciste. Il reproche en effet à la France de ne pas donner l'égalité des droits aux µ25 millions de citoyens musulmans vivant à l'époque dans nos colonies et de ne pas faire
    ce que fit l'Amérique en son temps, c'est dire de "gagner une pari dont l'enjeu était aussi grave que celui que nous refusons de risquer", à savoir de "se laisser submerger par cette vague" ... d'immigration.
    Voilà de quoi montrer à l'éventuel futur lecteur de ce livre, que Levi-Strauss, tout en tenant parfois des propos "hérétiques" pour une pensée progressiste, n'est pas tout à fait le réac passéiste que certains voudraient nous présenter
    - Enfin et surtout, comble du politiquement incorrect pour l'intelligentsia Française moderne, l'auteur de tristes tropiques fait un parallèle étrange, surprenant et "hérétique" pour des gens de gauche, entre la pensée issue des lumières et de la révolution d'une part et l'Islam d'autre part. Il observe, chez les musulmans et chez nous, "la même attitude livresque, le même esprit utopique, et cette même conviction obstinée qu'il suffit de trancher les problèmes sur le papier pour en être débarassé aussitôt"
    Même croyance, dans les deux cultures, d'une supériorité sur les autres, même incapacité à penser les problèmes contemporains autrement que par l'évocation d'une grandeur passée :
    "Nous ne nous rendons pas compte que l'univers ne se compose plus des objets dont nous parlons. Comme l'Islam est resté figé dans sa contemplation d'une société qui fut réelle il y a sept siècles, et pour trancher les problèmes de laquelle il conçut alors des solutions efficaces, nous n'arrivons plus à penser hors des cadres d'une époque révolue depuis un sicèle et demi, qui fut celle où nous sûmes nous accorder à l'histoire".

    On ne peut mieux exprimer ce que je pense de la société française actuelle, de son conservatisme et de son conformisme anachonique sous un vernis de turbulence "révolutionnaire" frondeuse. Si l'on suit l'analyse telle que la propose Levi-strauss, cela expliquerait également la prépondérance de l'idéologie sur le pragmatisme chez les socialistes hexagonaux, qui prétendent avoir raison contre l'immense majorité de leurs camarades européens.

    Concernant le rôle de guide historique que la France aurait à jouer dans le monde, il ne se passe pas une semaine sans que nos politiciens, de droite comme de gauche assignent au pays la tâche de montrer la voie de la justice au monde enier, qui est censé nous envier à jamais nos institutions et la politique menée par nos dirigeants. Tout ceci au motif que le siècle des lumières et la révolution (sur le papier et non dans les faits") a su théoriser les termes d'un nouveau contrat social. Comme l'a très bien dit Badinter : "La France n'est pas le pays des droits de l'homme, elle est le pays de la déclaration des droits de l'homme", ce qui fait écho à la critique exprimée ci-dessus par le père de l'anthrophologie structurale sur notre esprit livresque et utopique, rejettant le pragmatisme et la résolution des problèmes concrets se posant à notre société à un moment donné de l'Histoire....
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  • Par lanard, le 24 septembre 2011

    On se doute que les Nambikwara ne savent pas écrire; mais ils ne dessinent pas davantage, à l'exception de quelques pointillés ou zigzags sur leur calebasses. Comme chez les Caduveo, je distribuai pourtant des feuilles de papier et des crayons dont ils ne firent rien au début; puis un jour je les vis tous occupés à tracer sur le papier des lignes horizontales ondulées. Que voulaient-ils donc faire? Je dus me rendre à l'évidence; ils écrivaient ou, plus exactement cherchaient à faire de leur crayon le même usage que moi, le seul qu'ils pussent alors concevoir, car je n'avais pas encore essayé de les distraires par mes dessins. Pour la plupart, l'effort s'arrêtait là; mais le chef de bande voyait plus loin. Seul, sans doute, il avait cmopris la fonction de l'écriture. Aussi m'a-t-il réclamé un bloc-notes et nous sommes pareillement équipés quand nous travaillons ensemble. Il ne me communique pas verbalement les informations que je lui demande, mais trace sur son papier des lignes sinueuses et me les présente, comme si je devais lire la réponse. Lui-même est à moitié dupe de sa comédie; chaque fois que sa main achève une ligne, il l'examine anxieusement comme si la signification devait en jaillir, et la même désillusion se peint sur son visage. Mais il n'en convient pas; et il est tacitement entendu entre nous que son grimoire possède un sens que je feins de déchiffrer; le commentaire verbal suit presque aussitôt et me dispense de réclamer les éclaircissements nécessaires.
    Or, à peine avait-il rassemblé tout son monde qu'il tira d'une hotte un papier couvert de lignes tortillées qu'il fit semblant de lire et où il cherchait, avec une hésitation affectée, la liste des objets que je devais donne en retour des cadeaux offerts; à celui-ci, contre un arc et des flèches, un sabre d'abatis! à tel autre, des perles! pour ses colliers... Cette comédie se prolongea penant deux heures. Qu'espérait-il? Se tromper lui-même, peut-être; mais plutôt étonner ses compagnons, les persuader que les marchandises passaient par son intermédiaire, qu'il avait obtenu l'alliance du blanc et qu'il participait à ses secrets.
    pp. 349-350 (Une leçon d'écriture)
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  • Par Marc21, le 18 mai 2014

    En plaçant hors du temps et de l'espace le modèle dont nous nous inspirons, nous courons certainement un risque, qui est de sous-évaluer la réalité du progrès. Notre position revient à dire que les hommes ont toujours et partout entrepris la même tâche en s'assignant le même objet, et qu'au cours de leur devenir les moyens seuls ont différé. J'avoue que cette attitude ne m'inquiète pas; elle semble la mieux conforme aux faits, tels que nous les révèlent l'histoire et l'ethnographie; et surtout elle me paraît plus féconde. Les zélateurs du progrès s'exposent à méconnaître, par le peu de cas qu'ils en font, les immenses richesses accumulées par l'humanité de part et d'autre de l'étroit sillon sur lequel ils gardent les yeux fixés; en sous-estimant l'importance d'efforts passés, ils déprécient tous ceux qu'il nous reste à accomplir. Si les hommes ne se sont jamais attaqués qu'à une besogne, qui est de faire une société vivable, les forces qui ont animé nos lointains ancêtres sont aussi présentes en nous. Rien n'est joué; nous pouvons tout reprendre. Ce qui fut fait et manqué peut être refait : « L'âge d'or qu'une aveugle superstition avait placé derrière [ou devant] nous, est en nous.
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  • Par Marc21, le 18 mai 2014

    Voilà longtemps que nous n'adorons plus le soleil et que nous avons cessé d'associer les points cardinaux à des qualités magiques : couleurs et vertus. Mais, si rebelle que soit devenu notre esprit euclidien à la conception qualitative de l'espace, il ne dépend pas de nous que les grands phénomènes astrono¬miques ou même météorologiques n'affectent les régions d'un imperceptible mais indélébile coefficient; que, pour tous les hommes, la direction est-ouest ne soit celle de l'accomplissement; et pour l'habitant des régions tempé¬rées de l'hémisphère boréal, que le nord ne soit le siège du froid et de la nuit; le sud, celui de la chaleur et de la lumière. Rien de tout cela ne transparaît dans la conduite raisonnable de chaque individu. Mais la vie urbaine offre un étrange contraste. Bien qu'elle représente la forme la plus complexe et la plus raffinée de la civilisation, par l'exceptionnelle concentration humaine qu'elle réalise sur un petit espace et par la durée de son cycle, elle précipite dans son creuset des attitudes inconscientes, chacune infinitésimale mais qui, en raison du nombre d'individus qui les manifestent au même titre et de la même manière, deviennent capables d'engendrer de grands effets. Telle la croissance des villes d'est en ouest et la polarisation du luxe et de la misère selon cet axe, incompréhensible si l'on ne reconnaît ce privilège - ou cette servitude - des villes, à la façon d'un microscope, et grâce au grossisse¬ment qui leur est propre, de faire surgir sur la lame de la conscience collective le grouillement microbien de nos ancestrales et toujours vivantes superstitions.
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  • Par skyso, le 27 février 2010

    L'humanité s'installe dans la mono-culture; elle s'apprête à produire la civilisation en masse, comme la betterave. Son ordinaire ne comportera plus que ce plat.

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L'anthropologue Marcel Detienne rend hommage à Claude Lévi-Strauss. Entretien Sylvain Bourmeau (Mediapart).











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