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ISBN : 2266119826
Éditeur : Pocket (2001)

Note moyenne : 4.05/5 (sur 448 notes)
Résumé :
« Je hais les voyages et les explorateurs » : la première phrase de « Tristes tropiques » donne le ton. Claude Lévi-Strauss, philosophe de formation, n'est ni un marchand d'exotisme ni un amateur d'anecdotes ; la longue confession qu'il nous livre ici relate l'histoire d'une conversion à l'ethnologie. Quelle est cette étrange passion pour l'altérité qui pousse un jeune homme, tout frais émoulu de l'université, à abandonner son « chez soi » pour aller s'immerger dans... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (32) Voir plus Ajouter une critique
JPBouzac
10 mai 2015
  • 5/ 5
Ajouter une critique? Quelle drôle d'idée! Tout a été dit ou presque. Il s'agira donc plutôt d'une remarque personnelle (plus ou moins ma spécialité dans cette rubrique, je ne raconte pas les bouquins que je lis, mais plutôt l'effet qu'ils m'ont fait).
Ce livre prenait la poussière sur une étagère depuis des années et me faisait un peu peur. Un gros bouquin, pour un amateur de nouvelles et de haikus... Une photo d'Indien d'Amazonie sur fond blanc difficile à interpréter: hostilité, exostisme? (très belle édition France Loisirs). Peut-être attendais-je d'avoir rendu visite sinon aux Indiens, du moins au Brésil, avant de me lancer dans cette aventure? Car dans ma tête ce livre traitait des Indiens du Brésil et de rien d'autre. Erreur monumentale. J'ai beaucoup lu mais bien peu de livres qui traitent de facon aussi magistrale et souvent "en passant" (C'est comme ca les génies?) multitude de questions passionnantes. le rapport de la géologie et de la psychanalyse, les liens cachés entre mer, montagne et forêt, urbanisme et gestion du territoire, langage, écriture et civilisation, rapports entre ancien et nouveau monde, entre hommes et femmes, groupes et hiérarchie, envahis et envahisseurs... Fabuleux. Une lecture terriblement enrichissante (car elle donne envie d'approfondir bien des points) et en même temps distrayante, pleines de surprises et parsemées de détails (le menu des Indiens et de l'auteur!) et d'histoires à côté desquelles bien des romans apparaissent encore plus fades. A lire d'urgence comme cure de dégraissage du cerveau pour les amateurs de Brésil, bien sûr, d'Inde du Pakistan... ou tout simplement pour tous ceux que fascine une pensée tentaculaire, érudite et (presque) sans prégugé, logique et pleine de contradictions, le tout écrit dans une langue class(iqu)e. Un grand merci posthume!
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madameduberry
25 octobre 2013
  • 5/ 5
Dans cet ouvrage d'ethnologie au ton très personnel, la philosophie danse avec la poésie, les splendides photographies de Lévi Strauss soulignent la beauté de l'écriture.
Un des livres qui a marqué ma jeunesse, et infléchi le cours de mes études. Un temoignage d'une époque où l'humanité possédait encore des enclaves sans communication avec notre culture de l'écriture et donc de l'Histoire.
La réflexion scientifique et philosophique menée à partir des observations faites par l'ethonologue font de Levi Strauss un penseur majeur de notre temps, malgré l'apparent caractère restrictif de son champ d'étude.
Comment les modestes Caduveo et Nambikwara ont pu permettre de penser l'Homme, c'est la leçon de cet ouvrage et de tous ceux de cet auteur dont l'influence continuera longtemps à s'exercer, bien au-delà des phénomènes de mode en "isme".
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jcfvc
01 décembre 2009
  • 5/ 5
Tristes tropiques est un livre polyphonique. Malgré la haine des voyages et des explorateurs affirmée dès la première phrase, le texte est, en fait, outre sa dimension ethnologique, anthropologique, géographique, géopolitique et philosophique, un formidable témoignage des aventures et tribulations -parfois dangereuses - de l'auteur en Amazonie, à la recherche de tribus demeurées à la frange du monde "civilisé".
L'auteur, contrairement à ce qu'il proclame dans la phrase initiale, se fait aussi explorateur lorqu'il s'attarde parfois avec précision sur les préparatifs des expéditions qu'il envisage et les dangers qui peuvent survenir dans un pays où les voies de communication sont le plus souvent inexistantes et où l'on peut rencontrer des populations hostiles, aux réactions imprévisibles
L'ouvrage comprend également des descriptions sompteuses, dignes de celles des meilleurs écrivains, au sujet des paysages de savanes désertiques du Matto grosso et de la forêt amazonienne, mais aussi des pages splendides sur l'Inde et ses bidonvilles sordides, ses temples, les personnages que l'on y rencontre. On y trouve des passages descriptifs d'anthologie, le plus beau étant sans doute celui où il est question d'un coucher de soleil sur l'océan, au passage de l'équateur. Ceux qui sont à la recherche d'exotisme et de sensations fortes ne seront donc pas déçus par la lecture du livre le plus connu et le plus "abordable" de Levi-Strauss, même s'il leur faudra aussi "s'accrocher" parfois, car les réflexions de ce "voyageur" de génie, partant de faits concrets constatés lors de ses rencontres avec le monde et ses populations ne se satisfont jamais des clichés occidentaux véhiculés dans la littérature de voyage habituelle.
Au delà du pittoresque, Levi-strauss, est toujours à la recherche des "structures" profondes du tissu social, expliquant les comportements et les hiérarchies en vigueur dans une culture donnée.
La méthode structuraliste est déjà presque parvenue à maturité, mais elle s'y déploie sous une forme concrète et compréhensible ici, n'ayant pas encore atteint le degré d'abstraction des ouvrages plus théoriques. On la trouve dans la manière dont les tabous régissant les relations entre les divers clans, les interdits alimentaires et topographiques prévalants dans telle ou telle tribu sont décrits et expliqués.
On reconnait déjà la démarche propre à l'auteur, qu'il théorisera plus tard, dans la manière dont il envisage la fonction sociologique des mythes. Selon lui, il servent principalement, en dernière instance, à masquer ou à justifier les inégalités sociales qui sans cet "inconscient collectif" façonné par le discours mytologique, serait insupportable aux castes et couches défavorisées. Pas étonnant, dans ces conditions, que la pensée Marxiste se soit intéressée au structuralisme, ceci malgré les divergences fondamentales de l'anthorpologie structurale fondée par Levi-Strauss, avec les philosophies post-hégéliennes voulant que L Histoire tende vers une fin idéale en passant par des stades de plus en plus évolués.
L'un des aspects les plus intéressants du livre est d'ailleurs la façon dont la méthode d'analyse est apliquée aux sociétés non primitives, mais toujours "sous-développées" qu'il découvre lors de ses missions à l'étranger : Inde et Brésil notamment. Mais ces digressions géographiques, sociologiques et geopolitiques, éclairées par l'approche structuraliste, incluent aussi des des considérations comparatives sur l'urbanisme des cités du nouveau et de l'ancien monde, sur l'avènement de l'écriture, sur le Boudhisme, l'Islam et le Christianisme, etc...
L'un des intérêts principaux du livre réside d'ailleurs dans le fait qu'il prend le plus souvent le contre-pied des idées dominantes de l'époque sur les questions évoquées ci-dessus (et sur bien d'autres).
Le message demeure encore très largement politiquement incorrect aujourd'hui, malgré un concensus actuel - qu'il a largement contribué à construire - sur certains sujets : Les civilisations se valent, l'occident doit se départir de son attitude arrogante et ethnocentrique, nécessité de préserver la nature et les cultures premières, etc....
Je ne m'attarderai pas là-dessus, car ces choses là sont considérés comme l'héritage principal de Levi-Strauss et sont partagées désormais par le plus grand nombre.
Il n'y a pas de place, dans le cadre de cet article pour citer de larges extraits de "Tristes tropiques". Je me contenterai donc de signaler rapidement , dans les citations quelques sujets sur lesquels la pensée contemporaine aura du mal à récupérer le père de l'Anthropoogie structurale, tant ses conclusions divergent d'une lecture "progressiste", post-moderne et quelque peu anachronique de l'oeuvre :
- le dialogue des civilisations est impossible. Les "rencontres historique" entre des peuples que tout sépare se soldent toujours par l'aservissement d'une culture par celle qui est la plus technologiquement développées. Dans ces conditions, il vaut mieux que les peuples se côtoient sans se rencontrer... On ne peut être plus désabusé et pessimiste. le discours dominant veut plutôt que les échanges soient porteurs d'enrichissement mutuel...
- "Le consentement, dixit Levi Strauss, (et non la coercition comme on a tendance à le penser aujourd'hui ! c'est moi qui commente..) est le fondement psychologique du pouvoir." "la réciprocité est un autre attribut dondamental du pouvoir ....par un jeu sans cesse renouvelé de prestations et de privilèges, de services et d'obligations"
Ceci, toujours selon Levi-strauss "n'est pas un phénomène purement moderne, C'est un retour à la nature fondamentale de l'organisation sociale et politique"
- le désir d'obtenir richesses et privilèges n'explique pas fondamentalement la vocation pour devenir chef. Il ya dans tout groupe humain, des hommes qui, à la différence de leurs compagnons aiment le prestige pour lui-même, se sentent attirés par les responsabilités, et pour qui la charge des affaires publiques apporte avec elle sa récompense".
A elles seules ces deux connlusions vaudraient aujourd'hui à Levi-Strauss les pires quolibets s'il tentait de les expliquer à une assemblée incrédule, tant nous pensons que les hommes politiques sont attirés avant tout par les avantages que procure le pouvoir.
Que dire également de l'écriture, considérée par tous comme un outil d'émancipation des peuples à l'égard des puissants. Levi-strauss dit presque exactement le contraire, à savoir qu'elle apparait comme un instrument de domination de ces puissants envers les humbles. Selon l'auteur de tristes tropiques, elle parait "favoriser l'exploitation des hommes avant leur illumination" . "Sa fonction primaire est de favoriser l'asservissement". Mais il faudrait accompagner ces affirmations de larges extraits pour expliquer comment Levi-Strauss parivient à ces conclusions peu orthodoxes.
Que n'entendrait pas Levi-Strauss, quelle fatwa l'aurait frappé si les barbus fondamentalistes avaient lu le dernier chapitre du livre ! Pour l'auteur en effet, l'Islam, qui "se développe selon une orientation masculine", est, des trois religions, la pire qui soit. Son principal péché est d'avoir fait écran entre le Bouhisme (pour lequel il n'y a pas d'au-delà) et le christianisme. L'Islam comme le christianisme, cède à la peur de la mort en "rétablissant l'autre monde". Il est "l'occident de l'orient" . Il "enchaîne le monde temporel au monde spirituel", encore plus que le christianisme. Dans la religion révélée par Mahomet, "la politique devient théologie". A cause de l'Islam (et toujours selon Levi-Straus) "l'Occident a perdu sa chance de rester femme". Sans lui, une osmose de la pensée européenne eût été possible avec le boudhisme, "qui nous eût christianisés davantage et dans un sens d'autant plus chrétien que nous serions remontés en deça du christianisme lui-même". Religion intolérante par excellence bien qu'ayant inventé la tolérance envers les "infidèles", l'Islam (toujours selon Levi-Strauss) cloître et "néantise" autrui, à commencer par les femmes.
Là aussi, il faudrait citer l'ensemble du dernier chapitre pour comprendre les reproches adressés par Levi-Strauss à cette religion, qui n'on rien à voir avec une attitude raciste. Il reproche en effet à la France de ne pas donner l'égalité des droits aux µ25 millions de citoyens musulmans vivant à l'époque dans nos colonies et de ne pas faire
ce que fit l'Amérique en son temps, c'est dire de "gagner une pari dont l'enjeu était aussi grave que celui que nous refusons de risquer", à savoir de "se laisser submerger par cette vague" ... d'immigration.
Voilà de quoi montrer à l'éventuel futur lecteur de ce livre, que Levi-Strauss, tout en tenant parfois des propos "hérétiques" pour une pensée progressiste, n'est pas tout à fait le réac passéiste que certains voudraient nous présenter
- Enfin et surtout, comble du politiquement incorrect pour l'intelligentsia Française moderne, l'auteur de tristes tropiques fait un parallèle étrange, surprenant et "hérétique" pour des gens de gauche, entre la pensée issue des lumières et de la révolution d'une part et l'Islam d'autre part. Il observe, chez les musulmans et chez nous, "la même attitude livresque, le même esprit utopique, et cette même conviction obstinée qu'il suffit de trancher les problèmes sur le papier pour en être débarassé aussitôt"
Même croyance, dans les deux cultures, d'une supériorité sur les autres, même incapacité à penser les problèmes contemporains autrement que par l'évocation d'une grandeur passée :
"Nous ne nous rendons pas compte que l'univers ne se compose plus des objets dont nous parlons. Comme l'Islam est resté figé dans sa contemplation d'une société qui fut réelle il y a sept siècles, et pour trancher les problèmes de laquelle il conçut alors des solutions efficaces, nous n'arrivons plus à penser hors des cadres d'une époque révolue depuis un sicèle et demi, qui fut celle où nous sûmes nous accorder à l'histoire".
On ne peut mieux exprimer ce que je pense de la société française actuelle, de son conservatisme et de son conformisme anachonique sous un vernis de turbulence "révolutionnaire" frondeuse. Si l'on suit l'analyse telle que la propose Levi-strauss, cela expliquerait également la prépondérance de l'idéologie sur le pragmatisme chez les socialistes hexagonaux, qui prétendent avoir raison contre l'immense majorité de leurs camarades européens.
Concernant le rôle de guide historique que la France aurait à jouer dans le monde, il ne se passe pas une semaine sans que nos politiciens, de droite comme de gauche assignent au pays la tâche de montrer la voie de la justice au monde enier, qui est censé nous envier à jamais nos institutions et la politique menée par nos dirigeants. Tout ceci au motif que le siècle des lumières et la révolution (sur le papier et non dans les faits") a su théoriser les termes d'un nouveau contrat social. Comme l'a très bien dit Badinter : "La France n'est pas le pays des droits de l'homme, elle est le pays de la déclaration des droits de l'homme", ce qui fait écho à la critique exprimée ci-dessus par le père de l'anthrophologie structurale sur notre esprit livresque et utopique, rejettant le pragmatisme et la résolution des problèmes concrets se posant à notre société à un moment donné de l'Histoire....
Lien : http://jcfvc.over-blog.com
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nadiouchka
07 octobre 2016
  • 5/ 5
Les congés sont finis, en tout cas pour moi, mais j'ai encore à l'esprit le goût du voyage. Aussi, je relis des récits d'expéditions et cette fois, je me suis replongée dans Tristes Tropiques de Claude Lévi-Strauss. Un livre paru en 1955, donc pas vraiment récent, mais c'est peut-être l'un des plus célèbres de cet écrivain ethnologue et il fait partie de la bien connue collection Terre Humaine.
En le lisant, je me suis revue pendant mes cours de philosophie, en train de préparer une dissertation et cela n'a pas été pour me déplaire car j'aimais ces heures-là.
Claude Lévi-Strauss commence son livre en disant qu'il n'aime pas les voyages ni les explorateurs ! Allons bon. Mais heureusement (pour nous) que le directeur de l'Ecole Normale Supérieure le contacte pour lui proposer d'envoyer sa candidature à l'Université de Sao Paulo. L'auteur est un peu méditatif car pour lui, l'Amérique du Sud et le Brésil ne signifient pas grand-chose. S'ensuit un long chapitre – Feuilles de Route – où il nous fait part de ses doutes et entame déjà un discours philosophique. Terminé ce chapitre, on arrive au récit du départ de Marseille pour Santos car, eh oui, il a relevé le défi et va partir à la découverte des Indiens, une population assez méconnue et pouvant être hostile.
Après de longs préparatifs de voyage car l'expédition doit prévoir absolument tout ce qui sera nécessaire, sans oublier les multiples cadeaux qu'il faudra offrir aux indigènes qui ont un peu trop tendance à en réclamer à tout bout de champ, à l'arrivée d'étrangers.
L'auteur part donc vers ce qui est nommé, à cette époque, le Nouveau Monde par d'autres explorateurs précédents qui s'y étaient déjà un peu aventurés.
Mais il est impossible de raconter toute l'histoire. En effet, notre explorateur – ethnologue – philosophe (il fait souvent référence à Rousseau) – écrivain se lance dans un récit très dense et des pensées également scientifiques. Ses descriptions des personnages rencontrés et des paysages sont splendides. Ses écrits sur tous les problèmes, les routes mal aménagées et qui le seront, très souvent, par des Indiens recrutés sur place, nous plongent dans cette fameuse jungle amazonienne où l'attendent de nombreuses surprises (parfois bonnes, parfois mauvaises).
Le lecteur partage avec l'écrivain son avancée, la plupart du temps très difficile, ses rencontres avec diverses tribus (parfois accueillantes, parfois hostiles). Les conditions de vie sont très dures et le voyage n'est pas de tout repos, loin de là.
Mais je n'ai jamais été lassée par cette histoire, longue certes, mais l'auteur ne pouvait pas en écrire moins étant donné l'ampleur du but de l'expédition. De plus, lorsqu'il quitte le Brésil, c'est pour partir en Inde et il continue à nous parler des populations sous développées en comparant l'ancien monde avec le nouveau. Là, il nous parle du Boudhisme, de l'Islam, pour ne citer que ces religions.
J'ai relevé de nombreuses citations tout au long de ma lecture en m'apercevant que je ne pourrais pas faire un rapide résumé car les descriptions, les aventures et les pensées personnelles de l'auteur sont très nombreuses.
Ce qui ressort de ce livre, pour moi, c'est l'esprit philosophique, ethnographique, scientifique et politique et c'est déjà beaucoup. A noter également que l'auteur fait une large part à l'anthropologie et nous parle également du cannibalisme.
Si ce livre remonte donc à de très nombreuses années, il reste incontestablement une sorte de Bible et peut toujours être recommandé à nos étudiants actuels. Je ne doute pas non plus que de nombreux explorateurs l'aient lu. C'est une grande référence dans son genre et fait donc partie de l'Histoire avec un grand H.
Je laisse au lecteur la surprise de découvrir toutes les tribus inconnues par nous dans ce livre d'aventures et de témoignage sur des populations un peu civilisées et d'autres pas du tout mais où l'auteur est arrivé à se faire comprendre et très souvent avec beaucoup de mal.
Mais il n'y a pas que les personnages : il y a aussi tous les magnifiques paysages en passant par le Matto Grosso en Amazonie et par l'Inde et ses bidonvilles.
Je le répète, un formidable livre et je finis en rassurant le futur lecteur : ne pas craindre les explications philosophiques et scientifiques. C'est écrit avec une telle passion et une simplicité ! De plus, il y a de superbes descriptions, par exemple un coucher de soleil sur l'océan en passant par l'équateur, qu'il ne faut pas avoir peur de la densité de ce livre si passionnant.
Pour ma part, quand je l'ai fini, je l'ai gardé en mains et je suis restée un long moment à me le remémorer, à retracer toute cette longue aventure. Ensuite je me suis posé la question fatidique de savoir comment était-il possible de chroniquer un tel livre et un tel écrivain ? Et puis je me suis laissé aller en essayant de ne pas donner de descriptions trop détaillées. J'avais relevé de nombreuses pages pour pouvoir m'en servir mais il aurait fallu que je les recopie. Donc, au final, cette chronique est mon pur ressenti personnel. Il est certainement maladroit et peut-être un peu trop simpliste mais chroniquer Tristes Tropiques de Claude Levi-Strauss est un exercice très difficile.
Je laisse donc le lecteur juge de savoir s'il a envie ou pas de lire ce livre ou, s'il l'a lu, de se le remettre en mémoire et de savoir ce qu'il en a ressenti (ou, qui sait, peut-être a-t-il envie de le relire?).
Une dernière réflexion, promis, après j'aurai fini : je pense que j'aurais préféré raconter le livre plutôt que de le critiquer. Cela aurait été plus facile car je suis certaine que tout a été dit sur ce magnifique livre que je nommerais plutôt, un traité plutôt qu'un récit.
Bonne lecture et j'espère ne pas vous avoir trop lassé avec mes digressions personnelles !
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gouelan
02 juillet 2016
  • 3/ 5
Voyage philosophique plutôt que récit de voyage. Roman qui fourmille de réflexions sur la nature et la civilisation, en allant chercher des éléments de réponses jusque dans les endroits les plus sauvages du monde, parmi les sociétés les plus primitives.
Parfois ce récit m'a transporté et d'autres fois ennuyé. En tout cas Claude Lévi- Strauss porte un oeil très lucide sur l'humanité, enrichi par ses nombreuses expériences de voyage, par ses rencontres avec des peuples étonnants, parfois indéchiffrables, qui ne peuvent que bousculer notre façon de penser l'Homme.
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jcfvcjcfvc01 décembre 2009
- Le dialogue des civilisations est impossible. Les "rencontres historiques" entre des peuples que tout sépare se soldent toujours par l'aservissement d'une culture par celle qui est la plus technologiquement développée. Dans ces conditions, il vaut mieux que les peuples se côtoient sans se rencontrer... On ne peut être plus désabusé et pessimiste. Le discours dominant veut plutôt que les échanges soient porteurs d'enrichissement mutuel...
- "Le consentement, dixit Levi Strauss, (et non la coercition comme on a tendance à le penser aujourd'hui ! c'est moi qui commente..) est le fondement psychologique du pouvoir." "la réciprocité est un autre attribut fondamental du pouvoir ....par un jeu sans cesse renouvelé de prestations et de privilèges, de services et d'obligations"
Ceci, toujours selon Levi-strauss "n'est pas un phénomène purement moderne, C'est un retour à la nature fondamentale de l'organisation sociale et politique"
- Le désir d'obtenir richesses et privilèges n'explique pas fondamentalement la vocation pour devenir chef. Il ya dans tout groupe humain, des hommes qui, à la différence de leurs compagnons aiment le prestige pour lui-même, se sentent attirés par les responsabilités, et pour qui la charge des affaires publiques apporte avec elle sa récompense".

A elles seules ces deux connlusions vaudraient aujourd'hui à Levi-Strauss les pires quolibets s'il tentait de les expliquer à une assemblée incrédule, tant nous pensons que les hommes politiques sont attirés avant tout par les avantages que procure le pouvoir.

Que dire également de l'écriture, considérée par tous comme un outil d'émancipation des peuples à l'égard des puissants. Levi-strauss dit presque exactement le contraire, à savoir qu'elle apparait comme un instrument de domination de ces puissants envers les humbles. Selon l'auteur de tristes tropiques, elle parait "favoriser l'exploitation des hommes avant leur illumination" . "Sa fonction primaire est de favoriser l'asservissement". Mais il faudrait accompagner ces affirmations de larges extraits pour expliquer comment Levi-Strauss parivient à ces conclusions peu orthodoxes.

Que n'entendrait pas Levi-Strauss, quelle fatwa l'aurait frappé si les barbus fondamentalistes avaient lu le dernier chapitre du livre ! Pour l'auteur en effet, l'Islam, qui "se développe selon une orientation masculine", est, des trois religions, la pire qui soit. Son principal péché est d'avoir fait écran entre le Bouhisme (pour lequel il n'y a pas d'au-delà) et le christianisme. L'Islam comme le christianisme, cède à la peur de la mort en "rétablissant l'autre monde". Il est "l'occident de l'orient" . Il "enchaîne le monde temporel au monde spirituel", encore plus que le christianisme. Dans la religion révélée par Mahomet, "la politique devient théologie". A cause de l'Islam (et toujours selon Levi-Straus) "l'Occident a perdu sa chance de rester femme". Sans lui, une osmose de la pensée européenne eût été possible avec le boudhisme, "qui nous eût christianisés davantage et dans un sens d'autant plus chrétien que nous serions remontés en deça du christianisme lui-même". Religion intolérante par excellence bien qu'ayant inventé la tolérance envers les "infidèles", l'Islam (toujours selon Levi-Strauss) cloître et "néantise" autrui, à commencer par les femmes.
Là aussi, il faudrait citer l'ensemble du dernier chapitre pour comprendre les reproches adressés par Levi-Strauss à cette religion, qui n'on rien à voir avec une attitude raciste. Il reproche en effet à la France de ne pas donner l'égalité des droits aux µ25 millions de citoyens musulmans vivant à l'époque dans nos colonies et de ne pas faire
ce que fit l'Amérique en son temps, c'est dire de "gagner une pari dont l'enjeu était aussi grave que celui que nous refusons de risquer", à savoir de "se laisser submerger par cette vague" ... d'immigration.
Voilà de quoi montrer à l'éventuel futur lecteur de ce livre, que Levi-Strauss, tout en tenant parfois des propos "hérétiques" pour une pensée progressiste, n'est pas tout à fait le réac passéiste que certains voudraient nous présenter
- Enfin et surtout, comble du politiquement incorrect pour l'intelligentsia Française moderne, l'auteur de tristes tropiques fait un parallèle étrange, surprenant et "hérétique" pour des gens de gauche, entre la pensée issue des lumières et de la révolution d'une part et l'Islam d'autre part. Il observe, chez les musulmans et chez nous, "la même attitude livresque, le même esprit utopique, et cette même conviction obstinée qu'il suffit de trancher les problèmes sur le papier pour en être débarassé aussitôt"
Même croyance, dans les deux cultures, d'une supériorité sur les autres, même incapacité à penser les problèmes contemporains autrement que par l'évocation d'une grandeur passée :
"Nous ne nous rendons pas compte que l'univers ne se compose plus des objets dont nous parlons. Comme l'Islam est resté figé dans sa contemplation d'une société qui fut réelle il y a sept siècles, et pour trancher les problèmes de laquelle il conçut alors des solutions efficaces, nous n'arrivons plus à penser hors des cadres d'une époque révolue depuis un sicèle et demi, qui fut celle où nous sûmes nous accorder à l'histoire".

On ne peut mieux exprimer ce que je pense de la société française actuelle, de son conservatisme et de son conformisme anachonique sous un vernis de turbulence "révolutionnaire" frondeuse. Si l'on suit l'analyse telle que la propose Levi-strauss, cela expliquerait également la prépondérance de l'idéologie sur le pragmatisme chez les socialistes hexagonaux, qui prétendent avoir raison contre l'immense majorité de leurs camarades européens.

Concernant le rôle de guide historique que la France aurait à jouer dans le monde, il ne se passe pas une semaine sans que nos politiciens, de droite comme de gauche assignent au pays la tâche de montrer la voie de la justice au monde enier, qui est censé nous envier à jamais nos institutions et la politique menée par nos dirigeants. Tout ceci au motif que le siècle des lumières et la révolution (sur le papier et non dans les faits") a su théoriser les termes d'un nouveau contrat social. Comme l'a très bien dit Badinter : "La France n'est pas le pays des droits de l'homme, elle est le pays de la déclaration des droits de l'homme", ce qui fait écho à la critique exprimée ci-dessus par le père de l'anthrophologie structurale sur notre esprit livresque et utopique, rejettant le pragmatisme et la résolution des problèmes concrets se posant à notre société à un moment donné de l'Histoire....
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gouelangouelan29 juin 2016
Dans la savane obscure, les feux de campement brillent. Autour du foyer, seule protection contre le froid qui descend, derrière le frêle paravent de palmes et de branchages hâtivement planté dans le sol du côté d'où on redoute le vent ou la pluie ; auprès des hottes emplies des pauvres objets qui constituent toute une richesse terrestre ; couchés à même la terre qui s'étend alentour, hantée par d'autres bandes également hostiles et craintive, les époux, étroitement enlacés, se perçoivent comme étant l'un pour l'autre le soutien, le réconfort, l'unique secours contre les difficultés quotidiennes et la mélancolie rêveuse qui, de temps à autre, envahit l'âme nambikwara. Le visiteur qui, pour la première fois, campe dans la brousse avec les Indiens, se sent pris d'angoisse et de pitié devant ce spectacle de cette humanité si totalement démunie ; écrasée, semble-t-il, contre le sol d'une terre hostile par quelque implacable cataclysme ; nue, grelottante auprès des feux vacillants. Il circule à tâtons parmi les broussailles, évitant de heurter une main, un bras, un torse, dont on devine les chauds reflets à la lueur des feux. Mais cette misère est animée de chuchotements et de rires. Les couples s'étreignent comme dans la nostalgie d'une unité perdue; les caresses ne s'interrompent pas au passage de l'étranger. On devine chez tous une immense gentillesse, une profonde insouciance, une naïve et charmante satisfaction animale, et, rassemblant ses sentiments divers, quelque chose comme l'expression la plus émouvante et la plus véridique de la tendresse humaine. p345
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lanardlanard24 septembre 2011
On se doute que les Nambikwara ne savent pas écrire; mais ils ne dessinent pas davantage, à l'exception de quelques pointillés ou zigzags sur leur calebasses. Comme chez les Caduveo, je distribuai pourtant des feuilles de papier et des crayons dont ils ne firent rien au début; puis un jour je les vis tous occupés à tracer sur le papier des lignes horizontales ondulées. Que voulaient-ils donc faire? Je dus me rendre à l'évidence; ils écrivaient ou, plus exactement cherchaient à faire de leur crayon le même usage que moi, le seul qu'ils pussent alors concevoir, car je n'avais pas encore essayé de les distraires par mes dessins. Pour la plupart, l'effort s'arrêtait là; mais le chef de bande voyait plus loin. Seul, sans doute, il avait cmopris la fonction de l'écriture. Aussi m'a-t-il réclamé un bloc-notes et nous sommes pareillement équipés quand nous travaillons ensemble. Il ne me communique pas verbalement les informations que je lui demande, mais trace sur son papier des lignes sinueuses et me les présente, comme si je devais lire la réponse. Lui-même est à moitié dupe de sa comédie; chaque fois que sa main achève une ligne, il l'examine anxieusement comme si la signification devait en jaillir, et la même désillusion se peint sur son visage. Mais il n'en convient pas; et il est tacitement entendu entre nous que son grimoire possède un sens que je feins de déchiffrer; le commentaire verbal suit presque aussitôt et me dispense de réclamer les éclaircissements nécessaires.
Or, à peine avait-il rassemblé tout son monde qu'il tira d'une hotte un papier couvert de lignes tortillées qu'il fit semblant de lire et où il cherchait, avec une hésitation affectée, la liste des objets que je devais donne en retour des cadeaux offerts; à celui-ci, contre un arc et des flèches, un sabre d'abatis! à tel autre, des perles! pour ses colliers... Cette comédie se prolongea penant deux heures. Qu'espérait-il? Se tromper lui-même, peut-être; mais plutôt étonner ses compagnons, les persuader que les marchandises passaient par son intermédiaire, qu'il avait obtenu l'alliance du blanc et qu'il participait à ses secrets.
pp. 349-350 (Une leçon d'écriture)
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Pixie-FlorePixie-Flore04 août 2015
Lorsque les hommes commencent à se sentir à l'étroit dans leurs espaces géographique, social et mental, une solution simple risque de les séduire: celle qui consiste à refuser la qualité humaine à une partie de l'espèce. Pour quelques dizaines d'années, les autres retrouveront les coudées franches. Ensuite il faudra procéder à une nouvelle expulsion. Dans cette lumière, les évènements dont l'Europe a été depuis vingt ans le théâtre, résumant un siècle au cours duquel son chiffre de population a doublé, ne peuvent plus m'apparaître comme le résultat de l'aberration d'un peuple, d'une doctrine ou d'un groupe d'hommes. J'y vois plutôt un signe annonciateur d'une évolution vers le monde fini, dont l'Asie du Sud a fait l'expérience un millénaire ou deux avant nous et dont, à moins de grandes décisions, nous ne parviendrons peut-être pas à nous affranchir. Car cette dévalorisation systématique de l'homme par l'homme se répand, et ce serait trop d'hypocrisie et d'inconscience que d'écarter le problème par l'excuse d'une contamination momentanée.
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gouelangouelan20 mars 2016
Un esprit malicieux a défini l'Amérique comme un pays qui a passé de la barbarie à la décadence sans connaître la civilisation. On pourrait, avec plus de justesse, appliquer la formule aux villes du Nouveau Monde : elles vont de la fraîcheur à la décrépitude sans s'arrêter à l'ancienneté. [...]
Certaines cités d'Europe s'endorment doucement dans la mort; celles du Nouveau Monde vivent fiévreusement dans une maladie chronique; perpétuellement jeunes, elles ne sont pourtant jamais saines.
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Le siècle de Lévi Strauss - ARTE Documentaire 2016
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