> Magdeleine Paz (Traducteur)

ISBN : 2859406271
Éditeur : Phébus (1999)


Note moyenne : 4.47/5 (sur 17 notes) Ajouter à mes livres
Cette fiction (1956), qui fit comparer Meyer Levin à une sorte de Dostoïevski américain, se fonde sur un fait-divers authentique auquel l'auteur en sa jeunesse avait été mêlé malgré lui.
Dans le Chicago des années 20, deux garçons surdoués, promis à un brillant a... > voir plus
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Critiques et avis(4)

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    • Livres 4.00/5
    Par Seraphita, le 02 janvier 2012

    Seraphita
    Années 1920, Chicago. Artie Straus et Judd Steiner sont deux jeunes surdoués à qui la vie sourit : ils sont issus de familles richissimes et bien en vue dans la ville, ils mènent des études brillantes à l'université. Un avenir prometteur leur tend les bras. Et pourtant… Grisés par leur réussite, se raccrochant à une pensée nietzschéenne mal comprise, ils décident de commettre le Crime parfait, parfaitement gratuit qui plus est. Ils assassinent donc un petit garçon. Esprits supérieurs ? Pas tant que cela puisque la police va retrouver un premier indice, semé par inadvertance par l'un des meurtriers.
    Le Crime du siècle ! Tel est le titre de la première partie. L'auteur, Meyer Levin, indique dans un avant-propos, que « le thème de ce livre repose sur des faits authentiques, bien connus aux Etats-Unis : le 21 mai 1924, à Chicago, un jeune garçon de quatorze ans, Bobby Franks, était enlevé et assassiné par deux jeunes gens de dix-huit et dix-neuf ans, Richard Loeb et Nathan Leopold, tous deux étudiants à l'université de Chicago, considérés tous deux comme des prodiges d'intelligence, et tous deux fils de milliardaires. Les meurtriers n'avaient d'autre mobile que de réussir un « Crime parfait ». » (p.13)
    L'auteur explique qu'il avait le même âge, à l'époque, qu'il était étudiant dans la même université, et reporter au Chicago Daily News, où il a publié des articles lors du procès de ce Crime du siècle.
    Il a décidé, bien des années plus tard (« Compulsion », titre américain, sera publié en 1956 aux Etats-Unis), de relater ce Crime, d'une manière romancée. Ainsi qu'il l'indique lui-même, « bien que l'action soit empruntée à la réalité, il va de soi que les pensées et les sentiments des personnages sont imaginés par l'auteur » (p. 14). Afin de marquer ce caractère fictionnel, il modifie les noms des meurtriers : Richard Loeb devient Artie Straus, Nathan Leopold, Judd Steiner.
    Le texte est écrit dans une police minuscule, ce qui au départ m'a semblé déplaisant. Il m'a fallu un temps pour m'habituer à cette écriture assez peu engageante. Mais cette première impression concernant la forme a été dissipée assez vite par le contenu saisissant de la première partie. Meyer Levin me semble user d'un procédé habile, puisque lorsque la première partie commence, le méfait sordide a déjà été accompli, mais le lecteur en ignore encore les détails. En suivant Artie et Straus, dont on découvre progressivement la personnalité trouble, le lecteur va reconstituer, pièce par pièce, le puzzle d'événements qui compose le Crime final, selon un procédé de flashbacks.
    L'intelligence froide (déconnectée des affects ?) glace le lecteur. Judd se réfère avec complaisance à une pensée nietzschéenne, mal comprise, ainsi que le soulignera son avocat de la défense au cours du procès.
    Dans une lettre à Artie, Judd écrit ainsi :
    « Pour des êtres de notre espèce, tu le sais, l'erreur est pire que le Crime. Je vais donc faire effort pour t'expliquer ma conception de la philosophie nietzschéenne en ce qui te concerne : le surhomme est exempté des lois ordinaires qui gouvernent le commun des hommes. Rien de ce qu'il peut faire ne l'engage, à l'exception cependant du seul Crime qu'il puisse commettre : faire une erreur. » (p. 230-231.)
    Wilk, avocat de la défense, va reprendre ces idées, ces théories, pour ramener Judd à la réalité de l'existence :
    « Sa voix, durcie, se mettait au diapason de l'idée :
    Le grand homme, l'homme de grand style, est plus froid, plus dur, moins prudent ; il est libéré de la crainte de l'opinion.
    Là-dessus, il s'adressa directement à Judd, comme à un élève borné :
    - Cela, c'était un rêve philosophique, nullement destiné à servir une règle de vie ! » (p. 352.)
    A Crime du siècle, procès du siècle. Ainsi s'ouvre la seconde partie. Si la première partie m'est apparu comme passionnante et haletante (j'avais hâte de découvrir la faille par laquelle allait s'engouffrer la police pour identifier les deux criminels), la seconde m'a semblé plus ennuyeuse et peut-être un peu vieillie. Les joutes oratoires entre la défense et l'accusation souffrent parfois de longueurs, même s'il convient de souligner l'excellent plaidoyer de Wilk contre la peine de mort. Les débats m'ont semblé assez souvent techniques, même si les prises de parole des « aliénistes », basées sur les connaissances en psychologie du début du XXème siècle, m'ont parus intéressants.
    Un livre glaçant, à (re)découvrir, dont la postface livre une belle leçon d'humanité.
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    Critique de qualité ? (4 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par yokai, le 30 juin 2010

    yokai
    Ce roman ne sort pas de l'imagination du journaliste et écrivain américain Meyer Levin. Il relate une histoire vraie dans laquelle seuls les noms des personnages ont été changés. Ce roman est d'ailleurs l'un des premiers romans documentaires ou romans basés sur des faits réels. Truman Capote réalisera plus tard un roman du même genre, le célèbre De sang-froid. Meyer Levin connaît très bien l'histoire qu'il raconte car il étudiait dans la même classe que les deux jeunes hommes tenant les premiers rôles de son roman : Nathan Freudenthal Leopold Jr. alias Judah Steiner Jr. et Richard A. Loeb alias Artie Strauss. Il a donc vécu cette affaire de l'intérieur et c'est peut-être pour cette raison qu'il parvient à la raconter avec autant de réussite. L'affaire en question est connue sous le nom d'affaire Leopold and Loeb. Ces deux personnes sont en fait des jeunes gens, ayant respectivement 19 et 18 ans au moment des faits, exceptionnellement intelligents. Artie Strauss, grand amateur de romans policiers, fut le plus jeune diplômé dans l'histoire de l'université du Michigan. Judd Steiner, passionné d'ornithologie et parlant plus de dix langues, étudiait le droit et s'apprêtait à entrer à la prestigieuse université d'Harvard. Tous deux fils de millionnaires, ils étaient amis et voisins dans un quartier chic de Chicago. Malgré leur situation enviable, les deux camarades sont résolus à réaliser, pour l'exploit un Crime parfait. le plus important pour eux étant qu'il soit totalement gratuit car dépourvue de toute motivation ou émotion. Ils vont donc mettre au point minutieusement l'enlèvement, la demande de rançon et le meurtre d'un jeune garçon.
    Ils sont persuadés de leur impunité car ils se prennent pour des surhommes et adhèrent à la philosophie de Nietzsche en considérant qu'ils sont exemptés des lois ordinaires qui gouvernent le commun des hommes. S'ils sont au dessus des autres sont-ils pour autant au dessus de tout soupçon ? Un jeune homme de leur entourage, qui n'est autre que l'auteur lui-même, brillant élève lui aussi mais moins doué qu'eux va enquêter pour le compte d'un journal pour lequel il travaille. Au fil du récit, nous allons peu à peu découvrir la teneur de la relation entre les deux génies et essayer de comprendre l'incompréhensible. L'auteur, en nous racontant l'affaire, distille habilement des éléments permettant de mieux cerner la psychologie torturée de ces deux personnages hors normes.
    Ce roman magistral, pourtant écrit en 1956, n'a pas pris une ride. Curieusement, après avoir vécu son heure de gloire (il a donné lieu à un film), il était tombé dans l'oubli jusqu'à sa récente réédition. L'affaire elle même, si elle a fait grand bruit aux Etats-Unis, n'est que très peu connue en France.
    Crime est l'un des meilleurs polars qu'il m'ait été donné de lire. Je suis toujours fasciné par le talent d'un romancier qui, malgré le fait que l'on connaisse le dénouement de l'histoire, parvient à nous tenir en haleine à tel point que poser le livre devient impossible. En marge de son intérêt romanesque, il traite de sujets importants comme la peine de mort, la notion de responsabilité ou le traitement et le diagnostic des maladies mentales. N'hésitez pas !

    Lien : http://aubonroman.blogspot.com/2008/01/crime-par-meyer-levin.html
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    • Livres 4.00/5
    Par Ladybug, le 19 août 2011

    Ladybug
    J'ai préféré la première partie du roman, celle de la restitution des faits, et où l'auteur dresse le portrait moral des jeunes meurtriers. On les cotoit de très près, on se trouve dans la tête des assassins, on les voit assister en spectateurs insouciants au drame qu'ils ont provoqué. J'ai trouvé assez fascinant de pouvoir les observer dans leurs relations entre eux et avec les autres, les voir fonctionner dans leur environnement proche.
    J'ai trouvé certaines scènes surréalistes, les relations très détendues entre les enquêteurs et les suspects comme celle où les enquêteurs emmènent les suspects au restaurant et qu'ils parlent de l'affaire et de choses et d'autres. En fait, c'est encore l'attitude complètement détendue des meurtriers qui intrigue et fait froid dans le dos.
    En revanche, la 2ème partie sur le procès m'a un peu ennuyée.
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    • Livres 5.00/5
    Par katellen, le 09 juin 2011

    katellen
    Littéralement plongée dans ce livre, je suis restée la tête obnubilée par cette histoire, jusqu'à la dernière page... et les jours suivants, j'ai continué à y penser. Au point de chercher sur le net, en vilaine curieuse, des photos et docs de l'époque sur cette affaire ! Meyer Levin décrit si bien les deux protagonistes principaux, qu'il me tardait de voir leurs visages réels ! "Crime" se lit comme un polar, mais c'est une histoire vraie et l'auteur l'a vécu... présent sur les lieux, il connaissait les personnages intimement. Voilà peut-être, ce qui rend ce livre, à la fois captivant et insaisissable...
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Citations et extraits

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  • Par Seraphita, le 02 janvier 2012

    Je pense qu’il est grand temps de rentrer dans la salle de la cour de justice criminelle et de comprendre que nous ne sommes pas engagés dans un débat philosophique ou une expérience de laboratoire, mais que nous jugeons le crime du siècle !
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  • Par Seraphita, le 02 janvier 2012

    Sa voix, durcie, se mettait au diapason de l’idée :
    Le grand homme, l’homme de grand style, est plus froid, plus dur, moins prudent ; il est libéré de la crainte de l’opinion.
    Là-dessus, il s’adressa directement à Judd, comme à un élève borné :
    - Cela, c’était un rêve philosophique, nullement destiné à servir une règle de vie !
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  • Par Seraphita, le 02 janvier 2012

    « Pour des êtres de notre espèce, tu le sais, l’erreur est pire que le crime. Je vais donc faire effort pour t’expliquer ma conception de la philosophie nietzschéenne en ce qui te concerne : le surhomme est exempté des lois ordinaires qui gouvernent le commun des hommes. Rien de ce qu’il peut faire ne l’engage, à l’exception cependant du seul crime qu’il puisse commettre : faire une erreur. »
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  • Par Seraphita, le 02 janvier 2012

    Les tests se rapportant aux connaissances acquises et à l’agilité mentale étaient alors très en honneur, mais le test de Rorschach, indispensable de nos jours, ne fut pas appliqué en l’occurrence. Celui de l’aperception thématique venait d’être inventé par un jeune psychologue d’Harvard, et le docteur Storrs, qui en fit l’expérience, obtint des résultats curieux.
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  • Par Seraphita, le 02 janvier 2012

    Alors ? – Alors, Judd avait son explication, si étrange qu’elle pût sembler. C’était le crime pour le crime, un crime sans motif, sans but, un crime pour rien.
    […]
    Mais, dans ce cas particulier, ni cause, ni motif, ni prétexte. Judd Steiner et Artie Straus avaient tué pour tuer, pour se livrer à la fascinante expérience d’exécuter un crime parfait.
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