Lacs gelés et forêts sombres et enneigées accentuent ce sentiment de solitude que traîne notre héros du jour : Jake. Loin des grandes métropoles urbaines, nous rentrons au cœur de l'Amérique, dans une petite bourgade du Wisconsin. L'une des dernières (à moins que cela soit la seule) usine de ce bled vient de fermer, provoquant ainsi une nouvelle vague de licenciements. de ce fait, Jake perd, en plus de son boulot, son abonnement au câble, sa télé même, puis sa femme et sa respectabilité... Il se sent perdu, décalé dans cette nouvelle Amérique où ses compétences et ses souhaits ne sont plus pris en compte. La morosité gagne la ville, la région qui ne vit plus que dans la mélancolie et la nostalgie des jours d'antan, des jours fastes et meilleurs à l'époque de la grande Industrie.
L'Amérique profonde, celle des laissés-pour-compte, celle des désespérés... Que la littérature peut être belle et émouvante lorsqu'elle traite de cette Amérique-là, triste, humaine qui ose traité de ses démons intérieurs. L' « American Way of Life » me parait tout de suite moins idyllique racontée par un
Iain Levison délaissant très tôt le raffinement de son whisky natal d'Aberdeen pour le grand cru local qu'est la Budweiser. Désespérés et oubliés, ces ex-ouvriers américains ont perdu totalement espoir en leur pouvoir dirigeant, mais aussi et malheureusement en leur propre capacité. Alors, lorsque Jake se voit proposer
Un petit boulot par son « mafieux » bookmaker local, il croit en cette dernière chance, celle qui lui prouvera qu'il possède encore quelques qualités, quelques aptitudes pour gérer un poste à responsabilité. Simplement une histoire de confiance et de respectabilité...
Sous l'écriture de ce nouvel écrivain, je croise des paumés, des américains moyens, des exclus du travail et donc de la société. Ce sont à priori des gens bons, humains mais qui ont tout perdu parce que les grandes entreprises préfèrent délocaliser leurs usines pour gagner encore plus de fric. Et sans travail, nous ne sommes plus grand-chose, que des hommes en voie de délabrements qui n'ont plus d'activités, à part traîner dans des pubs de plus en plus miteux. On se sent exclus et bons à rien, genre traîne-savates sans motivation. Les relations avec les autres, avec les proches s'en ressentent, deviennent de plus en plus difficiles, jusqu'à se retrouver enfermer dans un carcan, solitaires et abandonnés.
Morosité, tristesse, désespoir... Cela ne semble pas une lecture très propice à l'optimisme et à la joie de vivre. Et pourtant, la plume de Levison est ravageuse, mortellement humoristique, voir désopilante. A la fois extrêmement drôle et pathétique, je ne peux que sourire, voir même jubiler face à la facilité qu'à Jake à se fondre dans son nouveau job. Avis aux recruteurs, ce type est capable de tout, dans n'importe quelle situation. Improvisation et réflexion font de lui le meilleur pour un poste à responsabilité de haute envergure.
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