ous sommes à Londres, en 1887. Un Londres sale, humide, ou les prostituées côtoient les ivrognes dans des bouges infâmes. le jeune Peter, un gamin des rues, a pris l'habitude de raconter aux autres enfants des histoires, des aventures fantastiques. Il y invente une maman, douce et aimante, chaude "comme une mitaine qui aurait pas de trous". Mais en réalité, sa mère, rongée par l'alcool, le déteste, le nourrit à peine et le jette en pâture à l'ignominie du monde en échange d'une bouteille. Heureusement, un vieil homme, monsieur Kundal, lui a appris à écrire, à lire et à aimer. Un jour, alors que Peter s'est isolé pour lire un livre de mythologie remis par monsieur Kundal, surgit une étrange créature, une petite fée avec des grelots aux chevilles. Il décide de la suivre.
Cette bande-dessinée en six tomes choisit de raconter l'avant Peter Pan: comment ce garçon a-t-il été déçu par les adultes au point de s'enfuir dans un pays imaginaire, comment a-t-il coupé la main du Capitaine Crochet, comment a-t-il rencontré Lily la Tigresse, tout cela jalonne la bande-dessinée. Ainsi là où le roman laissait déjà entrevoir un monde moins féérique que dangereux, la bande-dessinée plonge dans les bas-fonds de Londres pour justifier l'émergence du pays imaginaire: pour Peter, les adultes sont ivrognes, incapables d'amour, lubriques et sales, capable de corrompre même l'enfant le plus innocent. Comment lui reprocher de vouloir les fuir? La qualité du dessin de Loisel m'a surpris: le trait est à la fois très beau et très réaliste, c'est-à-dire sans occulter les défauts. Force est de constater que Clochette est plutôt grassouillette, non? Il s'agit donc d'une bande-dessinée pour adulte, sombre, assez pessimiste, sur l'âme d'enfant malmenée. Et en cela, elle fait preuve d'une grande fidélité à l'oeuvre de James Barrie. Un chef d'œuvre à découvrir.
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