Histoire:
Martin Eden, marinier et mauvais garçon pauvre de son état est invité par hasard à manger dans une maison de la bourgeoisie. Là, il tombe amoureux de la fille des lieux: Ruth. Par amour pour elle il va alors tenter de rejoindre son niveau de culture en faisant une formation culturelle ultra intensive puis en essayant de vivre de sa plume...
Style: Évidemment j'ai lu une version traduite mais c'est de toujours le point faible de London. le style (certes plein de souffle et de force) est un peu pataud, facile... C'est pourquoi je pense qu'en France on le prend pour un auteur pour enfants et adolescent (alors qu'en fait non, pas du tout...).
Oui: Apparemment London s'est défendu toute sa vie d'avoir écrit une autobiographie mais c'est de toute évidence totalement faux... Même si les faits racontés n'ont surement rien à voir avec sa vie, même si son héros un peu trop "bigger than life" ne peut ressembler à aucun être humain réel, ce livre raconte par contre avec une précision clinique ce que c'est d'écrire, ce que c'est de choisir d'écrire contre tout le monde, le parcours et la peine que cela déclenche, l'abnégation incompréhensible aux autres que cela demande et le vide sidéral aussi, enfin, que l'on ressent quand on est arrivé à son but... Et qu'on voit qu'il n'y a rien derrière (lisez
Martin Eden et vous comprendrez
Truman Capote)
Ce livre est aussi l'anatomie de la solitude d'un artiste. Quand on sent en soi une vérité qui n'est exprimée nulle part ailleurs, quand on sait qu'on doit l'exprimer avant de crever très vite le fossé se creuse avec le reste du monde et
Martin Eden est le récit de la construction de ce fossé nécessaire à toute démarche sincère; c'est aussi le récit de la solitude sidérale qui vous envahit quand ce fossé est enfin bâti et que vous retrouvez seul de votre espèce face au reste du monde...
Ainsi, le rapport à l'argent, le pouvoir, les conflits sociaux, le corps et l'animalité étant des thèmes majeurs chez London on ne me fais donc pas la blague, c'est bien de lui que parle
Jack London dans ce livre... Et puis ces constats là (sur soi et sur les autres) ne s'inventent pas... Et puis comme
Martin Eden, London s'est suicidé ce qui, à lire ce livre (comme celui de Levy), n'est malheureusement pas très étonnant... Car une aussi précise fatigue de soi ne s'invente pas non plus...
Non : Outre les style dont j'ai déjà parlé, London a des cotés "auteur américain classique" qui sont un peu fatiguants. Notamment celle du héros romanesque sur humain : les états unis n'ont pas de héros mais des super héros et
Martin Eden est de ceux là...
Sauf que sur ce sujet là (la culture et son apprentissage) c'est totalement ridicule. Non, personne ne devient cultivé en s'enfermant un an dans sa chambre en lisant des livres et en partant de zéro (au début il sait à peine parler et deux ans plus tard il poétise et philosophise avant de devenir le plus grand auteur du monde de la terre...). le culte de l'effort et de la performance (si profondément ancrés dans la psyché américaine) sont donc parfaitement imbéciles ici, voire même à la limite du comique... Et pour preuve on peut voir que
Martin Eden (et jack london derrière qui prétend lutter contre cette pensée) fait notamment une lecture de
Nietzsche complètement absurde et totalement idiote, ultra superficielle en tous cas... ce qui détonne pour un personnage qui est censé être le plus grand penseur de la terre et de l'univers à qui personne ne peut répondre.
Le beaucoup, le trop, l'accumulation ne marche pas en culture générale ou justement ses seules richesses sont ses manques...
Conclusion : Malgré ses défauts typiquement "londonien" (qui du coup sont des qualités?) ce livre m'a, vous l'avez compris, beaucoup touché. Je pense que c'est un livre qu'on devrait faire lire à tous les aspirants stars, à tous ceux qui veulent se prendre pour des artiste : tu veux vraiment être artiste? Alors voilà ce qui t'attend et si tu n'es pas prêt à tout ça, il vaut mieux changer de voie (et de voix aussi pour les candidats de nouvelle star ;)) )...
Oui ou non : Oui pour le message, oui pour la sincérité transcendante... malgré le style et les boursouflures.
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