Nous allions visiter le palais et sa Majesté [le roi du Cambodge].
Les petits-fils de Sisowath, dont les uns étaient presque blancs et les autres presque noirs, nous attendaient au pied de la salle du trône. Ils étaient cinq, nous étions deux, ce qui fit tout de suite une bande. Nous déambulâmes par les cours. Un des pavillons n'était pas cornu. C'était un pavillon comme tous les pavillons qu'on rencontre entre Asnière et La Garenne-Bezons.
- Pourquoi, demandai-je, ce pavillon n'est-il pas cornu?
- C'était le pavillon de Napoléon III quand il inaugura le canal de Suez; on en fit cadeau ensuite au précédent roi.
- Oui, fit le prince Pondgara, l'un des cinq petits-fils, le précédent roi s'appelait Norodom. Norodom, Napoléon, c'est la même initiale: grâce à cet heureux hasard, nous avons hérité d'un tas de rossignols.
- On ne dit pas: rossignols, fit M. L'Helgonal'ch au prince Pondgara, dont l'histoire assure qu'il donna quelques fils à retordre à ce même résident supérieur sur un bateau, entre Marseille et Saigon, alors que malgré sa volonté on réintégrait au Cambodge l'enfant royal, on dit; cadeaux.
- Tenez, fit l'enfant royal, j'en ai même un de ses cadeaux dans ma poche, une tabatière, regardez; N...
- Tu prends ta poche pour le musée, fit l'un des cinq frères. Tu feras bien de le rapporter sous sa vitrine.
- Et la statue, monsieur le résident supérieur, montrons la statue à monsieur.
C'était, en place d'honneur, au centre de la grande cour, une colossale statue équestre de Norodom.
- Vos empereurs étaient tout à fait habillés comme les nôtres, fis-je.
- On n'a changé que la tête. Le tête est de mon aïeul, tout le reste est de Napoléon. On nous l'a expédiée quand Napoléon fut dégommé.
- Prince, fit le résident supérieur, vous n'irez plus à Montmartre.
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