Qu'a-t-on à dire au monde d'aujourd'hui quand on est resté dix ans dans un monastère ? Dans ce livre audacieux, Didier Long raconte sa vie hors normes, depuis les usines Michelin de Clermont-Ferrand jusqu'à l'abbaye de la Pierre-qui-Vire, en Bourgogne. Ouvrier, puis moi... > voir plus
Je suis tombé par hasard sur ce livre. Je n'en avais jamais entendu parler.
Il y a vraiment des vies extraordinaires. Un vrai bonheur !!
Je ne peux que le conseiller.
Trois choses sont extrêmement frappantes quand on passe du monde du monastère à celui de l'entreprise. La faiblesse de l'engagement, la difficulté de transmission des savoirs entre générations, la montée de la peur. L'engagement d'un moine est total. Cela contraste puissamment la démobilisation et l'absence de foi dans le projet de l'entreprise, l'individualisme et le chacun pour soi qui marquent l'entreprise en ce début de 21ème siècle. Ceux qui montent sont souvent les gens incolores et inodores. Or sans générosité dans l'engagement, sans prise de risque, sans volonté d'entreprendre on tue l'innovation, la capacité à ouvrir un avenir. Ensuite, un monastère est une école d'apprentissage permanent. Le monde du travail, lui, favorise peu la transmission du savoir, l'auto apprentissage interne. La pyramide des âges n'est pas un vecteur d'excellence, surtout dans les technologies de l'information où les salariés sont jeunes. L'entreprise s'attache à la compétence immédiate qu'elle va souvent puiser à l'extérieur d'elle-même. L'expérience, le leadership - difficilement quantifiable - sont peu valorisés dans les faits. La mobilisation autour d'un projet commun, la capacité à développer les personnes, la structuration des savoirs et leur capitalisation sont pourtant vitaux à moyen terme. Enfin, il faut parler de la peur. Je suis frappé par le fait que les gens ont peur. Peur de perdre leur place, peur d'échouer, peur de prendre des risques : l'entreprise n'est plus un espace de confiance. L'inverse de la peur c'est la paix, pas forcément bénédictine. Les petits jeux de pouvoirs à court terme, remplacent l'échange et le challenge des idées. Or les systèmes fondés sur la peur n'ont pas d'avenir car ils ne créent pas la possibilité de prendre un risque ensemble et de réussir. Cette analyse va sembler idéaliste et peut-être un peu dure, mais si nous n'analysons pas les causes avec lucidité et sans nous raconter d'histoires nous ne sortirons pas du marasme ambiant.