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ISBN : 2290317136
Éditeur : J'ai Lu (2002)


Note moyenne : 4.01/5 (sur 284 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Échappé de Salem lors de la grande chasse aux sorciers du XVllle siècle, Joseph Curwen vint s'établir à Providence où il mourut en 1771.
La découverte de sa tombe par son descendant, Charles Dexter Ward, va être le début d'un drame au cours duquel le jeune homme ... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par julien33, le 03 février 2014

    julien33
    « La pensée du passé nous rend fous.»
    Charles Baudelaire
    « Crains dans le mur aveugle un regard qui t’épie (...) »
    Gérard de Nerval. « Vers dorés. »


    Les spécialistes de Lovecraft s’accordent parfois à dire que figure dans ce roman, la quintessence de l’œuvre de l’écrivain. Ce roman, il est vrai est un des plus terrifiants, qui ait jamais vu le jour dans toute la littérature fantastique.
    Lorsque Charles Dexter Ward, un archéologue d’une vingtaine d’années, découvre parmi ses ancêtres le sorcier Joseph Curwen, il manifeste aussitôt un vif intérêt pour la chose. Grand maître de la magie noire, Joseph Curwen s’est échappé de Salem lors de la grande chasse aux sorciers du dix-huitième siècle, et est venu s’installer à Providence, où il mourut en 1771. Ward commence alors dans les années 1920, d’importantes recherches généalogiques concernant son ancêtre. Progressivement, la passion du jeune homme va se pervertir, et le faire basculer dans la folie. Il finit par laisser tomber l’approche purement généalogique, pour se consacrer à l’étude des sciences occultes, et finalement, s’inscrire dans la continuité des travaux de son terrible aïeul.
    Le docteur Willett, médecin de la famille Ward, enquête sur cette affaire diabolique, où l’horreur et l’inconcevable ne sont pas en reste... Pourquoi l’écriture de Ward devient-elle peu à peu semblable à celle de Curwen ? Pourquoi des sépultures sont-elles profanées ? Quelles sont ces mystérieuses invocations psalmodiées par le jeune homme dans la demeure familiale ? Que signifient ses métamorphoses physiques et morales qui l’amèneront à être interné dans une maison de santé ? Quelle est cette chose interdite venue de l’autre côté du temps, troubler le sommeil des habitants de Providence ? C’est après avoir découvert un portrait de Joseph Curwen, ainsi que des documents lui ayant appartenus, que Ward ne sera plus. Le sorcier avait pris la précaution de laisser la recette alchimique de sa résurrection. Ward croyait avoir découvert un simple portrait, mais en vérité c’est le portrait qui l’attendait... Le monstre n’attendait que le moment de sa résurrection pour assassiner son descendant (qui est aussi son sosie), prendre sa place, s’intégrer dans le monde moderne, et continuer ses pratiques de magie blasphématoire.
    Peu à peu, et avec une rigueur quasi policière, se dévoile une sombre nécromancie, une effroyable histoire de possession au-delà de la Tombe et du Temps. En effet, grâce à sa sinistre alchimie, Joseph Curwen avait réussi à faire surgir des formes corporelles, à partir de certains Sels essentiels.
    Lovecraft nous entraîne alors dans les dédales d’un ésotérisme satanique, où les frontières entre horreur, merveilleux, et fascination, tendent à s’abolir. La confusion et le malaise gagnent le lecteur avec une aisance peu commune. A partir d’un certain stade de la lecture, il devient impossible de distinguer l’ancêtre du descendant, et l’on ne peut savoir lequel est devenu le miroir de l’autre. La symbiose Ward-Curwen, abominable mélange entre deux siècles, nous fait accéder à cette terreur cosmique, si chère à Lovecraft.
    Comment ne pas voir dans ce texte un magnifique sujet pour la psychanalyse ? Le passé n’y incarne t-il pas le meurtre et la férocité universelle ? Le désir de récapituler le temps, le désir de se confondre avec nos propres origines, ne nous exposent-ils pas à une destruction certaine ? Tel est l’avertissement de Lovecraft. La passion du passé est une maladie. Devons-nous appeler cela « hérédité », « déterminisme » ? Pourquoi pas. Mais l’important c’est cette chose féroce qui nous guette, tapie dans l’ombre du temps, et qu’il vaudrait mieux ne pas réveiller. Elle pourrait bien nous rattraper si on la réveille, et nul ne saurait dire alors ce qu’elle pourrait faire de nous. Curwen ne parlait-il pas de son descendant, quand il écrivait dans sa correspondance : « Et de la Semence d’Autrefois naîtra Celui qui regardera en Arrière sans savoir ce qu’il cherche. » ?

    Histoire d’épouvante, récit initiatique, magistrale variation sur le thème du double, L’affaire Charles Dexter Ward, est bien un roman de la transcendance, symbolisant avec une rare puissance la déchéance de l’homme, face à une force qui lui est supérieure. A mettre au même niveau que le Procès de Kafka, dans la bibliothèque du vingtième siècle.
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    • Livres 4.00/5
    Par HK, le 16 janvier 2012

    HK
    Si l'on peut reprocher à Lovecraft un abus quasi systématique de l'emphase, il faut lui reconnaître une imagination débordante. « L'affaire charles dexter ward » appartient aux œuvres qui marquent ses lecteurs non pas par son style, mais plutôt par la richesse de son contenu. Naviguant souvent dans les eaux troubles de l'invraisemblance, Lovecraft parvient cependant à ferrer ses lecteurs par ses descriptions minutieuses contribuant à valider son récit. Grâce à des coupures de journaux, des lettres, des comptes rendus détaillés, le lecteur le plus sceptique en viendrait même à douter de la fausseté des faits parfois peu crédibles qui lui sont exposés.
    Mais ce n'est pas la seule réussite du maître. Car, malgré un début tonitruant, on ne constate ensuite aucune baisse de régime. Au contraire, le suspense continue de monter crescendo, nous menant dans les plus hautes sphères de l'horreur. Pour ce faire, le récit s'appuie sur une structure bien étudiée. Ainsi, un puzzle cauchemardesque va se complèter peu à peu sous nos yeux et chaque pièce nouvelle viendra s'y insérer parfaitement. Jamais, donc, Lovecraft ne desserre son étreinte. Car, sans cesse, une nouvelle révélation vient rendre l'intrigue encore plus inquiétante qu'elle ne l'était déjà. le climax, qui arrive lorsque le docteur Willett explore la cave de la maison Curwen, illustre d'ailleurs ce principe à merveille. Chaque découverte supplémentaire du praticien attise un peu plus la curiosité morbide du lecteur, qui pris au piège, est contraint à tourner fébrilement les pages pour en apprendre d'avantage.
    L'utilisation d'un pole narrateur constant se fait bien entendu au détriment de certaines choses. Les personnages par exemple en sont réduits à leur plus simple expression. Juste une vague description physique et au mieux un profil psychologique superficiel les définissent. En réalité, ils campent les témoins des faits fantastiques que Lovecraft veut nous faire vivre. Cela aurait pu poser un problème d'identification, d'empathie dans le cas d'un roman de terreur psychologique. Mais tel n'était pas le but de Lovecraft, qui par ses nombreuses descriptions, sa topographie et chronologie rigoureuses, visait surtout à embarquer ses lecteurs dans une odyssée de terreur matérielle. D'ailleurs, il ne s'aventure jamais à instiguer le doute. Les faits aussi étonnants soient ils, ne trouvent ainsi jamais d'explication dans l'état mental déficient de celui qui les vit. Et si il persiste tout au long du récit certaines zones d'ombre, il n'y a qu'une seule piste de lecture autorisée.

    Ayant été un fervent admirateur de Lovecraft durant mon adolescence, je le redécouvre bien des années plus tard. Je m'attendais à être déçu car, souvent, les goûts de jeunesse paraissent bien frivoles une fois la maturité acquise. Je dois évidemment reconnaître mon erreur car Lovecraft demeure un grand maître de la littérature fantastique et il ne fait aucun doute que sa puissance évocatrice continuera de traverser les âges et de fasciner des générations entières de lecteurs.
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    • Livres 4.00/5
    Par patrick75, le 29 septembre 2012

    patrick75
    Que dire sur ce livre...nous sommes en plein " fantastique". Un récit semble t-il datant du début du siècle dernier, dont l'intrigue peu faire sourire de nos jours. Même si je trouve qu'il est capable de tenir la comparaison avec des oeuvres contemporaines du même genre. le seul reproche que je lui ferai, est le fait que l'on devine assez aisément l'intrigue proposée par l'auteur. Sinon, pouvoir " plonger" dans un passé lointain en des lieux divers avec ces auteurs qui savaient écrire et raconter des histoires étonnantes,reste malgré tout un bon moment.
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    • Livres 4.00/5
    Par Kittiwake, le 10 juin 2012

    Kittiwake
    Ecrit en 1927 et publié en 1941, ce roman pourrait sans contestation se revendiquer du genre Fantasy: magie noire, incantation, créatures cauchemardesques, rien ne manque.
    Le jeune étudiant en archéologie Charles Dexter Ward, effectue des recherches généalogiques qui l’amènent à découvrir les liens de parenté qui le relient à un personnage sulfureux qui défraya la chronique locale de la petite ville américaine Providence, 150 ans plus tôt. La curiosité l’emporte sur la prudence et le jeune homme est précipité dans une spirale infernale que les autorités médicales de l’époque attribueront à une folie soudaine. Mais le docteur Willet n’est pas tout à fait convaincu par cette explication...
    Le style est très descriptif et imagé, et je découvre qu’une adaptation cinématographique a été diffusée dans les années 60. Je n’ose imaginer un Spielberg et des techniciens 3D s’emparant de l’affaire : au risque pour la spectatrice émotive que je suis de passer la séance sous le fauteuil et avec les mains sur les oreilles. Car déjà dans cette version écrite, l’angoisse est très présente et savamment distillée. C’est assez court et très dense. Pas de bavardages et d’états d’âme, la situation est très critique et ne supporte pas le délayage.
    Il est étonnant de constater à quel point bien des auteurs de science-fiction ont souvent été de grands visionnaires : ici encore le récit date de plusieurs dizaines d’années avant la découverte de l’ADN et de son rôle dans la transmission des caractères héréditaires, et pourtant....


    Lien : http://kittylamouette.blogspot.fr/2012/06/laffaire-charles-dexter-wa..
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    • Livres 3.00/5
    Par Glesker, le 22 janvier 2014

    Glesker
    Charles Dexter Ward voue une subite passion à l'un de ses ancêtres à la réputation sulfureuse : Joseph Curwen. Dans les puritaines colonies de Nouvelle-Angleterre, ce-dernier s'était alors livré à des pratiques occultes et nécromanciennes en quête de la vie éternelle avant que ses contemporains ne mettent un terme brutal à ses activités. Bientôt, le jeune Ward se livre lui aussi à d'étranges pratiques dans le grenier familial qui semblent provoquer quelques manifestations surnaturelles.
    Je suis entré très facilement dans ce court roman de Lovecraft. Il est écrit sur le mode journalistique et regorge d'épithètes qui permettent à l'auteur d'instaurer l'ambiance pesante et glauque de son univers. Le suspense est maîtrisé et le témoignage du narrateur ainsi que les suggestions dosées ne manquent pas de provoquer des frissons d'horreur pour mon plus grand plaisir. Un classique de Lovecraft qui s'inscrit dans le Cycle de Cthulhu.
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Citations et extraits

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  • Par MarcBibliotheca, le 20 février 2010

    Un personnage fort étrange, nommé Charles Dexter Ward, a disparu récemment d’une maison de santé, près de Providence, Rhode Island. Il avait été interné à contrecoeur par un père accablé de chagrin, qui avait vu son aberration passer de la simple excentricité à une noire folie présentant à la fois la possibilité de tendances meurtrières et une curieuse modification du contenu de son esprit. Les médecins s’avouent complètement déconcertés par son cas, car il présentait des bizarreries physiques autant que psychologiques.
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  • Par Glesker, le 27 janvier 2014

    Un de ces monstres vous a autrefois écrit de n’invoquer Personne que vous ne pourriez renvoyer. Vous avez été défait une première fois, peut-être de cette manière et votre magie noire vous défera cette fois encore. Curwen, un homme ne peut altérer l’ordre naturel au-delà de certaines limites, toutes les horreurs que vous avez tramées vont se dresser contre vous et vous anéantir.

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  • Par LaForceduTemps, le 21 mai 2014

    Des sels évidemment, mais puisque ce n’était pas de
    gardiens, des sels de quoi?
    Seigneur! Etait-il possible que reposent là les restes de nos grands penseurs de toutes les époques, arrachés aux sépultures où on les croyait en repos par des profanateurs sacrilèges,
    soumis
    aux caprices et aux exhortations de fous qui voulait
    extirper leur savoir à des fins délirantes dont le résultat final mettrait en danger
    Y'AI 'NG'NGAH,
    YOG-SOTHOTH
    H'EE-L'GEB
    F'AI THRODOG
    UAAAH
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  • Par Orphea, le 04 avril 2010

    Il est difficile d'expliquer comment la seule vue d'un objet tangible, aux dimensions mesurables, a pu bouleverser à ce point un homme habitué au spectacle macabre des salles de dissection. Tout ce que nous pouvons dire, c'est que certaines formes ou entités détiennent un pouvoir de suggestion qui fait entrevoir d'innommables réalités au-delà du monde illusoire où nous nous enfermons.

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  • Par Adraste, le 03 février 2014

    Les lacunes relevées par les aliénistes portaient toutes sur des sujets modernes. Elles étaient invariablement compensées par des connaissances extraordinaires concernant le passé, connaissances soigneusement cachées par le patient, mais mise à jour par des questions adroites: on aurait pu croire que Ward se trouvait transféré dans une autre époque au moyen d'une étrange auto-hypnose. Chose bizarre, il semblait ne plus s'intéresser au temps d'autrefois qui lui était peut-être devenu trop familier. De toute évidence, il s'attachait à acquérir la connaissance des faits les plus banals du monde moderne, auxquels son esprit était resté entièrement et volontairement fermé. Il fit de son mieux pour dissimuler cette ignorance; mais tout ceux qui l'observaient constatèrent que son programme de lecture et de conversation était déterminé par le désir frénétique d'acquérir le bagage pratique et culturel qu'il aurait dû posséder en raison de l'année de sa naissance (1902) et de l'éducation qu'il avait reçue. Les aliénistes se demandent aujourd'hui comment, étant donné ses lacunes dans ce domaine, le fou évadé parvient à affronter les complications de notre monde actuel; l'opinion prépondérante est qu'il se cache dans une humble retraite jusqu'à ce qu'il ait accumulé tous les renseignements voulus.
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Les Chats d'Ulthar, un conte de Tmor, d'après H.P. Lovecraft
"Les Chats d'Ulthar", un conte de Tmor, d'après H.P. Lovecraft. Tmor est auteur, comédien, conteur. Pour en savoir plus sur lui et sur ses spectacles : http:...








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