Avec une écriture toute en mélancolie,
Rosetta Loy nous plonge au milieu des souvenirs d'une famille issue de la bourgeoisie italienne, des souvenirs engloutis au fond d'une mémoire pleine de tendresse.
On découvre pêle-mêle les souvenirs des dimanches après-midi en compagnie des tantes abritées par leurs voilettes brodées, les premiers émois amoureux, les parties de ping pong bruyantes, les discours du père sur Staline et les horreurs du communisme, les grappes de raisin avalées sous le grand noyer du jardin, ou encore les étés en campagne durant lesquels le désir amoureux poussait les adolescents à appuyer sur les pédales de
La Bicyclette pour rejoindre dans un champ les amours passagères… ce sont autant des souvenirs qui laissent une trace durable sur les dalles en céramique de la cuisine que les petits riens semblables à une empreintes sur le sable mouillé.
J'ai découvert une écriture toute en élégance faîte de suggestions et de descriptions succinctes, comme si le temps avait lentement érodé la surface de ces souvenirs, il n'en subsiste alors que la quintessence. Grâce à l'évocation de souvenirs d'odeurs, de saveurs et d'émotions,
Rosetta Loy restitue parfaitement l'atmosphère d'un autre temps et nous fait pénétrer l'intimité de cette famille épargnée par la guerre.
Toutefois, le rythme de la narration est un peu trop rapide à mon goût : l'absence de dialogues et la succession des souvenirs rendent le récit très dense. Peu à l'aise avec cette cadence, je me suis alors convaincue de la volonté de l'auteur d'adopter ou imiter l'écriture de l'urgence, avant que le temps n'efface ces souvenirs, fictifs ou réels.
Il n'en demeure pas moins qu'avec un regard subtil porté sur des détails, des attitudes, les époques, l'auteur parvient ainsi à composer un album de famille riche de photographies couleur sépia. Une grande maison bourgeoise avec « continuellement des gens qui entrent sortent ». Même la guerre et l'occupation allemande toutes récentes n'ont pas altéré l'enfance pleine de légèreté de cette famille : « le passé avec ses journées de terreur les a à peine frôlées, leur mémoire est courte, fermée sur des petits évènements ».